NONCIATURE DE M^ LAMBRUSCHINI
follement, parce quHls la cherchent hors du christianisme et hors de TEglise, continuent d'avoir un prétexte de s'éloigner d'elle, en la considérant comme Talliée naturelle de tous les genres de despotisme ?
« Serait-il prudent de lier ou de paraître lier indissolublement la cause de TÉglise à celle des gouvernements ennemis de TEglise, et cela au moment où ces gouvernements croulent de tous côtés ?
oc L'Église peut-elle, sans danger extrême, rester longtemps encore dans une position telle que l'exercice de son autorité paraisse entièrement soumis au bon plaisir des princes ? Peut-elle et doit-elle consentir à demeurer dans l'espèce de nullité à laquelle on Ta réduite? Et ne serait-il pas à craindre que tous les liens de cette société divine ne finissent par se rompre successivement * ? »
Nous avons là, formulé par Lamennais luimême, le plan de conduite qu'il voudrait voir suivre par le Pontife romain. Dans ces lignes, qui sont de 1827, les idées essentielles du Progrès de la Réwlution et de V Avenir se retrouvent. Une seule chose manque, c'est l'absolue confiance en soi et l'emportement de n'être point écouté. Le réformateur garde encore quelque modestie : les questions soumises au
^ Blaize, II, p. 334. — Mêmes idées dans la lettre da 14 mai i8a6 à Ventura (Voir Études^ i5 mars 19 10).
C'i LAMENNAIS ET LE SAINT-SIEGE
pape ne sont, dit-il, ce que de simples doutes proposés à la décision d'une sagesse infaillible, que le bégaiement d'un enfant plein d'obéissance qui élève vers son père une voix respectueuse et qui lui dit : voilà ce que je crois apercevoir. » Malgré ces protestations sincères de déférence, la pensée de Lamennais est plus arrêtée qu'il ne veut bien l'assurer. En quelques alinéas, la conviction éclate avec l'âpreté dont Tauteur a trop coutume. Et les lettres intimes achèvent de nous révéler ce que, dans le fond de son coeur, il pense du silence et de l'inaction de Rome.
Avec sa circonspection native, Lambruschini se garda bien, au début, de contredire Lamennais. Les premiers entretiens laissèrent celui-ci très content. Il jugeait que le nouveau nonce était homme de savoir, d'expérience et d'observation ; il ne lui aurait reproché que de s'exagérer les difficultés de sa tâchée Mais au bout de quelques mois, le désenchantement commença. C'était l'époque où les feuilles jaunissent et s'apprêtent à tomber. Le solitaire de la Chênaie écrivait à la comtesse de Senfft : ce Je ne compte plus en rien sur la terre... Là [à Rome] d'où le
A Forgues, I, ^98, 309, 329. Lettres du 14 février, 14 avril, a5 juin 1817. Dans le même sens, lettre à Vuarin, 5 avril 1827. (Revue des deux mondes ^ i®' nov. 190$, p. 176), et encore une lettre à Ventura, 38 nov. 1827 (Etudes, 20 avril 1910).
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salut aurait pu venir, on dort ou Ton tremble. On disait du successeur [de M^" Macchi] : a II ne ressemblera pas à celui qu'il remplace. »
Mais voilà que les ordres viennent, on ne veut pas changer de système ; il faut plier, il faut flatter; puis la séduction des grandeurs dont l'éclat en impose, dont la faveur éblouit et amollit ; puis enfin une position personnelle à ménager : en voilà plus qu^il n'est nécessaire pour rejeter à la fin des temps les espérances de la foi* ».
Par moments, la confiance semble revenir»
Lamennais dit que le nonce est ce un homme d^un grand sens, d'un commerce sûr, d'un caractère fort doux, qui connait bien l'état de l'Europe et qui ferait beaucoup de bien, s'il était possible d'en faire aujourd'hui' ». Malgré les habitudes de temporisation excessive que l'on garde traditionnellement à Rome, il y a lieu de compter sur ce les lumières supérieures » et ce le grand caractère i» de Léon XII'. Mais ce mouvement optimiste ne dure pas. En face des événements qui se déroulent, amenant pour l'Église et l'État une situation de plus en plus grave, les
^ Ibid,, p. 35o. Lettre da a octobre 1837. — Même note dans une lettre à Vnarin, 17 novembre 1827. {Hev. des Deux Mondes, x« novembre i^oS, p. 177.)
* Forgnes, I, p. 369. Lettre du 13 novembre 1827. ' Ibid., p. 436. Lettre da 18 février i8a8.
sombres pronostics envahissent Tesprit du prophète; et ses plaintes amères recommencent : « Je ne crois pas, dit-il, que depuis que le monde est monde, il y ait eu un aussi prodigieux mouvement d'idées, au milieu du silence de tout ce qui est institué pour parler. Chaque flot a sa voix dans cette vaste mer ; le souverain de TOcéan se tait seul dans sa grotte*. » Surtout après l'affaire des ordonnances juin de 1828, ce fut comme une explosion de désespoir : « Rome, Rome où es-tu donc? Qu'est devenue cette voix qui soutenait les faibles, réveillait les condamnés?
cette parole qui parcourait le monde, pour donner à tous, dans les grands dangers, la force de combattre ou celle de mourir? A présent, on ne sait que dire : Cédez !... Si la perte nous vient d'où l'on devait attendre le salut, que reste-t-il à faire, sinon ce que disait le prophète : Elongavi fugiens et mansi in solitudine * ? »
La solitude où Lamennais pouvait s'enfermer n'était pas une thébaïde fermée à tous
^ Ihid,f p. 444- Lettre du 3 mars i8a8.
* Forgues, I. p. 476. Lettre du a octobre i8a8. — Voir mon article sur Lamennais et les ordonnances de i8Q8f dans la Revue d'histoire de l'Église de France (mars 1911].
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