CHAPITRE IV
La conversion des Mennaîsiens à la littérature nouvelle -Le romantisme catho- La conversion ^^^^ ^^ ^^ ,o„,eption de Notn-Dan,e de Pans.
r.r r'en étaient manifestement - de Victor Hugo
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. M^moMo! Cathomue, t. X, Septembre 18.8, p. m-
littérature ne saurait se passer du merveilleux. Mais il y a deux sortes de merveilleux, le vrai et le faux, le merveilleux chrétien et la mythologie '. Et, s'il est vrai, comme l'a dit Platon, que le beau n'est que la splendeur du vrai, tout ce qu'il y a de beau dans le merveilleux païen « a sa racine dans le christianisme primitifs ». Dès lors, que penser de ces classiques qui s'en vont répétant que le christianisme est trop sévère pour l'imagination '? Le fleuve coule devant eux, et les voilà qui cherchent je ne sais quel courant perdu qui s'en échappa jadis. Comme si l'objet de la littérature et des beaux arts était seulement de nous amuser, et non pas de nous être utile ! Les classiques méconnaissent donc la haute mission du génie sur la terre : il doit, en captivant les coeurs, s'emparer des volontés, pour conduire les hommes au bonheur et au bien. Il n'y réussira que si l'influence de la littérature sur la société est portée au plus haut degré, et tout entière employée au perfectionnement des moeurs privées et pubhques. Or, « une littérature fondée sur le christianisme peut seule remplir dans toute leur étendue ces deux conditions ' ». Car seule elle pourra réveiller dans notre âme, « à l'aide des figures de ce monde, qui sont vaines et qui passent, le sentiment des réalités éternelles '' ».
Le Mémorial catholique pense maintenant qu'une telle littérature ne peut s'établir qu'en se débarrassant de l'erreur classique, de ce paganisme littéraire qui prétend asservir la poésie aux règles bonnes ou mauvaises puisées dans les écrits des Grecs " ». Classicisme, c'est tyrannie, comme Victor Hugo l'a montré. En combattant toute indépendance du poète, les classiques créent une servitude littéraire analogue à la servitude politique du gallicanisme ' : des deux côtés, pour avoir nié l'autorité légitime du christianisme, on a été conduit
' Ibid. Septembre 1828, p. 174.
• Mémorial Catholique, t. X, p. 378..'^
• Ibid., p. 174.
• Ibid., p. 174.
' Ibid., p. 176.
• Ibid., p. 587.
''Ibid., p. 386.
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1 Mémorial Catholique, p. 387.
» Ibid., p. 579-
3 7/;. du Pouv., Il, I, VIII, (-0.
moins grande distingue dans tous les genres les hommes supérieurs du vulgaire ' ».
Or, l'insurrection romantique a été, disent les Mennaisiens, rendue nécessaire par les excès de ce gallicanisme littéraire où classicisme qui emprisonnait le génie. Mais il y a eu un romantisme effréné, excessif, qui a transformé la liberté en anarchie. Nul homme de génie n'a pu participer à ses excès, puisqu'ils l'ont entraîné loin de la vérité littéraire que le génie reçoit comme un don. C'est contre ce romantisme qu'il faut réagir, autant que contre le classici5me, par un retour à la vérité, à la nature, par la soumission à l'autorité. Car, que la vérité littéraire soit un don ou le résultat d'un patient effort pour plier son esprit à l'autorité légitime, dans les deux cas, toute beauté littéraire réside dans la soumission à l'autorité générale, expression des « vrais rapports qui existent entre l'Infini et les sujets bornés sur lesquels le génie s'exerce ' .,, ou dans 1 obéissance à la nature. Et, par suite, l'individualisme littéraire ne doit pas être moins énergiquement rejeté que le classicisme
Dès lors la conclusion s'impose: entre la tyrannie classique et 1 anarchie du romantisme effréné, il n'y a plus qu'une position possible, et qui apparaît en pleine lumière «grâce aux progrès que 1 insurrection romantique nous a fait faire ^ » ; il n'y a plus de milieu entre 1 anarchie « et la subordination légitime de toutes les concep tions poétiques au principe catholique de foi, source unique et type universel du beau ' » Point de milieu, donc, entre une littérature catholique et une littérature anarchique ; de même qu'il y n'-i point de milieu pour la société entre le catholicisme et l'anarchie Mais la littérature se soumet-elle à l'autorité ? Alors, ce épurée par là morale évangehque », sans rien perdre de sa liberté, puisque le chris tianisme catholique veut le développement de l'homme complet et professe les règles mêmes du sens commun, elle bannit « le galli-
' Mémorial Catholique, t. X, p. 379.
' Ibid., t. X, p. 579.
