KXA.MEN 1>KS DOCTRINES 1)K T, tf AVKMK I >
formelle l ; et il en deduisit le devoir absolu pour lui de se tenir a Rome a la disposition du tribunal charge de le juger. II ecrivit done a Pacca, au recu du message pontifical :
Tai eu 1 honneur de me presenter chez vousce matin, pour vous exprimer notre vive reconnaissance de toutes les bontes que vous avez eues pour nous, depuis notre arrivee a Rome, et dont le souvenir ne s effacera jamais de notre cceur. Si des circonstances particulieres s opposent a ce que tous nos vceux, comme les enfants les plus dociles et les plus humbles du Pere commun, soient accomplis, nous avons du moins la consolation de savoir avec certitude que nos doctrines seront, par ses ordres, examinees avec un grand soin et fixees ensuite par son autorite infaillible, a laquelle nous sommes et serons ton jours soumis, sans reserve aucune, avec autant d obeissance que nous Tavons defendue avec amour. Et comme vous nous prevenez que 1 examen ordonne par le souverain Pontife serait necessairement long, M. 1 abbe Lacordaire, dont le sejour ici serait desormais inu tile, retournera prochainement en France ; tandis que M. de Montalembert continuera son
Blaize, II, p. loa : Nous en avons obtenu tout ce que nous demandions et que nos eimemis voulaient empecher : 1 examen de nos doctrines et une audience du pape. Lettre a Gerbet, 14 mars i83a.
1 "><S LAMENNA1S ET LE SAINT-SIEGE
voyage d Italic. Je resterai seul a Rome pour fournir les explications indispensables et repondre aux questions que Ton jugera a propos de me faire *.
Avant de se separer, les trois pelerins voulurent voir le pape ensemble. C etait un besoin pour leur cceur catholique, une pre caution a prendre devant Topinion, pour voiler le secret de leur echec et de leur desunion. Ne pouvant recourir aux bons offices de Tambassadeur de France, qui se refusait a les presenter, ilss enhardirent a une demarche directe aupres du cardinal secretaire d Etat :
a Votre Eminence a sans doute connaissance du memoire et de la declaration que nous avons eu Thonneur d adresser au Saint- Pere. Sa Saintete a daigne nous faire repondre qu elle ferait proceder a Texamen de nos doctrines. Gependant, comme cet examen pourrait se prolonger un laps de temps con siderable, il nous serait infiniment agreable d etre admis, des a present, a baiser les pieds de Sa Saintete. Nous osons vous prier, Mon-
1 Arch. Vat. Dossier Lamennais. Les Affaires de Rome ne clonnent pas le texle de cette lettre. Le depart de Lacordaire etait resolu des avant la lettre de Pacca (voir Blaize, II, p. 98. Lettre du -*5 fevrier).
T/EXAMEN DKS DOCTRINES DE I/ AVENIR I "<)
seigneur, de vouloir bien obtenir pour nous cette faveur, que le souvenir de nos efforts, faibles mais sinceres, pour la cause de 1 Eglise, nous fait reclamer avec quelque confiance.
Nous nous sommes presenters plusieurs fois chez Votre Eminence, sans reussir a la voir.
(Test pourquoi nous sommes obliges de 1 importuner aujourd hui par ecrit 1 .
Bernetti repondit le 7 mars : Les occu pations de Sa Saintete, en ces premiers jours de careme, ne permettent pas que la recep tion de leurs Seigneuries puisse avoir lieu cette semaine. Mais Sa Beatitude a daigne la fixer a mercredi prochain, i3 mars, une demiheure avant midi ; et elle a regie aussi que leurs Seigneuries lui seraient presentees par le cardinal de Rohan . En meme temps qu il ecrivait ainsi aux pelerins, le secretaire d Etat, par un court billet, avertit Rohan de sa mission d introducteur.
Au jour marque, Taudience eut lieu Le journal de Montalembert nous en a conserve le recit ecrit a Tinstant meme 2 . Tout se passa comme Sainte-Aulaire mandait a Paris, en compliments fort gracieux 3 . SuivantTexpres-
1 Arch. Vat. Corr. part. La lettre originale est de 1 ecriture de Montalembert ; elle est signee par les trois pelerins. Les Affaires de Rome ne parlent pas de cette piece.
Lecanuet. Montalembert, I. p. 228.
Arch. Aff. etr. Rome, 970, f u58. Dep. du 3o mars
l<io LAMKNNAIS ET LE SAINT-SIEGE
sion deLamennais, disant a Gerbetses impres sions, il ne fut en aucune facon question d affaires . Benis par le pape, les trois visiteurs se separerent : Lacordaire reprit le chemin de la France, Montalembert se mit a parcourir I ltalie, Lamennais se refugia chez les theatins, a Saint-Andre della Valle d abord, puis a Frascati.
II regardait Fentrevue obtenue de Gregoire XVI comme une victoire significative.
La bonte simple du pontife 1 avait touche ; sa reserve au sujet de YAvenir s expliquait par les circonstances politiques du moment ; sans doute une pareille circonspection etait deplo rable ; mais la marche inevitable des evenements allait y remedier; et les menees des ennemis n y pourraient rien. Le jour de la verite est plus pres qu on ne croit, ecrivait-il a Gerbet. Dites done a nos amis de ne pas se laisser abattre ni tromper par les mensonges partis d ici... Notre sejour ici n aura pas ete sterile : la Providence a tout conduit et continuera de tout conduire pour le plus grand bien... N en doutez pas, plus le pauvre arbre que nous avons plante est battu de la tempete, plus ses racines s enfoncent profon dement 1 .
