‹ LamennaisChapitre 8 sur 10 · Galerie de* contemporains il · texte numérisé non relu

Galerie de* contemporains il

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Arrivé de Bretagne en toute haie, son frère vint joindre ses supplications à celles des rédacteurs de V Avenir. M. de Lamennais lui tourna le dos et ne daigna même pas lui répondre.

Le pauvre Jean-Marie insista, supplia, pleura.

— Àh ! mon frère, disait-il avec des sanglots, vous voulez donc être hérétique ?

M. de Lamennais haussa les épaules, prit une chaise et s'assit dans un coin de la chambre, la face contre le mur. Il resta deux heures ainsi sans prononcer une syllabe et sans regarder son frère, qui parlait et suppliait toujours.

Le lendemain, le rédacteur en chef de V Avenir disait la messe comme de coutume.

Au moment où ii descendait de l'autel, l'abbé Gerbet et l'abbé Lacordaire firent une nouvelle tentative pour le fléchir ; ils tombèrent à ses genoux en le conjurant de rentrer dans le giron de l'Eglise.

— Retirez- vous! cria-t-il avec une

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sorte de rage. Me donner de semblables conseils est une trahison! Vous m'abandonnez, je marcherai seul.

— Ainsi vous persistez ? demanda Lacordaire.

— Je persiste.

— En ce cas. Dieu vous sauve !...

Tout est fini entre nous !

Et les disciples quittèrent le maître pour ne plus le revoir.

On ne savait quel parti prendre pour briser celte tète de 1er. Quelqu'un nous affirme que l'archevêque s'entremit officieusement, et laissa voir en perspective le chapeau de cardinal comme prix de l'obéissance.

Le fait nous parait bien invraisemblable.

Toujours est-il que .AI. de Lamennais, au moment ou Ton ne devait plus s'y attendre, fit une première adhésion. puL^

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une seconde, trouvées l'une et l'autre incomplètes parla cour de Rome. Enfin, il se décida à accepter purement et simplement les doctrines de l'encyclique, disant à l'archevêque :

— Je signe que le pape est Dieu, mais je le signe pour avoir la paix.

Il quitta Paris et alla de nouveau s'enfermer dans sa solitude de Bretagne. Dixhuit mois durant il y resta sans donner signe d'existence.

Qu'attendait-il ? sa nomination au sacré-collége? On serait tenté de le supposer, et les Paroles cïun Croyant, publiées vers le milieu de 1834, ne sont peut-être que le résultat fatal d'une dernière espérance trompée.

Chacun de nous se rappelle le tressaillement de la vieille Europe à la publication de cette œuvre terrible.

Tous les hommes d'intelligence amis de M. de Lamennais n'eurent qu'une voix pour lui jeter le blâme.

— Que pensez-vous des Paroles d'un

Croyant'! demandait-on à Jules Leehevalier.

— C'est l'Évangile diabolique de la science sociale, répondit-il, l'Apocaly]

du démon.

Chateaubriand s'écria :

— Mais à quoi songe donc ce prêtre?

Ii ouvre un club sous un clocher !

— Bon ! dit Michaud, voilà 93 qui fait ses Pâques !

Sainte-Beuve, seul, l'illustre critique du Constitutionnel, depuis sénateur et s ami de M. Benan, approuvait cette œuvre

antisociale et impie. Il se chargeait daller corriger les épreuves chez Pagnerre. éditeur du livre, et préparait dans la Revue des Deux-Mondes un article flamboyant pour lancer la première édition.

Un porte anonyme de cette époque, indigné des insinuations perfides de l'auteur des Paroles d'un Croyant pour exciter les classes indigentes contre les riches, envoya les vers suivants à M. de Lamennais :

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