EPILOGUE
il lui demandait de quel droit celui-ci le mettait hors de FEglise 1 . Nous avons pu, de nos jours, constater en d autres ce singulier etat d ame d un catholique qui pretend demeurer tel, malgre lepape, FEgliseet 1 evidence. Mais ce phenomene passager se resout forcement dans une situation plus logique et plus claire. Le condamne finit par se vanter, au nom meme de sadignite d homme, cT avoir apostasie lafoi pour garder sa raison. Et les esprits un ins tant troubles par le spectacle de ces astres errants, les laissent s enfoncer dans la nuit, pour demander au soleil immuable la lumiere qui doitguider leur route.
Avant de devenir un parfait incredule, indif ferent aux anathemes de FEglise, Lamennais avait repris a son compte la parole de Pascal : (( Les saints ne se sont pas tus . Avec un courage dont la perseverance ne doit pas nous faire oublier la temerite, il s etait donne la mission de remontrer a la Papaute ses devoirs. Dans ce role invraisemblable, il a mis sa vie. Et quand le pape, remplissant Toffice de sa charge doctorale, lui a crie : vous usurpez et vous errez ; il s est regarde comme une victime dont les souffrances fecondaient les idees, pour le plus prompt etablissement des desseins de la Providence. Tant d illusion
J C. de Ladouc. Vie de M& de Salinis, p. 140.
chez un grand esprit et tant de douleurs dans une ame genereuse, nous touchent d une rare compassion; le malheur d un beau genie reduit a cette lamentable infortune nous emeut (Tune pitie profonde ; nous comprendrions bien mal ce que e est qu un pretre, si le sou venir de sa decheance, malgre les annees ecoulees, ne nous remplissait pas de tristesse. Pourtant ces impressions penibles ne doivent pas egarer notre jugement. Les fautes que Ton a pu commettre autour de Lamennais ne sauraient justifier ni voiler celles qu il a certainement commises lui-meme.
Engages dans la voie d erreur ou il les avait entraines, ses disciples, malgre son prestige, se sont arretes et ont rebrousse chemin, sur une parole dupape. II devait, il pouvait imiter cette abnegation obeissante. Seul son orgueil rempeclia de le faire. Ce mot tres simple est malheureusement le dernier et le plus certain qu on puisse prononcer dans cette cause celebre. Ce n est point le parti pris, ni une vue courte qui dictent a un historien catholique cette breve sentence, mais Timpossibilite de sauver autrement la Providence et la justice du Ciel. S il pouvait advenir qu un apologiste sincere et prestigieux de la religion menat, A ingt annees durant et jusqu au dernier souffle, la vie d un apostat, sans avoir gravement manque a sa conscience, Fequite et la sagesse