Mais jusqu a ce que vienne le triompheque
1 Blaize II, p. 108. Lettre du 29 avril i83a. Voir aussi uue lettre a Yuarin, 19 avril 1882. (Revue des Deux Mondes, i er novembre 190$. p. 191).
la Providence prepare en brisant tout ce qui doit etre brise, les homines de VAycnir ne doivent pas rester inactifs. II faut developper YAgence, recueillir cinquante mille ecus pour recommencer le journal a Paris, fonder une maison d education en Belgique, travailler a 1 organisation definitive de la congregation de Saint-Pierre. A entendre Lacordaire, le seul parti sage serait de s enfermer dans sa chambre ou de s en aller rever aux champs .
Mais ce sont la des idees de juste milieu, dit Lamennais. Quant a lui, et quoi qu il en soit des autres , il est bien resolu a continuer To2uvre commencee il y a vingt ans et a ne 1 abandonner qu a la fin de sa vie L .
Ge n est point la un sentiment passager, exprime une fois en passant. La resolution de continuer Tceuvre commencee est arretee, irrevocable. Elle s afflrme vingt fois avec force dans les lettres ecritesauxintimes. Quelquesunes de ces lettres, celles a de Goux, par exemple, sont des programmes detailles d action 2 . II est vrai, le pape est contraire ; mais c est par ignorance du veritable etat social des nations europeennes, par egard pour les monarchies
1 Revue des Deux Mondes, p. in. Lettre a Gerbet. 10 mai i832.
2 Voir Blaize, II, p. 99, io3, 104, 108, in, 112, n5, 122. Lettres du 26 fevrier, 14 mars. 29 avril, 10 mai, i5 mai, 2 juin, 3 1 juillet i832. Les lettres a de Coux sont du 5 et du 27 avril; je les ai publiees dans les Etudes du 20 avril 1911.
absolues dont il a besoin pour soutenir son pouvoir temp orel, par docilite aux influences des intrigants qui Tentourent; etpuisle temps etDieuy pourvoiront. Une pareille opposition ne vaut done pas qu on la considere. Une seule chose peut compter a Rome, la pensee des rares hommes eminents qui s y rencontrent :
le capucin Micara, letheatin Ventura, le dominicain Olivieri, le carme Mazzetti, M sr Gastracane, M gr Foscolo ; et tous ceux-la, a ce que dit Lamennais, jugent qu il faut aller en avant.
Le blame discret de Gregoire XVI n a done produit aucunement 1 effet voulu. Non seulement Lamennais n est pas depris de son role de reformateur et de prophete des temps nouveaux, mais il s y attache, avec une ardeur accrue encore par Tamertume et le mepris dont son cceur est plein a Tegard de Rome. Et il se met a ecrire un volume de 3oo pages sur les Maux de VEglise.
La diplomatic francaise etait loin de soupconner un pareil etat d ame. Elle ne savait qu une chose : le peu de chances d action qui restait a Lamennais. Quelques jours apres Taudience du i3 mars, Saint-Aulaire ecrivait a Sebastiani :
(( Ainsi que je Tai mande des rorigine a \ otre Excellence, la doctrine de Tabbe de la Mennais est parfaitement impopulaire a Rome.
Elle cheque egalement les dispositions bonnes et mauvaises qui prevalent dans cette Cour.
On y desire sincerement que la religion n y devienne point une arme entre les mains des partis. On a de plus une aversion bien prononcee centre toute espece d innovation et rien n est plus etranger auxhommes influents que Tesprit d audace et d entreprise *.
Appuye sur ces considerations qu il regarde comme decisives; sachant d ailleurs que le pape a fait savoir aux cc pelerins de Dieu et de la liberte son mecontentement, lambassadeur ne s occupe plus des redacteurs de VAvenir.
Jusqu au moment ou eclatera 1 encyclique Mirari vos (ID aout 1882), Lamennais est comme inexistant pour le gouvernement francais ; on ne demande me me pas de ses nouvelles. Plus que jamais, on est preoccupe de Rome; mais c est de la souverainete temporelle du pape que les diplomates parlent entre eux. Toute la politique de 1 Autriche, de la Prusse, de la Russie, de TAngleterre et de la France est concentree sur la question de savoir comment s apaisera la revoke qui a eclate dans
1 Arch. Aff. etr. Rome, 970, f SSy. Lettre du ao mars 1882.
i l LAMENNAIS ET LE SAINT-SIEGE
les Legations, etdans quelle mesurelegouvernement ecclesiastique des Etats pontificaux deviendra la ique et liberal. Le probleme qui mettra en mouvement toutes les chancelleries, apres 4$ ^t sous le second empire, se pose deja et a pen pres dans les memes termes. Pen dant deux ans, Rome sera comme le point fixe de F attention des puissances ; chacune d entre elles ayant le desir d y limiter 1 influence de ses voisines et d y etendre la sienne. Pour le gouvernement de Louis-Philippe tout particulierement, la chose importe, et parce que la monarchic de juillet vient de naitre et parce qu elle pretend servir au dehors les idees dont elle est plus on moins 1 incarnation dans notre pays.
