‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834: D'après des documents inédits et lesChapitre 26 sur 62 · LES C PAROLES D^UN CROYAHT · texte numérisé non relu

LES C PAROLES D^UN CROYAHT

inconsolable, et j*ai besoin de savoir de vous quelques bonnes paroles qui soulagent mon pauvre cœur brisé. Au reste, je ne connais ce livre que par le compte qu'en rendent certaines feuilles publiques. Je ne veux point le lire et j'ai défendu de le lire dans nos maisons ; mais quel que soit le jugement que notre saint Père et les évêques en portent, nous n'hésiterons jamais (et d'avance vous en êtes bien sûr) à nous rattacher invariablement et uniquement au jugement de ceux à qui il a été dit par la Vérité même: « qui vous écoute m'écoute, et qui vous méprise, me méprise*. » C'était un engagement préalable à souscrire l'encyclique Singulari nos. Cela ne manqua point. Après quelques tentatives de plaidoyer en faveur du malheureux frère ', l'abbé Jean écrivait à M»' de Lesquen : ce Mon corps dépérit et s'en va ; par conséquent, si mes peines sont vives, du moins elles ne seront pas longues. Mais tandis qu'il me restera assez de force pour prononcer une parole, soyez sûr, mon cher Seigneur, que cette parole sera l'expression sincère de ma pleine soumission aux décisions du Saint- Siège' ».

^ Leltre du lo mai i854, citée par Ropartz, La vie et les muvres de M, J.-àf, de la Mennais^ p. 353.

'Voir LaveiUe, Jean-Marie de la Menncùgy I, p. 5o8-5ii.

' Lettre du 4 aôptembre, citée par Roussel, Lamennais d'après des documents inédits, II, p. 228.

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Au milieu de ces secousses, que pouvait devenir la congrégation de Saint-Pierre?

Sous le choc imprévu de l'encyclique i/irari vos^ elle avait éprouvé un premier ébranlement dont la déclaration du lo septembre Tavait assez mal remise. Lorsque les religieux apprirent que Lamennais avait reçu de Pacca un commentaire de Tencyclique, le soin et Tobstination que Ton mit à leur cacher ce texte firent naître des suspicions que rien ne put calmer. Les discussions qui divisaient le clergé du diocèse aggravèrent encore un malaise déjà fort pénible. Féli eut beau donner sa démission de supérieur général, la confiance dans Tavenir de Toeuvre était morte, les cœurs étaient meurtris, les esprits séparés. La fidélité au pape était lesprit même de l'Institut. Plus les religieux y étaient attachés par le fond de l'âme, plus ils devaient répugner à couvrir la révolte de Lamennais; plus ils se sentaient incapables de suivre le vénérable abbé Jean dans les distinctions et les réticences où l'engageaient à la fois son affection fraternelle, son désir de sauver l'honneur et l'âme du condamné, et l'empire des idées de V Essai et de VAi^enir.

Par une sorte de pudeur de famille et un reste de respectueuse tendresse, on pouvait bien éviter l'éclat, au dehors, de ces dissentiments. Mais la loyauté, en même temps que

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