‹ LamennaisChapitre 28 sur 101 · TRADITION DE L'INSTITUTION DES ÉVÈQUES · texte numérisé non relu

TRADITION DE L'INSTITUTION DES ÉVÈQUES

des glaces de la Neva, les théories historiques de son livre du Pape, dont le retentissement dans le monde politique et religieux devait être si considérable.

Bien que Lamennais fût violemment épris de la polémique, son livre de la Tradition de l'institution des ëvêques était cependant écrit avec mesure, sans passion, sans aigreur, et sur le ton d'une controverse d'autant plus sûre d'elle-même qu'elle se» sent plus modérée. On discerne toutefois que l'auteur aurait désiré mieux pour cet ouvrage qu'un simple succès d'estime.

(( L'impression que cet ouvrage a produite ici, écritil à son ami Brute, nous paie assez du travail qu'il nous a coûté — que Dieu en tire sa gloire, c'est tout ce que nous désirons î Nous avons désormais perdu l'espoir d'être attaqués. Nous disons l'espoir, parce que nous aurions pu fortifier beaucoup notre thèse dans notre réponse, qui ne se seroit pas fait trop longtemps attendre; mais le goût des réfutations est passé : estce un bien? est-ce un mal? Je crains qu'il y ait moins de sagesse que d'indifférence dans cette facilité avec laquelle on laisse tout dire, sans éprouver les doctrines par une contradiction savante et raisonnée. »

JV

F. de La Mennais reçoit les ordres mineurs. — Ses dispositions mystiques.' — Ses irrésolutions. — Il a besoin d'un guide. — L'abbé polytechnicien Teysseyrre. — Pamphlet contre l'Université. — Les Cent-Jours. — Départ pour l'Angleterre.

Avec ces dispositions à la lutte, l'écrivain ne laissait pas d'être en proie, pendant ces années de travail, à une mysticité débordante. Son frère, l'abbé Jean, qui ne lui voyait d'autre avenir que dans le sacerdoce, ne cessait de le pousser vers les ordres. C'est en 1809 que Féli de La Mennais reçut à Rennes la tonsure, et, quelques semaines plus tard, les ordres mineurs, des mains de l'évêque Enoch. On avait craint d'abord quelque opposition de son père, mais celui-ci laissa faire : « Papa a été sensible à la détermination de mon frère, écrivait l'abbé Jean; cependant, il s'est résigné.... Dieu soit béni! »

Il y avait bien de l'exaltation dans tout cela, et de la plus dangereuse. L'abbé Jean, craignant toujours que son frère n'échappât à la destinée qu'il lui croyait marquée par la Providence, écrivait à Brute, entré depuis peu de temps au grand séminaire de Rennes :

« Faites-moi, je vous en prie, mon digne ami, le

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