LES DOCTRINES DE LAMENNAIS SUR LA CERTITUDE
Sommaire. — Un tremblement de terre sous un ciel de plomb. — Le plus célèbre et le plus vénéré des prêtres français. — Le dernier des Pères de lEglise. — I^ continuation de l'Essai.
— Le défaut de la cuirasse. — La question de la certitude. — La Doctrine du Sens Commun. — Le Critérium de la Certitude.
— L'Erreur de Lamennais. — Réfutation. — Absence de sens philosophique. — Les ennemis du dedans. — L'objection. — Une conclusion inattendue. — Absence de critique. — Une belle page de Lacordaire. — Les deu.x voies. — La foi est un don de Dieu. — Les adversaires de bonne foi. — Une devise orgueilleuse. — Le Lamennais de 1820 était déjà le Lamennais de 1832. — Il se fait le champion de la monaichie absolue. — Spectacle smgulier. — Réservé cardinal in petto. — Le ton dtla polémique religieuse h pai-tir de cette heure. — Conclusion de Lacordaire.
L'effet pro:luit parle premier volume dci' Essai sur l'Indifférence en matière de religion fut immense.
« Ce fut, selon la saisissante image de Joseph (Je Maistrc, un tremblement de terre sous un « ciel de plomb. »
Montalembert a dit — et ce mot n'est (]uune constatation historique — que Lamennais se trou-
« Vil subitement « le plus célèbre et le plus vé- (' nérc des prêtres français. »
Son premier volume de l'Essai l'avait fait proclamer hardiment par ses enthousiastes, « le der- « nier des Pères de l'Eglise. » Nul, même parmi les envicu^, n'osa réclamer.
Telle était la situation du grand éci'ivain. quand il se décida à publiai' l;i suite de soi. œuvre.
(( L'Europe, dit Lacordaii'e, altendaÏL la (-(jnti- « nuation de son ouvrage. Il n'avait encore étau bli (jue rimj)ortancc et la nécessité de la foi. (( Mais, où était la foi véritable ? Comment parte venir à la discerner? Quelle était l'autorité « régulatrice de la i'aison humaine? Voilà les a questioris (|ui restaient à résoudi'e, et dont la (( solution, impatiemment désirée, devait causer u plus tard de si profonds dissentiments. »
Ce fut, en effet la pierre d'achoppement. l)\m coup-d'œil, les adversaires virent le défaut de la cuirasse, et, tandis que les admirateurs continuaient d'applaudir, fascinés par les entraîne-
ments de l'élofjuence menaisienne, les ennemis ricanaient à la sourdine et fourbissaient les armes qui le tueraient à coup sûr.
« Après deux ans d'atiente. dit encore Lacordaire, le second volume de Y Essae sur l'Indif- « /tT<??ice fut publié... Des hauteurs de la défense (( antique de la foi, du sein de l'éloquence qu'il « avait répandue par flots contre les ennemis de « la vérité, M. de Lamennais était descendu aux <r discussions iii'jdes de la philosophie, à la ques- « tion delà certitude, tout à la fois la plus claire « et la plus obscui'e de l'esprit humain. » Lacordaire a raison.
La question de la certitude dans les connaissances humaines est le problème le plus redoutable, et cependant le plus important de la recherche philosopliique de la vérité.
Qu'est-ce que l'homme peut savoir? Et, quand il croira savoir, qu'est-ce qui lui indi((uera avec certitude qu'il est en possession de la vérité, et non point le jouet d'une illusion ou la victime d'une ei^reur inévitable ? Lamennais répond :
« Pris individuellement, l'homme ne peut rien a savoir avec certitude; mais, pris collective- « ment, il peut savoir certainement (|uelque « chose. »
En d'autres termes, la raison individaelle est impuissante, mais la raison commune ou universelle ne l'est pas.
De là, le nom de Doctrine du sens commun ou du consentement universel, donné au système de Lamennais sur la certitude.
D'après le système de Lamennais sur la certitude, le consentement de tous les hommes csi non pas un des moyens pour arriver à la vérité, mais le seul moyen (jui puisse nous y conduire, c'est-à-dire pour employer la terminologie de l'Ecole, qu'il est le vrai critcrium de la certitude.
