‹ LamennaisChapitre 25 sur 101 · LA BIBLIOTHEQUE DE LA CHENAIE · texte numérisé non relu

LA BIBLIOTHEQUE DE LA CHENAIE

disciples de Lamennais, le naïf récit de l'existence édifiante et laborieuse menée à La Chênaie par les deux frères :

(( Pendant leurs promenades dans les bois, dit-il, ils s'entretenaient de leurs travaux habituels. S'agissait-il des efforts que l'on faisait pour affaiblir l'autorité du Pape : « Telle ne peut être la tradition de « l'Église, s'écriait le plus jeune; il faut chercher dans t( les Conciles et dans les Pères » . De retour à la maison, ils cherchaient dans leurs livres, et ils trouvaient qu'ils avaient bien deviné. Et ils rédigeaient leurs découvertes, et ils en cachaient soigneusement les feuillets, ie peur que la police ne vînt mettre la main dessus. »

De cette collaboration sortit un premier livre, qui parut en 1808 et fut aussitôt saisi, par ordre des autorités impériales : ce sont les Réflexions sur Vétat de l'Église en France pendant le XVIIIe siècle et sur sa situation actuelle. Ce court écrit, d'une centaine de aages, est d'une importance capitale dans la vie de F. de La Mennais; c'est son vrai point de départ, et il convient d'y remonter, si l'on veut se faire une juste ît complète idée de son extraordinaire influence sur a conduite de l'Église en France, depuis bientôt un siècle. Il n'y a pas à douter de la part considérable le l'abbé Jean dans l'ébauche des Réflexions, mais la composition , la rédaction du livre appartiennent exclusivement à Lamennais. Le style de cet ouvrage est fort travaillé, et par cela même quelque peu endu ; on y sent la recherche laborieuse de l'effet à produire, et que l'écrivain n'est pas encore tout à fait nai Ire de son instrument. Mais déjà les idées sont 'igoureusement enchaînées, et surtout les vues que 'on y trouve exposées pour la première fois sont tussi hardies que neuves. Dès qu'il s'agit des intérêts le l'Église à défendre et à faire prévaloir, Lamennais

apparaît dans la lice, comme un champion armé de toutes pièces. La doctrine compte ici pour très peu. Le tableau des hérésies qui ont affligé l'Église depuis la fin du moyen âge est peint des plus sombres couleurs, et la raison humaine, la liberté de penser y sont prises et attaquées avec la plus rude véhémence. Ecoutez ce que F. de La Mennais dit à ce sujet :

« Cette liberté de penser, si flatteuse pour l'orgueil, si commode pour toutes les passions, dut trouver de nombreux partisans; et, en effet, on vit se répandre dans la société, sous le nom d'esprits forts, une nouvelle espèce d'hommes qui, affectant un superbe dédain pour tout ce que les autres hommes révèrent, ne reconnaissoient d'autorité que celle de leur propre raison, qu'ils érigèrent en tribunal, où ils citèrent toutes les vérités; comme depuis, à un autre tribunal dont le seul nom effrayera la postérité, nous les avons vas citer toutes les vertus. Ainsi après avoir éteint le flambeau qui l'éclairoit depuis dix-sept siècles, l'esprit humain descendant des hauteurs où le christianisme l'a voit élevé, se précipitoit, à travers les sombres régions du doute, dans l'abîme sans fond de l'athéisme. »

Luther et la Réforme, le Calvinisme et le Jansénisme, Bayle et l'esprit critique, la société épicurienne du Temple et les soupers de Ninon, Voltaire et tous ses écrits, le système de Law et les débauches de la Régence, Diderot et l'Encyclopédie, le club irréligieux de d'Holbach, tout y est décrit avec une ironie corrosive et dans les termes du plus dénigrant mépris ; tout y passe, rien ne subsiste, excepté peut-être J.-J. Rousseau, dont F. de La Mennais parle avec avec une insultante pitié, où l'on sent toutefois percer la sympathie, tant l'influence du puissant séducteur avait été et resta vive sur son esprit!

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