On le pense bien, la gravite de ces evenements n echappait pas a Lamennais. Dans son pamphlet des Affaires de Rome, il y a consacre quelques pages ou Fassurance des affirmations et la vehemence du ton cachent une connaissance incomplete et inexacte des faits 1 . Ge recit sommaire, outre qu il est sujet a correc tion, ne donne aucune idee des circonstances au milieu desquelles se produisirent 1 intervention de TAutriche, Inoccupation d Ancone, Faction delaRussie. Les longues negociations auxquelles fut mele Bernetti et les intermi-
1 Op. cit., pp. 105-109.
L EXAMEN DES DOCTRINES DE L AVENIR i65
nables conversations des cabinets europeens an sujet des Etats du pape, ne sont pas meme soupconnees du lecteur qui s en tient a la narration de Lamennais. Les intentions de Vienne, comme celles de Paris, y sont egalement calomniees. Toute cette histoire est racontee de telle facon qu une seule impres sion demeure : pour sauver quelques lambeaux de son pouvoir temporel, le pape est reduit a chercher un appui sur le bras du tzar; et dans le trouble ou le jettent ces preoccupations miserables, il sacrifie les Polonais et il oublie la justice qu il a promise aux redacteurs de VAvenir.
Ge n est point le lieu ici d expliquer toute la politique du Saint-Siege dans la question polonaise. II suffira de dire que Gregoire XVI lui-meme a pourvu a sa propre defense dans un livre blanc qu il fit publier en 1842. Et quant a Fexamen des doctrines menaisiennes, on le preparait dans le secret et a loisir. Tandis que le fondateur de YAvcnir ecrivait son livre Des maux de rEglise et de la societe et des moyens d y rernedier, des theologiens choisis par le pape redigeaient les con sultations d ou sortiront les jugements prononces dans rencyclique Mirarivos.
Seuls les dirigeants de la politique europeenne ont perdu de vue le journaliste puis sant, dont les articles les avait emus an lende-
main des jOiirneesdejuillet.Luis occuped eux, et fait leur examen de conscience. De sa cel lule de Frascati, il regarde la vie des nations, pour chercher dans leurs entrailles profondes le secret de leur avenir. Dans cette inspection qu il voulait universelle, Tltalie, 1 Espagne, le Portugal et la France ont passe sous les yeux severes du voyant. Le temps lui a manque pour achever le tour de 1 Europe. Mais il n en sait pas moins ce qui est a faire pour tout restaurer dans le Christ c est Fepigraphe qu il donne a son livre dans cette vieille societe dont la revolution s acharne a ebranler les Iondements. <c To us les maux qui desolent le monde, tous les desordres qui signalent certaines eres de transition ont pour cause principale les opiniatres resistances, opposees a la loi de progres qui regit le genre humain.
On retrouve dans ce langage celui menie de I* Avenir. Mais ces mots, jadis emportes par une feuille volante dans toutes les capitales del Europe, tombent maintenantsurun papier que seuls liront les yeux d un ami. Absorbe dans 1 effort necessaire pour regler le cours des evenements qui se pressent, le monde des chancelleries ignore les meditations solitaires du penseur perdu dans le silence d un couvent de theatins. II faudra Tencyclique Mirari vos pour rappeler Lamennais a leur souvenir.
Et cela meme indique combien celui-ci etait
loin de la verite, quand il voyait dans 1 acte pontifical une pure complaisance arrachee au chef de 1 Eglise par les instances pressantes des cabinets europeens.
Avant que Pexamen des doctrines menaisienneseut commence aRome, ons etaitpreoccupe de 1 entreprendre en France. Quand 1 archeveque de Toulouse s ouvrit de son dessein a Feveque de Chartres, celui-cilui envoya une censure en 61 propositions (avec disserta tion preliminaire, notes explicatives et justificatives) ceuvre de M. Carriere, professeur a Saint-Sulpice. Ce travail, repris par M sr d Astros, communique a des theologiens, particulierement a MM. Vieusse, Boyer et Carriere, sulpiciens, finit par devenir la piece connue sous le nom de Censure de Toulouse 1 . Des que celle-ci eut pris forme, et avant qu elle fut achevee, M gr d Astros ecrivit au cardinal di Gregorio, grand penitencier 2 :
Votre Eminence sait que cet ecrivain
1 C est d apres les correspondances conscrvees a Saint-Sul pice, que je resume ces faits. La Vie du cardinal d Astros, parle P. Caussette, ne fournit presque aucun detail pour 1 historique de la Censure.
- Arch. Vat. Dossier Lamennais. Lettre du 29 fevrier i83a.
[L. M.], apres avoir donne Fesperance qu il deviendrait le glorieux defenseur de la reli gion, a publie des systemes etranges qui nous ont singulierement affliges.
On a eu pour lui, depuis douze ans, tous les egards que son caractere, ses talents, ses vertus pouvaient exiger. Toutes les represen tations qu on a pu lui faire ont ete inutiles, et Ton a concu enfin de graves inquietudes, quand on a vu qu il travaillait a se faire de nombreux partisans, et que ses disciples formaient une vraie secte, etant pleins de Fesprit qui anime tous les novateurs. En effet, M. de la Mennais et ceux qui le suivent pretendent reformer toutes choses. Us ont ins pire au jeune clerge le mepris pour les anciens du sacerdoce, lui ont insinue qu il fallait savoir s elever contre la direction des eveques. Us ont parle de ces derniers d une maniere tout a fait indigne.