C'est là l'erreur, et c'est de ce principe trop absolu que découleront plus tard les eri'eurs théologiques, philosophiques, politiques et sociales que, l'ennemi aura beau jeu de combattre chez l'auteur de l'Essai sur l' iiidijftrcncc.
Suivons à fond cette série de raisonnements, que la magie du style Lamenaisien empêcha plus d'un ardent défenseur de faire, comme nous le faisons aujourd'hui.
— ino —
Le critérium do la certitude, c'est un principe par lequel nous pouvons distinguer le vrai du faux, le certain de l'incertain, et cela en dernier ressort et sans appel.
C'est un principe premier, universel, invariable, infaillible, que chacun de nous porte en luimême, de manière à pouvoir le consulter sans peine et en toute circonstance.
Voilà la définition exacte et plénière du principe ou critérium de la certitude de nos connaissances.
D'après Lamennais, on n'a cette certitude que lorsqu'on a acquis la preuve que tous les hommes sont d'accord sur un point donné.
\ oyons SI ce consentement unanime, ce sens commun de tous les hommes, présente les conditions que nous venons de reconnaître indispensables au critérium de la certitude, savoir qu'il doit être j)remier, universel, invariable, infaillible.
Si nous examinons le principe Lamenaisien de sang-froid, nous serons amenés à reconnaître qu'il est erronné. non pas, encore une fois, que le consentement unanime des hommes ne puisse, en certains cas, être un indices certain de la vérité, mais parce qu'il est inexact d'afTirmer
que ce sens commun est l'unique moyen de certitude.
En elîet, ce n'est pus là un principe premier. Car, si j'admets que le consentement de tous les iiommes est un indice de vérité, c'est parce que cela me parait évident. Doi'C, ce prétendu principe pi-emier en suppose un autre, qui est l'évidence.
De j)lus, ce n'est pas là un princij)c universel. S'il s'applique à un certain nombre de vérités pi'emières, à ce qu'on appelle les axiomes, en revanche, les vérités déduites, celles qui supposent des raisonnements dont peu d'hommes sont capables, et les vérités de fait, qui ne sont accessibles qu'à un ou plusieurs individus, lui échappent complètement.
Il n'est pas invariable, car le sens commun d'une époque n'est pas toujours exactement le sens commun d'une autre.
Il n'est pas infaillible non plus, la loni,^ue histoire des variations de l'esprit humain sur une foule de points le démontrie surabondamment.
Qu'on me pardonne ces discussions, un peu abstraites, et forcément concises. Elles sont indispensables à la suite de cette étude.
jMais, entre tous ses dé^'auts, le critérium de
r.ainennais en a un autt'C. qui est extrêmement grave : il est contradictoire.
D'après lui, en eflet, les sens, la conscience et la raison nous trompent également, et seul, le consentement des hommes ne nous trompe pas.
Or, comment connaissons-nous le consentement unanime des hommes, si tant est qu'il nous soit donné de le connaître? — Par les sens, qui seuls nous révèlent les choses du dehors.
Comment l'apprécions-nous? — Par la raison, seul moj'en d'appréciation que nous ait départi la sagesse divine.
Et comment connaissons-nous les opérations auxquelles notre esprit se livre pour la connaître et j)our l'apprécier ? — Par la conscience, ou sens intime.
^îais, si les sens, la raison et la conscience sont des facultés trompeuses, elles nous tromperont sur le consentement universel comme sur toute autre chose. Singulier critérium dès lors, que celui auquel on ne peut avoir recours qu'au moyen de facultés incertaines !
Il est encore contradictoii'e dans un nuivc sens.
Il suppose que des individus, dont chacun en particulier est incapable de connaître la vérité avec certitude, la coi^.naiti'ont avec cette certitu-
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delà, dès qu'ils auront mis en commun les lumières qu'ils n'ont pas. C'est comme si on disait que tous les aveugles des deux mondes n'auraient qu'à se réunir pour voir clair. Je néglige beaucoup d'autres arguments. Celui-là me semble tellement concluant, qu'insif^ter serait faire injure au lecteur : il a déjà reconnu que le système du consentement universel comme unique critérium île certitude porte en lui-même sa condamnation, et on peut dire à la lettre que sa fausseté est en raison directe de son originalité ([).