' Ibid. t. XI, janvier 1829, p. 68
•• Ibid., t. XI, janvier 1829, p. 69-70.
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rârne humaine : ce développement représente, en httetatute,
« Mémorial Catholiqui, 73-7-t- ■' Ibid., 75.
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de conception ». Et c'est aussi, ne l'oublions pns, la théorie de la liberté littéraire que la préface de Cromwell avait récemment exposée : « D'où il suit, continue l'auteur, que la littérature peut être viciée dans sa base ou arrêtée dans ses progrès par deux théories également fausses : l'une, qui renverse l'ordre de foi, en ne donnant pour règle, à chaque écrivain, que les caprices deson goût individuel» (c'est ce que le Mémorial catholique appelait tout à l'heure le romantisme ejjréné; mais c'est aussi la conception du romantisme que V. Hugo avait repoussée en reconnaissant comme règles du beau, ces « lois générales de la nature qui planent sur l'art tout entier », en distinguant soigneusement la liberté qui produit l'ordre de la licence qui entraîne après elle l'anarchie) ; l'autre, qui détruit la liberté des conceptions, en substituant à l'autorité du goût général, l'autorité de tel ou tel peuple, de telle ou telle époque, et présentant les formes littéraires usitées chez ce peuple, comme le type unique du beau, comme une espèce de moule dans lequel chaque peuple devrait jeter sa littérature. » (Cela, c'est une rupture catégorique avec le classicisme, dont Victor Hugo avait rejeté dans la préface de Cromwell les petites règles surannées). « De ces deux théories, la première engendre les littératures extravagantes, la seconde les littératures inanimées. » Ainsi, conclut l'auteur, « les mêmes principes qui fournissent la solution des questions fondamentales en religion et en politique, contiennent également la solution des ques- ' tions fondamentales en littérature, agitées aujourd'hui ' ».
La position des Mennaisiens est donc identique désormais à celle de V. Hugo ; mais entre ce qu'était cette position en 1824 et ce qu'elle est devenue en 1828-1829, n'y a-t-il pas contradiction ? Là, le classicimie avait été défendu et prôné ; ici, il est condamné et proscrit. L'opposition qui, à s'en tenir aux faits, était réelle, puisqu'elle signifiait véritablement le passage des Mennaisiens dans le camp romantique, au point de vue doctrinal, n'était plutôt qu'une apparence. Deux sens difiérents avaient été donnés, dans les deux cas,,
'Lamennais, Progrh de la RcvohUion et de la Guare contre l'Eglise, in-8, Paiis Belin-Mandar et Devaux, 1829. Appendice, p. 376-378. ' ' "
.u mot classique ; la doctrine avait développé ses conséquences ; au onr 1 n'alait pas changé. C'est ce qu'il convenait e montrer ett qu'un article publié en forme de lettre dans la hvra.son de décembre 1829 du Mcnwrial catholique avait pour but d etabhr. .n ^.nt au'en 1824.1e Mémorial avait considéré « la doctruic r ip' s:in!:;sens général», comme «celle qui .oum.t .eût individuel au goût universel », tand.s quen 182 , au 1 eu de v" dans le classique « ce qu'il y a de commun dans la htteraure saine de tous les peuples «, il lui avait reproche « 1 erreur des lalicans ' », l'auteur de cette lettre sur le romanttque faisait ressortir févoTution accomplie par les Mennaisiens, et soudait dune façon définitive leur première à leur plus récente attitude.
Con idérer le classicisme comme le gallicanisme littéraire, le rom ntisme effréné comme une réaction contre ce gaUKanisme destinée à taire surgir ce romantisme sage, soumis a 1 autorité, ce romant sme dont Victor Hugo a fait entendre les premiers accords etX "a récemment donné la formule, telle est donc exactement a position adoptée par le Mémorial catholique, par l'école de Lamennais au lendemain de la Préface de Crormoell. C'est bien exactement un romantisme catholique qu'il s'agit d'organiser; littérature nouvelle et vraie, qui agirait sur les esprits avec une puissance mfinie, en m ttant en œuvre un merveilleux en harmonie avec les croyances delTcociété. « Toujours d'accord avec la plus pure morale, toujours fide lorsqu'elle peindrait les passions coupables à montrer le poi- , rd qu'elles enfoncent dans le cœur de celui qm s y laisse en- Sner et à nous révéler tous les affreux supplices auxquels elle le ivoue dès cette vie ; constante à parler aux hommes un langage
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Ï^T.nln. secret de leurs consciences, savante à peindre le bont::\t^^^:^ délices que la vertu sait faire goûter au
r::;^nTir:— s ainsi développés « ne pourraien. . Mén,orM Catholique, t. XUl, décembre 1829, p. 353-