Et apres avoir dit qu un projet de censure est sur le point d etre envoye bientot aux eve ques voisins de Toulouse, le prelat ajoutait :
Nous ne voulons pas, dans le moment, demander au Saint-Pere qu il prononce aucune censure contre les erreurs de M. de la Men nais et de ses partisans, mais seulement prier Sa Saintete de donner quelque disapproba tion formelle et publique de leur doctrine en general, de maniere qu ils ne puissent pas se
servir du silence du Saint-Pere pour seduire les homines de bonne foi .
Le cardinal di Gregorio ne manqua point de soumettre a qui de droit la lettre venue de Toulouse. Le pape donna ses ordres et FEminence repondit en racontant tout ce qui s etait passe a Rome depuis 1 arrivee de Lamennais :
le memoire remis, la lettre de blame de Pacca, la presentation des pelerine par Rohan.
(( Je suis charge, poursuivait le cardinal, de vous assurer de la reconnaissance du Saint- Pere au zele que vous avez pour le bien de 1 Eglise, et de son agrement a ce que vous, avec les autres eveques, vous vous occupiez
de 1 examen des doctrines en question
votre ouvrage aidera Fexamen qu on va entreprendre a Rome 1 .
Encourage de si haut, Tarcheveque de Tou louse se remit a son travail. Le 28 avril, tout etait pret. Un catalogue de 09 propositions condamnees, avec une lettre au pape, furent envoyee a douze prelats du midi. M sr d Astros leur disait:
Veuillez bien examiner les propositions censurees et le jugement qui en est porte, et me faire connaitre ensuite, par une lettre particuliere, ou votre adhesion, ou les obser vations qui vous auraient empeche d adherer ;
1 Arch. Vat. Dossier Lamennais, Lettre du 16 mars i83z.
de courtes explications pourront lever les difficultes.
(( Je n ai pas besoin de dire a V. G. que je n enverrai cette censure a Rome, avec votre adhesion, qu apres avoir corrige ou retranche ce que vous n auriez pas approuve. 1 ))
Le prelat terminait sa lettre en com muniquant a ses collegues la reponse qu il avait recue du cardinal di Gregorio.
Deuxmois s ecoulerenten correspondances.
Les sulpiciens Boyer et Carriere furent pries de donner leur avis. On attendit celui des eveques. lAm d eux, celui de Montpellier, Ni colas Fournier, avait deja prepare uneenorme refutation de Lamennais, au triple point de vue philosophique, theologique et politique.
11 voulait publier son oeuvre ; au recu de la censure toulousaine, il renonca a son projet et donna a M er d Astros son adhesion pure et simple 2 . Parmi les autres prelats consultes, plusieurs demanderent des explications, des retranchements, des additions. Dans sa redac tion definitive le catalogue de propositions erronees fut reduit de 5g a 56 ; il y f ut joint une lettre latine par laquelle les eveques jus-
1 Arch. Vat. Dossier Lamennais, Lettre du 28 avril i832.
2 Saurel. Marie-Nicolas Fournier, Montpellier, 1892, p. 412. Ce pays fut d ailleurs fecond pour la polemique antimenaisienne : 1 abbe Flottes et 1 abbe Bellugou publierent, entre 1820 et 1826, plusieurs brochures pour combattre les doc trines de VEssai.
tiflaientleur demarche 1 ; le paquet partit pour Romele iSjuillet, paries voiesles plus sures 2 . Le 28, le cardinal di Gregorio accusait recep tion de Fenvoi.
(( A la hate, disait-il, j ai parcouru et ce qui est manuscrit et ce qui est imprime; et tout de suite je me suis procure Fhonneur de le remettre entre les mains du Saint-Pere qui Fa agree inflniment .
En soumettant a Fautorite pontificate la cen sure porteepar eux, les prelats se defendaient hahilement et sincerement de poursuivre une revanche du gallicanisme. Suivant les exemples donnes par Fepiscopat, notamment en 1791 et en i65o, ils sollicitaient Fintervention du pape, en le priant de confirmer leur jugement, autant et de la maniere qu il le trouverait convenable .
Nous reviendrons un pen plus tard sur le syllabus dresse a Toulouse. II suffira d observer ici qifil portait moins sur VAvenir que sur YEssai, moins sur la politique que sur la philo sophic et la theologie menaisiennes. Cepen-
1 Cette lettre etait signee par Brault (Alby), d Astros (Tou louse), Fournier (Montpellier), Dubourg (Montauban), de Cha(Foy(IN T iraes),de Lostangcs (Perigueux), Darbou (Bayonne), do Saunhac (Perpignan), de Gualy (Carcassonne), de Tournefort (Limoges), Savy (Aire), d Hautpoul (Gahors), Giraud (Rodez).
! Des le 17 juin, d Astros avait demande au cardinal de Gregorio comment lui faire tenir la censure.
dant quelques articles du journal etaient cites et reprouves ; de meme, quelques assertions de la declaration du 6 fevrier i83i.