« La solution que proposa M. de Lamennais, dit Lacordaire, partagea \iolcmment les esprits. i)
Je le crois bien. Comment n'en eut-il pas été de la sorte ?
Dans son second volume, >L de Lapnennais, ce champion si absolu de la foi, qui écrivait le "2"2
(l) Celte léliilalioii (hi svslV.'in î do L-une;in;us a c'ié fort nettement présontée p:u' leinhient professeur de philosophie de la Faculté de Lettres de Lyon. M. Ferruz. Nous hii en avons emprunté la suhstanc.;, et nous renvoyons h', lecteur, désireux dt p!us lon{?iies déductions au livre du sivant p'iilosoph:i lyonnais.
jaaviei' 1818 : u Je vais doiinei' des preuses si « rigoureuses, qu'à moins de renoncer à (Wveje « suis, il faudra que l'on dise le Credo jusqu'au « bout, » ce même homme, sans s'en apercevoir, commence à faire cause commune avec les sceptiques.
Comme eux, avec les mêmes raisons qu'eux, il récusa tous les motifs de crédibilité reçus parmi les hommes : il n'y a d'autorité pour lui que celle qui résulte du consentement commun du genre humain.
Chose étrange assurément, dans un si grand esprit, à qui, nous le disions dès le début de ce livi'c, et c'est une conclusion qui s'imposera de plus en plus à nous, Dieu avait départi une intelligence merveilleuse et une élo(juence incomparable, mais à qui il manqua toujours un sens, indispensable aux enseigneurs des peuples, le sens philosophique.
Chose étrange ! Il ne s'apercevait pas que précisément le (consentement du genre humain le condamnait ; car, tous les motifs de croire, la sensation, la conscience, la raison, que rejetait ÏKssai, le genre humain, comme on sait, les » toujours unanimement admis.
Encore une fois, en distinguant ce défaut tie la cuirasse, les ennemis se fi'ottaient les nuun?. Et,
par ennemis, — je n'ai guère besoin de le dire, — je n'entends pas ceux que, dans sa naïve simplicité, l'éloquent apologiste croyait peut-être seuls dignes de ce nom, les incroyants et les matérialistes que poursuivait sa verve intarissable. Non, ceux-là pouvaient être les ennemis du dehors, et, dans leur loyauté, se sentant battus, ils ne pouvaient s'empêcher d'applaudir à la vaillance du guerroyeur nouveau , qui tenait enfin, après cent ans et plus de triomphe pour elle, l'impiété à longueur de lance.
Je parle les ennemis du dedans, les pires de tous, de ceux qui tirent sur nous, par derrière, quand nous nous efforçons de faire notre devoir sur la brèche de la citadelle, où ils sont enfermés avec nous, traîti'es ghssés dans nos rangs fidèles, qui se réservent d'applaudir plus fort que les assiégeants, (juand l'un des vaillants d'Israël sera tombé sur les remparts.
Ceux-là, quand ils virent où Lamennais s'engageait, se promirent de le tuer bientôt et de le tuer à coup sûr, en le déshonorant pour la gloire de Dieu et le plus grand bien de l'Eglise.
Lamennais eut l'instinct de leur projet, et il devina l'objection sous laquelle ils se disposaient à l'écraser.
Puisque le témoignage du genre humain est
lellernenl irrécu.sablo (ju'il doive être considéré comaie un critérium infaillible, comme le critérium unique de lu certitude, c'est au moyen de ce témoignage que nous devons distinguei* la j-eligion vraie des religions fausses. Or, le genre humain a longtemps été idolâtre. Le polythéisme ou lidolàtrieest donc la vrai^ religion.
L'objection était sérieuse! Lamennais le sentit. Entêté comme un vrai Breton, il n'en voulut pas démordre, et il co::sacra de longs chapitres de la suite de l'Essai sur l'indifférence, à essayer de démontrer que ridolàtrie ne fut pas un vain tissu d'erreurs, comme on se le figure ordinairement, car elle renferme des vérités importantes par lesquelles elle se rapproche du Christianisme.
