‹ Lamennais et son écoleChapitre 15 sur 16 · LA FIN DE LAMENNAIS · texte numérisé non relu

LA FIN DE LAMENNAIS

Sommaire. — Prière de Lacoidaire. — Montalembert brise avec Lamennais. — L'Encyclique Singulari nos. — La dernière Messe. — L'attaque du prêtre apostat. — Le livre des Affaires de Rome. — Réquisitoire enfiellé. — De chute en chute. — Portrait par M de Pontniartin. — La douleur d'un frère. — Joie ignoble de quelques détracteurs flétrie pai M. de Ileicé. — Les larmes de Gerbet. — Une étrange visite. — Récit do M. Laurentie. — A Sainte-Pélagie. — La mort.

Le "2 août 1834, dans son humble et fière loyauté, l'abbé Lacordaire écrivait : « Je ne me « réjouis pas de l'abîme creusé par l'opiniâtreté « sous un homme (|ui a rendu tant de services à « l'Eglise. J'espère que Dieu l'arrêtera à temps.» Il ajoutait : « Puissions-nous tous nous pardon- « ner les erreurs de notre jeunesse et prier en- « semble pour celui qui les causa, par un excès « d'imagination, trop belle pour n'éti'c pas pleu- « rée. »

Pendant vingt ans, ces pi-ières sortirent d'une foule de cœurs invinciblement enchaînés à l'espérance.-

Hélas ! Nul gage de réconciliation, nul signe de rej)entir n'est venu consoler ceux qui auraient donné mille fois leur vie d'ici-bas pour la vie de cette âme. 11 n'est resté à leur confiance d'autre asile que l'impénétrable immensité de la miséricorde divine.

Du moins, M. de Lamennais, en s'enfonrant de plus en plus dans l'abime, au fond duquel, il l'avait magnifiquement démontré lui-même et il en avait fait l'exergue de son Essai sur l'Indiffcrence^ au fond duquel, (juand il y est arrivé, l'impie en vient à mépriser toutes choses, même son Dieu, M. de Lamennais n'entraîna personne avec lui, absolument personne.

C'est, si je ne me trompe, le seul exemple, dans l'histoire du christianisme, d'un homme qui, ayant en lui toute l'étoffe du plus redoutable hérésiarque, n'a pas même réussi à détacher du centre de l'unité le moindre des acolytes.

Pourtant, il y eut bien des hésitations. Lamennais, on le sait, était passionnément ai-

raé. Une Ecole brillante et ardente était fière de dire, en parlant de lui, « le Maître ! » Quels déchirements au cœur de cette vaillante jeunesse, quand il fallut se séparer !

Qu'on me permette de raconter l'une de ces séparations, une seule

Parmi toutes les âmes profondément troublées par l'empire de ce fatal génie, il y en avait une que Lacordaire aimait par-dessus toutes les autres, et qui s'obstinait, après toutes les autres, dans une fidélité désintéressée, moins peut-être à la personne de l'apôtre déchu (|u'à la grande idée qui semblait ensevelie dans sa chute.

Avec le vain espoir de se dérober aux douleurs et aux orages d'un conflit trop cruel, ce disciple obstinément fidèle s'était réfugié en Allemagne, où le poursuivaient les appels de Lamennais. Lacordaire vint le chercher et le prêcher auprès du tombeau de sainte Elisabeth de Hongrie, (( ta chère sainte », dont ce prodigue, qui ne voulait pas rentrer au bercail de l'Eglise, éci'ira si merveilleusement l'histoire. Lacordaire fut repoussé, non sans humeur.

De nouveau séparés par la distance, Lacordaire ne se découragea point, et c'est pour cette âme rebelle aimée qu'il dépensa plusieurs mois

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