Gette attitude de 1 episcopat etait un fait important qui devait necessairement modifier a Rome la position des pelerins de Dieu et de la liberte . Le pape leur avait fait dire (le 25 fevrier) par Pacca qu il etait dispose a faire examiner leurs doctrines. La censure de Tou louse ne rendait-elle pas cet examen urgent et indispensable? Et en toute hypothese, ne fallait-il pas sortir du silence que Ton avait garde j usque-la ?
Lambruschini fut charge d etudier la ques tion. II le fit dans un bref rapport, destine a definir Tobjet des deliberations que le souverain Pontife demandait a la congregation des affaires ecclesiastiques extraordinaires.
Les doctrines politiques et religieuses soutenues depuis deux ans par M. Tabbe de la Mennais provoquent depuis longtemps les recla mations de Tepiscopat francais, qui les regarde au moins comme extremement dangereuses et de nature a produire des effets graves et funestes a FEglise de Dieu. II est demontre par les faits que ces doctrines ont repandu et maintiennent une division fatale, non seule-
nient dans le clerge de France, mais encore parmi celui de Belgique, de Pologne et de FA1lemagne rhenane. Avec grande douleur, les bons et vrais catholiques voient ces idees gater la tete des jeunes pretres ; a mesure qu ils en sont imbus, ils s ecartent de la dependance due aux eveques, en meprisent Tautorite, deviennent orgueilleux,etaulieu de s adonner a leur ministere sacre, s occupent de discus sions politiques, frequentent les reunions des liberaux, deviennent suspects a la puissance civile ; en sorte que, de ministres del Evangile qu ils devraient etre, destines a precherla soumission, Tobeissance et la paix, ils se font les instruments des discordes civiles, et sont transformes en demagogues et en factieux.
Apres cet expose, le rapporteur rappelait que les eveques de France avaientplusieursfois soit directement soit par Fintermediaire du nonce, prie le Saint-Siege d intervenir ; et que les eveques beiges ne sentaient pas moins la necessite de cette intervention. Les cabinets des puissances catholiques etaient d ailleurs alarmes de la propagande faite par YAvenir. Et enfin les redacteurs de ce journal reclamaient eux-memes un jugement de leurs doctrines.
Dans ces conjonctures, conclutLambruschini, un examen s impose et le Saint-Pere soumet a la sagesse de la congregation les quatre questions suivantes :
1. Est-il expedient que le Saint-Siege con tinue a garder le silence, ou doit-on lui conseiller de parler ?
2. Si le pape doit parler, sous quelle forme doit-il le faire" : par une simple disappro bation manifestee en quelque acte solennel, ou par un jugement doctrinal qui qualifierait certaines propositions, ou par la mise a 1 index de YAvenir?
3. Si ces trois partis ne conviennent pas, vu Fetendue dumal, le pape devrait-il lancer une encyclique dans laquelle, sans parler de Lamennais, serait exposee la vraie doctrine de 1 Eglise sur Tautorite des souverains et des sujets ?
4- Si ce dernier projet etait adopte, quelles seraient les maximes erronnees et perilleuses a condamner, etquelsenseignementsdevraient faire le fond de Fencyclique i ?
1 Arch. Vat. Dossier Lamennais. A cette posizione de la question etaient joints quatre fascicules de pieces annexes. Le premier contenait le Memoire des redacteurs de YAvenir et leur declaration de i83i. Dans le second, on avait reuni un extrait des pages consacrees a YAvenir par Rozaven dans sa preface a YExamen du livre de Gerbet sur la certitude, des observations du meme auteur sur le dernier numero de VAvenir et la profession de foi presentee au Saint-Siege par les redacteurs. Au troisieme fascicule, on trouve un article de YAmi de la religion (27 octobre 1831) et un travail anonvme imprime a Toulouse sous ce litre : Idee sommaire du systeme politique et religieux de I Avenir . Le quatrieme contient des reflexions du P. Orioli sur M Acte d Union; trois ecrits de Lambruschini : jugement sur Fabbe de la Mennais, observations sur le memoire des redacteurs de \ Avenir, dis sertation sur 1 origine, de la nature et des droits de la puis-
L EXAMEN DBS DOCTRINES DE L AYENIR 175
Suivant Tusage usite dans la procedure des congregations romaines, la posizione de la question fut imprimee avec les pieces annexes qui pouvaient eclairer les juges ; on demanda en outre a plusieurs consulteurs, pris en dehors du sacre college, leur voto parecritsur les questions posees. Quatre au moms d entre eux nous sont connus : le P. Orioli conventuel, le P. Rozaven jesuite, les deux prelats Soglia et Frezza ; et nous allons presenter leurs conclusions.
Lamennais a ecrit dans les Affaires de Rome : Nous avions soumis au Saint-Siege une exposition exacte et nette de nos doc trines. Jamais, que nous sachions, elle n a ete examinee. Cependant il semble que c etait la surtout qu il fallait chercher nos sentiments, les principes que Ton devait condamner on approuver : on en jugea differemment ; sur quels motifs, nous Tignorons. II ne parait pas qu on eprouvat un desir excessivement vif de connaitre nos pensees et d en occuper les consulteurs romains 1 .
sance souveraine et des devoirs des sujets a son egard ; deux lettres de 1 abbe Baraldi, ami de Lamennais ; une note de Mgr de Quelen ; Fextrait d une lettre adressee au cardinal de Rohan ; deux lettres de Garibaldi, internonce a Paris ; deux articles de V Invariable de Fribourg.
