‹ LamennaisChapitre 24 sur 101 · SES OCCUPATIONS, SES PLAISIRS · texte numérisé non relu

SES OCCUPATIONS, SES PLAISIRS

ivrait avec une sorte de frénésie à tous les exercices lu corps, qu'il nageait avec délices dans l'Océan, ju'il parcourait à cheval les landes et les bruyères, m'il faisait des armes pendant des journées entières? L'escrime était pour lui le plus sérieux des délassenents. Il eut même un duel, à l'âge de vingt ans, un

rai duel, où il blessa son adversaire : heureuse bles- ;ure, aurait-on pu dire, si cet accident avait été coniidéré jusqu'au bout, comme il le fut un instant, îomme un empêchement canonique à entrer dans les >rdres sacrés! On le représente aussi comme fort idonné à la musique, ce grand art qui devait lui in- ;pirer tant de belles pages, mais on ne sait pas bien le quel instrument il jouait. Encore que l'on nous lise qu'il faisait sa partie de flûte dans les concerts le la Société philharmonique de Saint-Malo, il paraît ivoir, selon la mode du temps, pincé de la guitare, >u même tiré des sons de l'accordéon. La musique ■esta l'un des divertissements qu'il aima plus tard à e donner; il en éprouva la douceur, dans la soliude triste et nue de la mansarde qu'il occupa plus ard sous les toits de la prison de Sainte-Pélagie.

Avec une âme aussi tendre que forte, il devait aimer t il aima. Quelle femme mérita de toucher ce grand :œur, d'une naïveté égale à sa noblesse? Le voile le )lus épais la couvre, et Sainte-Beuve, à peu près le eul des biographes de Lamennais qui ait osé toucher, ,vec une extrême légèreté de main, à ce point délicat, le fait guère qu'exprimer un soupçon, une conjecure. Il croit qu'une profonde et inconsolable doueur accabla Lamennais dans le premier éveil de son me et la ferma pour jamais à la passion. Le jeune lomme eut le malheur de rencontrer une femme nconstante et frivole, qui se plut à exciter en lui des entiments dont elle recueillit l'aveu sans les parla-

ger. Cet amour trompé le fit cruellement souffrir. Il se crut coupable du plus grand des crimes, pour avoir un instant détourné son cœur et ses yeux du seul objet que les vrais mystiques puissent adorer ; il revint à la religion, et, pour la première fois peut-être, il se sentit une foi d'autant plus sincère qu'il voulait agir. A l'heure où cette catastrophe morale vint bouleverser toute la vie de Lamennais, il était royaliste décidé, mais sans grande ferveur, ni religieuse ni politique. Le christianisme était à ses yeux la meilleure et la plus élevée des religions. Toutefois il en parlait, comme en parlerait un philosophe rationaliste, animé d'un juste et sage esprit de tolérance. Ni son père ni son oncle n'étaient des fanatiques. On n'avait pas contrarié la vocation sacerdotale de l'abbé Jean, mais on pensait que c'était assez d'un prêtre dans la famille, si bien que l'entrée de Féli dans les ordres mineurs, qui n'eut lieu d'ailleurs qu'en 1809, fut cachée à son père, dont on redoutait la désapprobation . L'oncle Des Saudrais prévoyait pour son neveu un avenir plus brillant et plus certain dans les lettres, et l'excitait sans cesse à travailler. « Aujourd'hui, le style fait tout », répétait ce brave homme, qui aimait à écrire et qui composa même un petit livre, intitulé Des Philosophes et consacré à l'innocente réfutation des écrits principaux du xvnT siècle. F. de La Mennais mit une préface au devant du livre de son oncle, et c'est même là ce que l'on considère comme son premier ouvrage. C'est vraiment attacher une importance trop grande à ces deux ou trois pages, sans aucun rapport avec les écrits subséquents du célèbre auteur. A cette époque, d'ailleurs, il songeait à toute autre chose qu'à composer. Dans la détresse où se trouvait sa famille, il ne pensait qu'à se créer une indépendance matérielle, qui lui permît

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de vivre en paix et de travailler à son aise. 11 pensa même à rejoindre un de ses cousins occupé à gagner quelque argent loin de la France. Ce projet n'eut pas de suites, et F. de La Mennais suivit son frère l'abbé Jean au collège de Saint-Malo, où il fut admis comme professeur de mathématiques. Ce collège de Saint-Malo était une école ecclésiastique, fondée par l'abbé Jean, qui en donna la propriété à l'évêque du diocèse, et destinée à former des élèves pour le ministère pastoral, comme le porte l'acte même de sa fondation, approuvé par décret de l'Empereur et roi. Elle subsista sous le titre collège de Saint-Malo et même prospéra jusqu'à la fondation de l'Université impériale par Napoléon. F. de La Mennais prit la défense de cet établissement, dès qu'il le vit menacé par l'institution nouvelle, dans un Mémoire adressé à un des hauts conseillers de l'Université, et c'est une des premières pièces de la Correspondance inédite. C'est de là que date la haine implacable que Lamennais porta toute sa vie à l'Université et qu'il sut communiquer à tous ceux qui le suivirent. De cette haine est née la revendication de cette fameuse liberté de l'enseignement qui donna lieu en 1831 au grand procès de l'École libre devant la Cour des Pairs et où furent impliqués les « trois maîtres d'école » l'abbé Lacordaire, le comte Ch. de Montalembert et M. de Coux, tous les trois rédacteurs de V Avenir et disciples de Lamennais, et qui enfin, après bien des vicissitudes et toute une polémique à la tribune et dans les journaux, sous le règne de J^ouis-Philippe, aboutit, sous la seconde République, à la loi de 1850, qui a gardé le nom de loi Falloux : c'est ainsi que l'on trouve le nom de Lamennais à l'origine de toute l'action catholique en France au xixc siècle.

La bibliothèque de La Chênaie. — Travaux en commun des deux frères de La Mennais. — Les Réflexions sur Vétat de VÉglise. — Le livre de la Tradition de l'institution des évêques.

Les deux frères de La Mennais ne demeurèrent pas longtemps à Saint-Malo. Le 16 avril 1807, l'abbé Jean écrivait : « Nous nous sommes retirés (Féli et moi) dans une maison de campagne, qui nous appartient, située à une lieue et demie de Dinan, et nous avons défendu à l'ennui d'approcher de nous. Il n'a pas osé encore une seule fois se présenter à notre porte, mais la santé n'a pas été si docile. Cependant mon état n'est pas plus mauvais, et si cela continue, je ne désespère pas de mourir en bonne santé. » Sous cet enjouement, l'abbé se dissimulait peut-être à lui-même la gravité de la crise morale que venait de traverser son frère. A partir de ce moment, F. de La Mennais est tout à la religion, et les études sacrées absorbent son activité. Pendant trois années, les deux frères ne se quittent plus. Leurs travaux, leurs prières, comme toute leur vie, sont en commun. Il faut lire, dans les derniers chapitres de YHistoire universelle de l'Église catholique, de l'abbé Rohrbacher, un des plus zélés

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