Analysons les sophismes ingénieux, au moven desquels Ihabile écrivain essaie den arriver à une conclusion que l'on ne soupronne pas.
Les idolâtres, dit-il, nignoraient pas le vrai Dieu; mais, n'osant lever les yeux jusqu'à lui, ils honoraient des génies secondaires, destinés, dans leur pensée, à combler en quelque sorte l'abîme qui sépare le fini de l'infini : c'était, suivant lui, une corruption de la doctrine du Médiateur. — Ils avaient aussi coutume, j)our la plupart, de rendre leurs hommages, soit à leurs
maîtres, soit aux morts vertueux qui avaient honoré la nation. Donc, coneluait-il, l'idolàti-ie « ne fut jannais que le culte des espi'its bons ou mauvais, et le culte des hommes, distingués paides qualités éclatantes, ou vénérés pour leurs bienfaits, c'est-à-dire au fond le culte des anges et des saints. » Le mot dieux employé au pluriel ne signifiait pas autre chose.. Mais, le culte que l'on rendait à ces anges vrais ou faux, et à ces hommes sanctifiés ou divinisés, n'excluait pas celui du Dieu éternel et suj)i"éme. Celui-ci était, en définitive, pour tout le monde, le seul et véritable Dieu, de soi'te qu'on peut soutenir que le polythéisme n'a jamais existé !
Certes, voilà une conclusion inattendue !
Elle se trouve, tout iiu long déveloj)pée, aux chapitres 3 et 4 de la 4""' partie de ['l!^^sai.
Lamennais fait valoir, en faveur de cette thèse originale, un grand nombre de preuves, (}u'il emprunte, un peu confusément et sans beaucoup de critique, aux annales des iinciens peuples.
Il consacra deux volumes à soutenir ce sophisme.
Telle était la fascination de ses admirateurs, que ces deux volumes, aujourd'hui si abandonnés
et h?i fiitigants k relire, leur semblaient tout à lait sans réplique.
.( Il nous en coùtiiit tant, dit un contemporain, (( il nous en coûtait tant de brûler ce que nous ('. avions adoré ! »
Lacordaire a écrit une bien belle page sur cette fascination et sur le seul remède qu'elle put nvoir.
Reposons- nous un instant à écouter ce beau langage, si humble dans sa magnificence, et si vrai dans sa pompe mcomparable :
« Je me suis demandé, dit Lacordaire, com- « ment une philosophie, dont j'aj)eivois si clairece ment le vice aujourd'hui, avait pu si longce temps tenir ma raison en suspens ; et j'ai « compi-is que, luttant contre une intelligence « supérieure à la mienne , et voulant lutter (( seul contre elle , il était impossible que je « ne fusse pas \aincu. Car la vérité n'est pas « toujours un auxiliaire sulfisant [jour rétablir « 1 équilibi'e des forces ; autrement, jamais l'er- « l'cur ne triompherait de la vérité. Il faut donc « qu'il y ait dans le monde une puissance qui € soutienne les intelligences faibles contre les « intelligences fortes, et (|ui les délivre de l'op- « pression la plus terrible de toutes, celle « de l'esprit. Cette puissance, en elfet, est
« venue à mon secours; ce n'est pas moi qui a me suis délivré, cest elle. Arrivé à Rome, au (.( tombeau des saints apôtres Pierre et Paul, je « me suis agenouillé, j'ai dit à Dieu : « Sei- (( gneiii-, je commence à (sentir ma faiblesse : « ma vue se couvre ; l'erreur et la vérité m'é- « chappent également ; ayez pitié de votre ser- « vitciir qui vient à vous avec un cœur sincère ; « écoutez la prière du pauvre. » Je ne sais ni le « jour ni l'heure ; mais j'ai vu ce que je ne (( voyais pas, je suis soili de Rome libre et vic- « torieux. J'ai appris de ma propre expérience « que l'Eglise est la libératrice de l'esprit hu- « main ; et, comme de la liberté de l'intelli- « gence découlent nécessairement toutes les au- « très, j'ai apcrru sous leur véritable jour les a (]uestions qui divisent le monde aujourd'hui ! » Ah ! pourquoi le maiti'o n'a-t-il pas senti cela comme le disciple ? Pourquoi sort-il de Rome, plus obstiné que jamais dans son erreur superbe, tandis que le disciple, au front duquel rayonne, comme sur lésion, l'étoile du génie, a vu ses yeux se dessiller et la lumière rentrer à flots sous ses paupières engourdies? Pourquoi? Mystère!... La foi est un don de Dieu, et, quand l'âme l'a perdue, Dieu seul peut la rendre. L'éternité, en déchirant les voiles, nous révélera les secrets
insondables de la sagesse divine dans le gouvernement des choses humaines.
