SES ÉCRITS ASCÉTIQUES
donc les Réflexions sur chacun des chapitres de l'Imitation, et bien lui en prit, non seulement pour sa gloire mais pour sa tranquillité matérielle. La traduction de Y Imitation fut le seul livre de Lamennais, avec d'autres ouvrages de piété comme la Journée du Chrétien, la Bibliothèque spirituelle des Dames, qui lui rapporta quelque argent : à la fin il n'avait même plus guère que ce produit de sa plume pour vivre; et, pour ce qui est de la gloire, les Réflexions ont semblé à de bons juges n'être pas indignes de ûgurer à côté des Élévations sur les mystères de Bossuet. L'abbé de Salinis ne craignit pas de dire, quand les Réflexions parurent, qu'elles étaient comme de véritables post-scriptum écrits par le tendre et pieux auteur de V Imitation lui-même. Que si l'on veut descendre de ces sommets élevés, on se contentera de dire avec M. de Sacy que « M. de La Mennais n'a peut-être imprimé son génie d'une manière durable que sur ces modestes Réflexions qu'on lira toujours, parce que le cœur y parle au cœur, que le talent même de l'illustre Breton y a je ne sais quoi de plus parfait et de plus attrayant, et que c'est le chefd'œuvre de l'écrivain, non moins que le chef-d'œuvre du prêtre ». Ici encore, nous avons une nouvelle preuve de « l'infernal orgueil » de l'abbé de La Mennais : ce Je trouve toujours, disait-il, que ces Réflexions jurent par leur contraste avec l'incomparable naïveté du texte », et quand il s'était décidé à les écrire, à la demande de son éditeur, il s'était écrié, dans un moment d'impatience : « On en aura donc, puisque l'on en veut; mais tant pis pour ceux qui les auront voulues! »
On s'est demandé si l'abbé de La Mennais, avec tant de dons merveilleux, aurait pu être ce que l'on appelle un bon directeur de consciences. La partie
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de sa vaste correspondance qui a été livrée au public ne le présente pas sous ce jour. Au fond de lui-même, pensait-il qu'ayant été fait prêtre sans vocation véritable, il ne devait pas rechercher ni même accepter la direction des âmes. Ce n'est pas qu'il n'eût point la foi, une foi qui est restée longtemps fort vive. Un de ses disciples de La Chênaie, Gh. Sainte-Foi, a écrit de lui qu'il était pieux, qu'il aimait Dieu, qu'il le priait avec ferveur et le servait avec fidélité, et que, pour s'en convaincre, il suffisait d'assister à sa messe et d'être témoin du recueillement avec laquelle il la disait. Mais cette foi vive ne l'a jamais engagé dans la pratique des devoirs mystiques de son état, et c'est ici qu'il faut mettre en lumière ce point particulier du caractère de Lamennais, entrevu autrefois par Sainte-Beuve avec la plus sagace pénétration et qui fait saillie, maintenant qu'il est découvert : c'est que Lamennais n'a jamais aimé à envisager le christianisme, comme l'ont fait tant de grands saints, tant de pieux maîtres de la vie intérieure et cachée, tant de moralistes excellents du xvnc siècle, c'està-dire par le côté intime, celui par où l'on peut pénétrer dans les âmes, pour les éclairer, les consoler, les émouvoir et les entraîner dans la voie du salut jusqu'à Dieu pour récompense. Lamennais s'est toujours attaché de préférence au côté social de la religion chrétienne, et c'est par là qu'il prend place entre les grands publicistes catholiques, Bonald et Joseph de Maistre. Sous certains rapports, il est même plus exclusivement catholique que ces deux champions du trône et de l'autel, de la légitimité des rois et de l'infaillibilité des papes. Il a été aussi loin qu'eux dans la double voie où ils étaient entrés, mais il est resté beaucoup moins qu'eux lié à certaines considérations d'histoire et de politique, dans la dé-