1 Dans une lettre a Emm. d Alzon Lamennais ecrivait le 10 avril 1842 On dit que cet examen [de nos doctrines] est commence ; mais quand finira-t-il ? (Mois litteraire, juillet 1901, p. 16).
Les historians jusqu ici ne se sont pas assez terms en garde centre ces assurances et ces ironies du grand homme. Peu au courant des habitudes romaines, ils ont pense qu apres tout Lamennais devait etre informe ; et ils ont repete son dire, en Tattenuant a peine 1 . On voit ce qu il en faut croire. La procedure en usage dans les ai faires de quelque importance a ete suivie dans celle-ci. Le desir exprime par Ventura dans le voto dont il a ete fait mention plus haut, s est realise. Une commis sion, plus nombreuse meme que celle qu il souhaitait, a ete chargee d examiner la cause de I Avenir. Et voici Tavis exprime par les consulteurs.
Tons sont d accord pour estimer que le pape ne peut plus garder le silence. II doit la verite a ceux qui la reclament de lui, et les menaisiens, comme 1 episcopat, demandent une sentence. Si Rome continuait a se taire, on continuerait a penser qu elle tolere, sinon qu elle approuve, les doctrines de rAvenir; a Tabri de cette facheuse interpretation, la contagion de Ferreur ne ferait que s etendre. Pour remedier au mal, ni une mise a Tindex, ni un simple desaveu du journal ne sauraient
1 Cependant le P. Leeanuet, dans son Montalembert (189$), raconte (I, p. 491) d apres le journal de Montalembert luimeme, que Gregoire XVI, le i3 Janvier 1887, s expliqua, avec son visiteur louche et reconnaissant, sur cet examen des doc trines de \ Avenir.
I/EXAMEN DES DOCTRINES DE L<( AVEN1R 177
suffire. Ge qui conviendrait le mieux assurement serait une liste de propositions qualifiees et condamnees ; malheureusement un pareil travail est delicat et long, et il est urgent d agir. Les souverains pontifes a leur avenement ont coutume d eerire une lettre a 1 univers catholique ; le Saint-Pere pourrait profiler de cette occasion, pour rappeler les verites opportunes. Parmi ses predecesseurs, plusieurs ont fait ainsi. En fletrissant les idees menaisiennes, il serait prudent de ne point nommer leur pere ; personnellement condamne, il se laisserait peut-etre entrainer aux derniers exces. Mais il faut blamer tres nettement la souverainete du peuple, la separation de TEglise et de TEtat, la liberte des cultes et celle de la presse. Toutes ces theories deriventd un certain indifferentisme religieux que la foi reprouve. Et il serait bon de leur opposer la doctrine catholique, sur Torigine du pouvoir tant ecclesiastique que civil, Tunion des deux puissances, la necessite sociale de la verite.
Telles sont, dans leurs grandes lignes, les consultations emises par les theologiens. Evidemment chacun d eux a sa libre allure. Les prelats, familiers avec le travail des congre gations romaines, vont d instinct a la re cherche des precedents, butinent quelques textes heureux dans les collections patrolo-
giques ou conciliaires, s oublient a disserter savamment ; bref, leurs rapports trahissent des hommes de la carriere. Orioli et Rozaven ont une autre marque. Depuis dix ans, celuici a suivi, par % le devoir de sa charge, tout le mouvement menaisien philosophique d abord, politico-religieux ensuite. II vient de publier un volume pour refuter les theories de Gerbet sur la certitude 1 . Dans 1 introduction de ce volume, il s est applique a refuter les idees maitresses de VAvenir. De tous les consulteurs, c est lui qui a la connaissance la plus etendue de Toeuvre de Lamennais, et a le sen timent le plus vif du trouble que la propagande menaisienne a jete dans les esprits ; il a d ailleurs le courage etThabitude deprendre ses responsabilites, et une main faite pour gouverner hardiment. On ne saurait etre surpris que son vote soit le plus pressant de tous, le plus offensif, si Ton peut dire. Nommer ou ne point nommer Lamennais dans Tacte pontifical lui est indifferent. Mais il est a son avis indispensable de dire sans detour que Ton condamne les erreurs de VAvenir. Et toute la derniere partie de sa consultation est consacree a exposer quelles elles sont. Orioli aussi connaissait Lamennais. II faisait partie de ce petit groupe de religieux qui formaierit
1 Voir Etudes, 5 juin 1908.
L EXAMEN DES DOCTHINES DE L\< AVENIR 179
a Rome un vrai cenacle de menaisiens. Mais les temerites du maitre et des disciples semblent avoir mis dans cette amitieje ne sais quel desenchantement. Le conventuel des saints Apotres se demande avec inquietude si ces hommes out dans le cceur la soumission qu ils professent de bouche si bruyamment. Neanmoins il fautparler et condamner, sans aucun doute. Orioli le dit avec la nettete des autres theologiens. Seulement etc est la un mouvement de la sympathie d autrefoia il voudrait que le document pontifical, tout en taisant le nom de Lamennais, fit une allusion discrete a ses services passes, et marquat Tespoir que le Seigneur emploierait de nouveau le talent de 1 ecrivain a edifier et non a detruire.