Lacordaire vit clair tout d'un coup dans les questions qui divisent le monde aujourd'hui, et Lamennais s'enfonça dans les ténèbres des solutions antireligieuses et antisociales.
Ah ! c'est qu'on a beau être de son temps, on a beau sentir vivement les besoins de son époque, si l'on s'en fie uniquement à son sens privé, si l'on ne veut relever que de soi et laisser Dieu dans son ciel solitaire, sans regarder du côté où il montre la voie, on s'égare fatalement. Malheur auxhommesqui l'oublient! Malheur aux croyants qui s'en passent ! Malheursurtout à l'apologiste, à l'apôtre, au pi'étre qui enseigne autrement!
« Oui, s'écrie Lacordaire — et certes , de celui-là nul ne récusera ie témoignage — le (( monde cherche la paix ot la liberté ; mais il « les cherche sur la roule du ti'ouble et de la « servitude. L'Eglise seule en fut la soui'ce pour * le genre "humain, et seule, dans ses mamelles « outragées par ses fds, elle en conserve le lait « intarissable et sacré. Quand les nations seivjnt « lasses d'être parricides, elles retrouveront là « le bien qu'elles ne possèdent plus ("est pour- « (juoi le jM-étre ne se mêlera pas aux (]uerelles « sanglantes et stériles de son siècle'; il jjriera
« pour le présent et pour l'avenir ; il quittera (( son l'epas, comme Tobie, pour ensevelir les « morts de la captivité; il embaumera dans la « charité les doulcui'b du monde, le plus qu'il « pourra ; il prédira sans se lasser, aux généra- « tions contemporaines, qu'il n'y a ni paix ni « libertés possibles hors de la vérité ; il sera « plein de compassion et d'espérance; il recueilce lera les âmes qui souffrent et qui cherchent « Dieu, versant sur leurs blessures la parole qui ■' l'anime ceux rjui sont las ; il remerciera Dieu de a vivre dans un temps où l'ambition n'est plus « même possible; ilcomprendia eue, « hommes sont agités, plus la paix qui règne « sur le front et dans l'âme du prêtre est une « puissante chose ; que plus les hommes sont « dans l'anai'chie, plus l'unité de l'Eglise est « une |)uissante chose: que plus les hommes (( sont foi'ts en appai'ence, plus la faiblesse de <( l'Eglise, qui vit delà seule force de Dieu, est « une puissante chose ; que plus le siècle pro- « phétise la moi't du christianisme, plus le (( christianisme en sei'a glorieux un jour, lorsque « le temps, fidèle à l'éternité, aura balayé cette « orgueilleuse poussière, qui ne se doute pas (f que, pour être quelque chose dans l'avenir, il (( faut être quelque chose dans le présent, et
« que rien ne mène à rien. Le prêtre enfin sera (( ce qu'est l'Eglise, désarmé, pacifique, chari- (( table, patient, voyageur qui passe en faisant « le bien, et qui ne s étonne pas d'être méconnu « du temps, puisqu'il n'est pas du temps. 0 (( Rome, c'est ainsi que je t'ai vue !... »
Arrêtons-nous. Cette page , sublime de foi, d'éloquence et de poésie, nous achèverons de la lire quand nous achèverons ce chapitre.
Maintenant, U nous faut redescendre de ces hauteurs, où le génie a seul le privilège d'entraîner ceux qui l'approchent et suivre , dans la plaine où la mêlée est devenue si ardente, les phases du combat qu'a ouvert la continuation de VHssai sur l'Indifférence.