‹ LamennaisChapitre 34 sur 101 · THEOLOGIE DE F. DE LA MENNAIS · texte numérisé non relu

THEOLOGIE DE F. DE LA MENNAIS

vraie religion, car le salut n'est autre chose qu'une union éternelle avec Dieu, comme la damnation n'est autre chose qu'une éternelle séparation de Dieu.

« Mais Dieu veut sauver tous les hommes; il a donc donné à tous les hommes un moyen suffisant de discerner la vraie religion des religions fausses.

« Quel est ce moyen?

ce Selon les protestants, c'est la raison humaine. Dieu, disent-ils, nous a révélé dans les Écritures toutes les vérités nécessaires au salut, et c'est à l'homme de les y chercher et de les y reconnaître.

« Ainsi la raison, reconnue impuissante par ellemême à découvrir ces vérités, en demeure néanmoins l'unique et infaillible juge : c'est bien étrange pour ne pas dire inadmissible, impossible.

(( La raison et l'Écriture repoussent le principe de l'examen particulier; il faut chercher une autre règle de foi.

« Il n'y en a pas d'autre que l'autorité, caractère au moyen duquel tous les hommes peuvent aisément discerner la vraie religion de toutes les autres.

((. Ce caractère ne peut se trouver que dans la religion catholique.

(( Donc on ne peut se sauver hors de la religion catholique. »

Voilà pour la théologie; et voilà, si l'on peut s'exprimer ainsi, le côté religieux du système auquel s'était arrêté Lamennais. Suivons-le dans ses déductions et venons avec lui au côté politique et social. Il continue la série de ses raisonnements :

(( Dans l'invariable religion catholique , dit -il , aucun individu ne crée la vérité ou ne la détermine par son jugement, mais il la reçoit sans discussion, d'une autorité toujours vivante et parlante, spirituelle par sa nature et infaillible même humaine-

ment, puisqu'il n'en est point de plus élevée sur la terre.

(( Cette autorité toujours vivante et parlante, c'est le Pontife romain, c'est le Pape.

ce Point de Pape, point d'Église.

« Point d'Église, point de christianisme.

ce Point de christianisme, point de religion, au moins pour tout peuple qui fut chrétien et par conséquent, point de société. »

Le Pape devient ainsi la clef de voûte de la société.

Telle est la théocratie de Lamennais.

Simple, claire, d'une logique rigoureuse, une semblable théorie devait enivrer cet esprit ardent qui n'avait que trop de tendances à pousser ses idées jusqu'aux points extrêmes. Pendant ce temps, son imagination, surexcitée sans doute par cette amitié passionnée que nous lui connaissons, l'emporte vers l'idéal de tout homme qui croit tenir la vérité et qui se sent possédé du désir de la répandre.

Pourtant, ses hésitations n'avaient pas encore cessé. Mais la force de jour en jour croissante de ses convictions religieuses ; ses souvenirs de Bretagne où, suivant la remarque de M. Ernest Renan, l'état ecclésiastique est envisagé comme le seul auquel puissent songer ceux qui se vouent aux travaux de la pensée; les adjurations pressantes de son frère Jean et peutêtre aussi les revers de fortune que sa famille avaient éprouvés et dont elle ne se relevait pas; enfin, la douce influence de l'abbé Carron l'inclinaient par degrés vers le sacerdoce. L'abbé Carron avait promis à Jean; il avait promis à Brute; il avait promis à Teysseyrre de faire de Félicité de La Mennais un prêtre; il voulait tenir ses promesses; il écrivait à Gabriel Brute : « Reposez-vous sur mon cœur, et bien spécialement sur ma conscience, du sort de ce

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