‹ Lamennais; étude d'histoire politique et religieuseChapitre 98 sur 123 · PROCES DE F. LAMENNAIS · texte numérisé non relu

PROCES DE F. LAMENNAIS

homme de l'étoffe de M. Partarrieu peut se permettre impunément d'insulter l'homme qui s'appelle Lamennais. Et nous aussi, nous admettons l'égalité devant la loi, nous comprenons même que le pouvoir ait fait tous ses efforts pour faire condamner le livre de l'illustre écrivain. Ce que nous ne comprenons pas, c'est l'insolence de la médiocrité envers le génie. »

Après une plaidoirie de Mauguin, député de l'opposition, avocat disert, et, avant que le jury fût appelé à se prononcer sur les questions posées, Lamennais eut la parole; il en profita pour lire une déclaration, où il fit passer les questions sociales avant les questions politiques.

(( Il existe dans notre société, dit-il, des souffrances nombreuses et profondes. Qui en doute? C'est un fait avoué universellement, et universellement aussi les esprits s'occupent de chercher un remède à ce mal effrayant qui travaille plus ou moins toutes les nations européennes. La grande révolution, dont la France en 89 a donné le signal, est loin d'avoir encore produit tous ses fruits, et c'est même à peine si l'on commence à bien comprendre que le principal doit être et sera certainement l'amélioration du sort du peuple. Que l'on se divise de bonne foi sur les moyens de réaliser cette amélioration nécessaire, on ne sauroit s'en étonner; je n'ai point à examiner ici les systèmes divers qu'a fait naître une question qui se représentera désormais sans cesse jusqu'à ce qu'elle ait été définitivement résolue; je pense quant à moi qu'ils ont tous, même le plus faux, un droit égal à l'examen, lorsqu'ils sont proposés sincèrement et que renaissant toujours, ils ne disparaîtront, tant qu'on n'y opposera que des réfutations judiciaires, que devant le jugement souverain de la raison publique. »

C'était tout ce qu'il y avait à dire : Lamennais,

comme avait fait autrefois le grand confondait ainsi sa cause privée avec ] . liberté générale d'imprimer, de publ x pandre ses opinions, et c'était le seul r -, prendre. Le jury de la Seine se montra la cour condamna le grand penseur, .v éclairée lisait en ce moment même avec h premier volume de Y Esquisse d'une Ph y an de prison et deux mille francs d'an \ Pagnerre fut acquitté. . >o

L'opinion publique fat très vivem % t rigueur insolite de cet arrêt. Qr ^ ministériels osèrent parler de la Cj aence royale. Lamennais n'étant pas de ceux qui demandent ou qui acceptent des grâces, était décidé à payer son amende de son dernier sou et à faire sa prison jusqu'au dernier jour. Le journal le Commerce ayant dit qu'il avait quitté l'audience en proie à une vive impression de tristesse et de douleur, Lamennais lui écrivit : « On a pu remarquer sur ma figure des traces de la fatigue que j'ai dû éprouver d'une séance de douze heures; mais c'est là tout. Lorsqu'on est frappé pour avoir eu le sentiment profond des dangers et l'abaissement de son pays blessé dans son honneur, menacé dans son existence ; pour avoir compati du fond de l'âme aux souffrances de ceux que la société délaisse dans leur détresse, et avoir réclamé la justice à laquelle ils ont droit, on n'est pas triste, monsieur, on est fier. »

Aussitôt après la condamnation, recommencèrent les manifestations de profond et sympathique respect qui avaient déjà consolé l'illustre écrivain lors des poursuites. Tous les comités radicaux de Paris se présentèrent successivement chez lui, pour le saluer et le soutenir des plus réconfortantes paroles. Simples bourgeois, artistes, étudiants, ouvriers, hommes de

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