Au sujet des doctrines de YAvenir, 1 unanimite des consuiteurs est absolue : ce sont les inemes idees qu ils signalent et condamnent sur le pouvoir, le droit de revolte, la separa tion de TEglise et de TEtat, les libertes modernes. En dissertant la-dessus, chacun suit ses habitudes d esprit particulieres.
Orioli, plus reserve que les autres, ne traite la question qu indirectement en indiquant quels sont les points de doctrine catholique a rappeler par le pape. Soglia mentionne les actes de Pie VI en matiere de liberte et la doctrine de Richer sur le pouvoir civil. Rozaven, sans
l8o LAMENNAIS ET LE SAINT-SIEGE
appareil d erudition, caracterise et disc Lite brievement, une par une, les theses de YAvenlrsur la liberte religieuse, civile etpolitique, la liberte de la presse et d education, la liberte universelle. Frezza analyse a loisir les concepts, cite avec complaisance ses auteurs, essaye des syntheses. Uni a celui de Rozaven son travail fournit les elements d une discus sion nette, etendue et solide, des principales theories hasardees par YAvenir, encore que tel detail secondaire en soit mal venu et contestable. Et le docte secretaire de la congre gation des affaires ecclesiastiques conclut de son etude que les theories menaisiennes peuvent etre en grande partie considerees comme respectivement fausses, erronees, impies, temeraires, injurieuses a TEglise et pernicieuses a son gouvernement, seditieuses, offensives de la souverainete et des autorites legitimes, tendantes a la subversion de Pordre public tantecclesiastique quepolitique et social, fleurant rindifferentisme et le tolerantisme religieux, contraires a la doctrine et a 1 esprit de TEglise catholique, et reprouvees par elle en d autre temps.
Le secret le plus religieux ayant protege cette etude des idees de YAvenir, Lamennais n en
L EXAMEN DES DOCTRINES DE i/cc AVENIR 181
soupconne rien ; il va repetant a satiete dans sa correspondance qu il s ennuie a mourir, que Rome est un cloaque des plus viles pas sions; mais il a, dit-il, une double certitude : ses doctrines ne seront pas condamnees parce qu elles sont en realite le catholicisme meme ; bien ruieux, elles deviendront le principe regulateur du monde nouveau que la Providence couve sous ses ailes . Au reste, les complications politiques amenees par le soulevement des Romagnes empecheront plus que jamais le pape de parler. II n y a done qu a quitter la place : c est le moyen d en fmir avec le spleen, d eviter la malaria, de sortir d une position fausse, de reprendre en France un role necessaire 1 .
Dans la derniere lettre ecrite de Rome a son frere, Feli dit resolument : Je partirai le 9 de ce mois (juillet), avec Montalembert qui n a point voulu me quitter. Notre mis sion ici est desormais remplie. Les homines les plus distingues regardent notre cause comme gagnee pres du Saint-Siege, des que, presse de nous condamner si nous avions erre sur quelque point de doctrine, il a garde le silence ; et ces memes hommes nous pressent de reprendre nos travaux, sans nous inquieter des oppositions epis-
Forgues, II, p. 276, 240, 242. Lettres du 10 fevrier, 29 avril, i er mai i83a.
copales s il nous arrivait d en rencontrer encore *. Les Affaires de Rome exhalent plus d amertume, mais temoignent la meme ignorance de Texamen doctrinal fait a Rome et en France 2 . Au milieu des complications de la politique europeenne, Gregoire XVI, dit Lamennais, oubliait completement YA.venir et ses redacteurs ; et puis Ton comprend cfii ii eprouvat une repugnance a s expliquer sur des questions liees, en des sens divers, aux plus importants interets de la societe actuelle, a tout ce qui remue les peuples et effraie les rois. II fallait bien cependant que notre incertitude eut un terme. Apres avoir pris conseil de quelques homines eminents, nous nous deeidames a annoncer que ne recevant aucune reponse de Fautorite catholique, n ayant des lors d autre guide que nos convic tions personnelles, nous allions retourner en France pour y recommencer nos travaux...
G etait au mois de juillet, vers le soir. Des hauteurs qui dominent le bassin ou serpente le Tibre nous jetames un triste et dernier
1 Blaize II, p. 117. Lettre du i er juillet 1882.
2 II convient cependant de noter ici le dire d Orioli dans son Voto. Ayant devine, soit par 1 atlitude des cardinaux a son egard, soit par les rapports de ses explorateurs. que 1 examen de ses doctrines lui serait contraire, Lamennais serait entre en fureur et aurait jure de quitter Home. Orioli assure tenir les faits d un confident de Lamennais ; et tel autre detail date, approximativement, cette conversation de la lin de juin.
regard sur la ville eternelle. Les feux du soleil couchant enflammaient la coupole de Saint-Pierre image et reflet de Fantique eclat de la Papaute elle-meme. Bientot les objets decolores disparurent pen a peu dans Fobscurite croissante. A la lueur douteuse du crepuscule, on entrevoyait encore ca et la, le long de la route, des restes de tombeaux.
