‹ LamennaisChapitre 29 sur 101 · F. DE LA MENNAIS REÇOIT LES ORDRES MINEURS · texte numérisé non relu

F. DE LA MENNAIS REÇOIT LES ORDRES MINEURS

plaisir de me marquer le plus tôt possible, si l'ordination aura lieu dans la première semaine de carême. Je désire le savoir de bonne heure, pour que mon frère puisse prendre ses arrangements en conséquence. Papa ignore encore sa résolution et ne la connaîtra qu'au moment où elle devra s'exécuter. — Nous nous recommandons l'un et l'autre à vos prières ainsi qu'à celle de tous vos messieurs. Gardez le secret de mon frère jusqu'à nouvel ordre ; ne parlez de lui qu'au bon Dieu; il se consacre à son service avec bien de la joie, et je crois qu'il dira dans toute l'étendue de son âme... Dominus pars, etc. La mienne est remplie des plus douces consolations; aidez-moi, mon tendre ami, aidez-moi à remercier le bon Dieu : chantons, chantons les éternelles miséricordes. Totus tuus in Christo. »

On s'explique que l'abbé Jean chantât cet hosanna. Lorsqu'il lisait les lettres écrites par son frère à leur ami, comment aurait-il pu douter de sa vocation?

(( 0 douce patrie, s'écriait F. de La Mennais, chère éternité! Venez! venez, Seigneur Jésus; mon âme languit, elle défaillit dans l'ardeur de s'unir à vous. 0 mon trésor! ô tout mon bien! Quand je pense, vile créature que je suis, que vous serez à jamais mon partage, je n'ai plus de paroles, ô mon Dieu! je ne sais plus qu'aimer et adorer en silence. — Il se fit un silence comme d'environ une demi-heure. — Oh! q ue de choses, que de choses dans le silence du ciel ! »

Est-ce sur cette lettre que l'abbé Brute traça cette note : « Sensibilité si vive que toute la lettre est un peu exagérée »? Est-ce à cette même lettre que l'-abbé Jean demandait que l'on fit une réponse prudente? « Je vous le demande en grâce, disait-il, dans votre réponse à Féli, ne mettez rien qui puisse enflammer une imagination si vive. » On peut le croire, car il y

o8 LA JEUNESSE DE F. DE LA MENNAIS.

avait dans cette brûlante extase de quoi effrayer un jugement simple et rassis, comme celui que ses panégyristes se plaisent à reconnaître au frère de Lamennais. Il n'y avait pas à se fier à tant de pieuse ardeur. Souvent les hésitations revenaient au bouillant néophyte. Tout à coup, il se sentait glacé, paralysé. De nouveaux délais lui paraissaient nécessaires. « Il ne faut rien brusquer, ni rien négliger, disait-il, surtout pour apporter les dispositions convenables à une action si grande et qui en exige de si parfaites. » L'abbé Jean faisait tout pour le distraire. C'est ainsi qu'il le chargeait de la construction d'une chapelle dans la propriété de La Chênaie, trop éloignée de la paroisse; et l'on voit Lamennais tout occupé des soins à donner à cette petite bâtisse, comme s'il se fût agi de quelque grande entreprise. La plaie au cœur, avec laquelle il était né, répétait-il souvent, n'en saignait pas moins, et sa mélancolie devenait plus douloureuse :

(( Sécheresse, amertume, paix crucifiante, voilà ce que j'éprouve, et je ne veux rien de plus; la souffla nce est mon lit de repos. Quelquefois, surtout en lisant les relations des missionnaires, je serois tenté de m'affliger de ma profonde nullité qui m'ôte tout moyen d'être jamais utile à l'œuvre de Dieu, ,1e me sentirois, dans ces moments, un si grand désir de partager les travaux d'un si touchant apostolat! Mais bientôt je fais réflexion que l'orgueil humilié et dépité a plus de part peut-être dans ces désirs inquiets que Je véritable zèle : on est tourmenté de n'être rien, de n'être bon à rien; tout en s'avouant son incapacité, on en souffre; on se iigure un état et des occupations auxquels on seroit plus propre : quelle misère! Eh! pourquoi s'obstiner à vouloir rendre à Dieu des services qu'il ne veut recevoir de nous? Mais c'est qu'à tout prix et à toute force il faut nourrir cette vie

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