CHAPITRE X
iPILOGUB
Jamais Lamennais ne revint de son erreur.
Aucun effort de Tamitié, aucune prière de ceux qui jusqu'au bout s'inquiétèrent de son âme, ne put aboutir à obtenir le moindre désaveu ^ Et il rendit le dernier soupir, sans vouloir un prêtre à son chevet, ni de croix sur sa tombe, emportant dans Tautre vie le mystère scellé de sa destinée.
Ayant obtenu des exécuteurs testamentaires une photographie qui le représentait sur son lit de mort, la baronne Cottu écrivit au bas : « La miséricorde de Dieu est infinie. » A la date du 29 février i854, Montalembert traça sur son carnet ces lignes désespérées : c J'apprends rhorrible mort de Tabbé de la Mennais mort avant hier dans Timpénitence finale, après avoir été pendant vingt ans infidèle à la foi
^ On connatt, par exemple, lea efforta de Montalembert (Lecanuet, Montalembert, I, 426-44S), de Rohrbacher (Rouaaely Lamennais d'après des documents inédits. II, p. 266, 337,340), de Mt>« de Lucinière (Ibid., p. 274, 319), de Vnarin, {Revue des Deux Mondes, i*' noT. 190$, p. 194), de M"« Cottu [Uttres inédites, p. XLI-XLVII).
qu'il avait si éloquemment glorifiée. » Entre ces deux cris, jaillis de deux cœurs amis, à rheure même du terrible événement, nul ne saurait choisir avec certitude. L'un offre une lueur d'espoir, l'autre fait craindre un châtiment suprême. Dieu seul, dont la justice et la bonté ont leurs secrets impénétrables, sait comment se fixa pour toujours, sous le coup de son impartiale et souveraine sentence, cette existence si tragiquement agitée. Mais parmi ceux qui ont quelque souci de leur sort éternel, qui voudrait finir comme Lamennais ? Assurément personne. Et de là vient que, dans le trouble profond où jette le spectacle de cette navrante infortune, on se prend à dire : comment pareil malheur a-t-il pu arriver ?
Il en est qui répondent : si Grégoire XVI, lors du voyage de Lamennais, lui avait fait un accueil plus cordial et plus empressé, dans un entretien paternel et franc, peut-être aurait-il obtenu la pleine docilité qui fut refusée à l'encyclique Mirari vos. — Les Affaires de Rome sont le premier livre où ait été engagée de la sorte la responsabilité du pape.
« Je me suis souvent étonné, dit Lamennais, que le pape, au lieu de déployer envers nous cette sévérité silencieuse dont il ne résultait qu'une vague et pénible incertitude, ne nous ait pas dit simplement : « Vous avez