Pour ce voyageur melancolique etirrite, ces sepulcres et cette nuit tombante etaient un douloureux symbole. Son 021! s y arretait, parce qu il portait en son ame la vision de la fin prochaine d un monde auquel le pape aveugle se flattait de conserver Fexistence. Et combien ce spectacle Feut obsede et angoisse d\me facon plus poignante encore, s il avait connu les secrets de sa destinee ! Tandis qu il quittait Rome, M 81 d 1 Astros prenait ses dernieres dispositions pour faire tenir au cardi nal di Gregorio la censure de Toulouse. Quand le paquet parvint a destination, Lamennais venait de traverser Florence et Bologne, devisageant au passage les toscans endormis dans leur antique gloire, tels que les fellahs cou ches sur le seuil des temples de Thebes , et les romagnols inquiets comme s ils avaient vu sur une mer stagnante flotter quelques plantes inconnues annoncant un monde nouveau . En offrant a M S1 d Astros les remerciements de Gregoire XVI et les siens, pour le
travail envoye, le cardinal di Gregorio ajoutait : A ce que je pense, vous aurez la reponse avec la lettre encyclique que le Saint- Pere veut publier le i5 aout, et dans laquelle vous trouverez publiees les maximes qui sont a propos de Taffaire en question. Des son election, le pape s est trouve en des troubles bien extraordinaires, qui ne lui ontpaspermis de faire entendre sa voix aux eveques suivant 1 usage de ses predecesseurs. J espere que le moment sera lejour sus-indique, dans lequel il pourra accomplir son desir. Cependant ce n est que mon avis particulier que je vous mande.
Ges lignes sont du 28 juillet. A cette date, la congregation des cardinaux qui devait donner au pape son avis sur les quatre questions examinees par les consulteurs, ne s etait pas encore reunie. Mais elle allait le faire. En voyageant a petites journees sur le chemin de Venise a Munich, Lamennais s etait arrete a Inspruck. Une visite an tombeau colossal de Maximilien entoure de vingt-huit statues de bronze, Favait impressionne vivement. II semble que ces morts, dit-il, quittant la fosse ou ils dormaient, se soient traines la, sous le poids de leurs vieilles armes, pour se dire apres de longs siecles, au pied d un sepulcre, les miseres et le neant de la puissance, la vanite de Tambition qui tourmente le monde,
I/EXAMEN DES DOCTRINES DE I/ \VENIR l85
pour ne laisser dWle d autres traces que des mines et une poignee de cendres. Gomme le grand ecrivain philosophait ainsi sur le rien des grandeurs d ici-bas, quelques cardinaux decidaient de son sort. Dans leur assemblee, ils ratifierent les conclusions presentees par M gr Frezza, et un pro jet de lettre apostolique conforme a ses conclusions. Sans que Lamennais fut nomine, le document pontifical fletrirait certaines doctrines sur le droit de revoke et les libertes modernes et rappellerait sur ce point la verite catholique. G est le 9 aout que ces decisions furent prises. Le 1 5 parut Tencyclique Mirarivos.
Les historiens repetent a Tenvi que si dans cette piece quelques endroits visent VAvenir^ ce fut une redaction improvisee a la derniere heure. A son passage a Florence, Lamennais aurait eu { imprudence de confier au nonce son dessein de continuer son ceuvre ; le nonce epouvante aurait avert! le pape ; celui-ci aurait donne Tordre a M sr Polidori de glisser au plus vite, dans la lettre pontificale deja prete, quelques alineas discrets contre le nouveau Savonarole. Gette maniere dramatique d accommoderune encyclique manque totalement devraisemblance. Au surplus, voicila depeche adressee a Rome par Tauditeur de la nonciature de Florence Feliciangeli.
L abbe de la Mennais et ses deux compa-
gnons m ont fait une longue visite. Us ne paraissent pas trop satisfaits de Taccueil qu on leur a fait ; le premier d entre eux surtout m a parle en ternres expres d un certain bref aux eveques de Pologne, dont il croit que TEminentissime Lambruschini est I auteur, et qui aurait selon lui d incalculables consequences. J aurais fait volontiers bien des objections sur nombre d articles bien entendu, avec la reserve et la modestie qui conviennent et particulierement sur la liberte de la presse, sur leurs opinions au sujet des Polonais et des Beiges, surl independance du clerge a Fegard de la puissance lai que a la maniere dont ils Fentendent. Mais je n ai pas voulu mettre le feu a la meche; et d autre part Feloquence d un metaphysicien aussi raffine me conseillait plutot de me taire. Je me bornai done a lui demander si 1 entreprise de VAvenir aurait une suite. Et lui de m assurer que de retour en France il mettrait de nouveau la main a Foeuvre, et redigerait un journal sur les memes bases que YAvenir\
Gette reponse, que Tauditeur de la nonciature transmet a la fin de sa depeche, et sans la souligner autrement, n apprenait a la secretairerie d Etat rien de nouveau. La confi dence faite a Florence etait un bruit public
1 Arch. Vat. Corr. None. Lettre du 21 juillet 1882.
a Rome depuis longtemps. Pendant des mois, le propos avait jailli, a toute occasion, de la Louche de Lamennais. Uency clique Mirarivos ne derive pas et ne saurait deriver d un mot echappe dans une conversation avec un diploinate. Elle est la conclusion du laLorieux tra vail d examen entrepris par les consulteurs remains; elle est la consequence de Tobstination mise par Lamennais a ne pas comprendre la lecon discrete donnee par la lettre de Pacca le 25 fevrier.