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LES MESSES SOUS LA TERREUR

partout ailleurs. La famille des LaMennais fut atteinte de désastres irréparables. Fortune, noblesse, estime publique, rien ne manquait à cette famille pour être désignée aux coups du sort. C'est en vain que Pierre Robert de La Mennais fut appelé aux fonctions publiques par les suffrages de ses concitoyens; son industrie d'armateur n'échappa point à la tourmente où périt tout le commerce de sa ville natale, par suite de la paralysie des affaires et de l'interruption totale des transactions dont les guerres d'alors furent la cause immédiate et d'ailleurs impossible à conjurer. C'était un homme de mœurs douces, mais de convictions très fermes, profondément attaché à la foi catholique, et qui crut de son devoir, sans jamais prendre ouvertement parti contre le nouvel ordre politique et social, de donner asile à des prêtres poursuivis pour refus de serment à la constitution civile du clergé et que pour cette raison Pierre de La Mennais considérait comme des martyrs. Plus d'une fois, la mansarde de la maison des Lamennais vit cette famille se réunir pour assister à la célébration du culte proscrit, tandis que la dévouée Villemain veillait au dehors. La messe se célébrait après minuit sur une table transformée en autel. Un prêtre non assermenté, l'abbé Viel, assisté du jeune Jean-Marie de La Mennais, alors âgé de treize ans, disait cette messe au milieu du plus profond recueillement; puis, les enfants, Jean et Féli, recevaient la bénédiction du prêtre qui se retirait avant le jour, fuyant les colères de la population, et cherchant une retraite plus écartée. Lamennais garda toujours de ces scènes graves et terribles un souvenir vivant. Il voua, dès cette époque, à la Révolution une haine qui l'entraîna si loin que jamais il n'en put revenir, même quand il fut à l'extrême opposition des opinions de sa jeunesse. On peut dire qu'il a fini

ses jours dans le parti de la Révolution sans lui avoir jamais appartenu. A ce moment de sa vie, il témoignait de la plus grande ferveur religieuse . Il aimait, comme beaucoup d'enfants, à jouer à la petite chapelle, à dire les offices, à s'agenouiller dans les sanctuaires de la Bretagne où la piété bretonne honorait la Vierge d'un culte passionné; ses camarades l'appelaient le « petit cagot » ; mais ces effusions mystiques ne le détournaient pas de ses lectures, et, tout en se montrant dévot à l'excès, il apprenait dans les livres des philosophes à raisonner des matières religieuses, au point d'embarrasser par ses objections le prêtre qui voulait lui faire faire sa première communion. En présence d'une telle rébellion, disent les écrivains catholiques, ce prêtre, saisi de scrupules, dut ajourner pour Féli de La Mennais, cet acte si important de la vie chrétienne.

Tout différent dans ses dispositions de cœur et d'esprit apparaît Jean-Marie, le frère de Lamennais. L'abbé Vie], celui qui célébrait dans la mansarde de la maison de la rue des Juifs les messes sous la Terreur, avait observé cet enfant dans le regard duquel étincelait déjà ce que des juges (un peu prévenus contre son frère) appelleront plus tard son génie religieux, « Jean de La Mennais leur apparaissait avec sa foi divine, son cœur si ardent, son intelligence si puissante, sa noble soif de savoir et sa soif plus noble encore de travailler pour l'Église et de souffrir pour elle. » Ce sont là des louanges d'oraison funèbre et dont il faut rabattre. La vocation sacerdotale de Jean de La Mennais s'est déclarée de bonne heure et ne s'est jamais démentie; il a été un bon et pieux prêtre, un administrateur remarquable, voire une intelligence peu ordinaire; mais il n'y a aucune comparaison à établir entre son frère Féli et l'abbé Jean,

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