‹ Lamennais et son écoleChapitre 4 sur 16 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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dans son diapason, une page cotnni(3 celle-ci. par exemple.

C'est intitulé : riioninic. hi cUjnr cl le marais, et Lamenniiis se propose d'y démontrer que le siècle nouveau, en suivant les errements du siècle précédent, coui't à labime. Selon lui, Vîndiffèrcnce^ ce grand m<il de la société à lacjuelle il s'adresse, n'est pas un mal primitif, originel, et ce n'est qu'après « avoir roulé d'abîme en abitnc, « après avoir parcouru dans sa chute tous les (( degrés de l'eri'eur, sans pouvoir s'arrêter dans « aucun, » que la raison humaine s'est endormie dans cette tranquillité stupide.

Il ne fallait pas metti'c^ le; pied dans le sentier du mal et dans les voies de l'erreui*, en se disant : Je m'arrêterai là ! On s'arnHe mieux sur la tei-re ferme que dans la boue !

C'est ce que Lamennais veut démontrer.

Voici comment il s'y prend :

« Il faisait une chaleur pesante. Un homme aperçut, au bas d'un coteau, une vigne surchargée de grappes, et cet homme avait soif, et le désir lui vint de se désaltérer avec le h'uit de la vigne.

« Mais entre elle et lui s'étendait un marais fangeux qu'il fallait traverser pour atteindre le coteau, et il ne pouvait s'y résoudre.

— lui —

« Cependant, la soif le pressant, il se dit : « Peut-être que le marais n'est pas profond ; « qui empêche que je n'essaye, comme tant dau- <( très? Je ne salirai que ma chaussure, et le mal, « après tout, ne sera pas grand. »

« Là-dessus, il entre dans le marais, son pied enfonce dans la bourbe infecte, bientôt il en a jusqu'au genou.

« Il s'ari'ête, il hésite, il se demande s'il ne serait pas mieux de retourner en ari'ière. Mais la vigne et ses grappes sont là devant lui, et il sent sa soif qui augmente.

« Puisque j'ai tant fait, pourquoi, dit-il, re^ ien- « drais-je sur mes pas ? Pourquoi perdrais-je (c ma peine ? Un peu plus de fange ou un peu « moins, cela ne vaut guère désormais que j y « regarde. J'en serai quitte, ({ailleurs, pour me « laver au premier ruisseau. »

« Cette pensée le décide ; il avance, il avance encore, enfonçant toujours plus dans la boue : il en a jus(]u'à la poitrine, puis jusqu'au cou, puis jusqu'aux lèvres, elle passe enfin pardessus la tête. Etouffant et pantelant, un dernier effort le soulève et le porte au pied du coteau.

« Tout couvert d'une \ase noire qui découle de ses membres, il cueille le fruit tant convoité, il s'en gorge. Après quoi, mal à l'aise, honteux

de iui-nicme, il cherche de tous côtés une eau limpide pour s'y nettoyer, Mais il a beau faire, l'odeur reste : la vapeur du marais a pénétré sa ehainet ses os, elle s'en exhale incessamment, et fornivj autour de lui une atmospliere fétide. S'approche-t-il, on s'éloigne. Les hommes le fuient. Il s'est fait reptile ; qu'il aille vivre parmi les reptiles (1). »

Ce style, ces allégories, cette vigueur de pensées et d'expressions saisissaient tout le monde.

Les étrangers eux-mêmes se sentirent enti-aînés dans le mouvement, on traduisit ['Essai dans toutes les langues européennes. Les rois se faisaient inscrire chez l'auteur, et plus d'un grand prince fît le voyage de France pour le connaître.

Le Pape voulut le voir, et, quand Lamennais se rendit pour la première fois à Rome, Léon XII, après l'avoir tondi'ement embrassé, le conduisit dans son appartement privé, où, à sa grande surprise, le jeune écrivain put se convaincre qu'il n'y avait, jiourtout ornement, qu'un Christ, une belle image rcj^résentant la Mère de Dieu et le portrait de l'auteur de VEssai sur l'indifj^érence.

(l) Ce morceau, plus tard inséré dans un autre livre, dont nous parlerons en son lieu, eirculait des lors dans le public et ne contribuait pas peu à recruter d'ardents admirateurs au s-énie littéraire de Lamennais,

— Partout, chez les Carcliniiux, chez presque tous les chefs d'ordre, partout on prédit au jeune prêtre franrais qu'il ne tarderait pas à être élevé aux honneurs du cardinalat.

Hélas ! il n'en fallut pas davantage pour soulever les haines de la jalousie. S'il avait voulu écouter, le nouveau Tertullien aurait entendu les prédictions de la malveillance envieuse, et si, après avoir écouté, il avait pu pénétrer dans les antres noirs de ces consciences basses et viles, il aurait surpris le secret de ces misérables, faisant des vœux pour que la chute de ce génie fût prompte et profonde !

Lamentable histoire, qu'il nous faudra suivre dans ses pages honteuses, et, quand nous aurons vu le prêtre tombé, déchu, découronné de sa couronne sacerdotale, nous n'aurons peut-être pour lui que de la pitié, mais, en toute hypothèse, et s'il nous faut lui jeter l'anathème, nous nous retournerons, un fouet d'ignominie à la main, vers les misérables qui ont hâté sa chute, et nous les cinglerons au visage, comme on marque les faux frères et les traîtres, que Dieu abomine et qui sont les pires ennemi'-^ de la sainte Eglise, dont ils se disent les servlteui's !

— }or, —

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