‹ LamennaisChapitre 43 sur 101 · LA DISPENSE DU BREVIAIRE · texte numérisé non relu

LA DISPENSE DU BREVIAIRE

uns prétendent que si Lamennais l'a sollicitée, c'est que, dès cette époque, il se considérait comme ayant mieux à faire pour le service de Dieu et de l'Église qu'à marmotter des oraisons comme un vicaire de campagne, et ils en tirent la conséquence que déjà il avait perdu l'humilité qui convient à un prêtre. Les autres assurent que jamais, tant qu'il fit profession du catholicisme romain, Lamennais n'usa de cette prétendue dispense; que, jusqu'à son dernier jour, il se livra à des prières assidues et prolongées, qui n'étaient sans doute que les méditations de son puissant esprit, et enfin que, dans les heures si tristes qui précédèrent sa mort, il demanda à tenir encore entre ses mains défaillantes le chapelet de jaspe que le pape Léon XII lui avait donné, en même temps que sa bénédiction, le jour où il le reçut en audience de congé. Ces détails seraient de peu d'importance, si cette dispense du bréviaire, dont on ne peut rien dire de sûr, n'avait servi de prétexte aux ennemis de l'abbé de La Mennais pour le dénoncer, en style théologique, comme un suppôt de Satan, voué de toute éternité à cette damnation dont il portait la marque sur son visage : tant les haines religieuses sont implacables ! Dans cette campagne qu'il fit contre l'Université avec une flagrante injustice qu'il poussa bientôt jusqu'à la plus violente atrocité, et qui lui valut d'être une première fois traduit devant le tribunal correctionnel de la Seine où il fut d'ailleurs acquitté, l'abbé de La Mennais avait rencontré un ardent admirateur, en la personne d'un jeune aumônier du lycée Henri IV à Paris, l'abbé de Salinis; et celui-ci lui amena bientôt un autre jeune prêtre, l'abbé Philippe Gerbet, son ami de cœur, « son ange de Saint-Su Ipice ». Ces deux ecclésiastiques se déclarèrent les premiers, bien qu'ils sortissent d'une Compagnie où

les doctrines de l'abbé de Lamennais excitaient les plus vives défiances, disciples de l'auteur de l'Essai sur V indifférence en matière de religion. Ils étaient décidés à le suivre partout où il les conduirait.

Les abbés Gerbet et de Salinis avaient fondé un journal, le Mémorial catholique; l'abbé de La Mennais devint leur plus éminent collaborateur, et leur donna deux écrits qui firent en leur temps beaucoup de bruit, l'un sur la loi relative aux congrégations de femmes, l'autre sur la loi du sacrilège. Dans ces deux pamphlets écrits de sa plume la plus virulente, l'abbé de La Mennais allait jusqu'au bout des doctrines ultramontaines les plus caractérisées, à ce point que les Jésuites eux-mêmes déclarèrent que jamais les théologiens romains n'avaient ni admis ni proposé des thèses aussi extrêmes. L'abbé de La Mennais ramassait ses forces pour combattre le gallicanisme, tel qu'il est formulé dans la Déclaration de 1682 : c'était à ses yeux l'hérésie la plus dangereuse dont pût souffrir l'Eglise. Il écrivit alors son livre De la Religion considérée dans ses rapports avec Vordre 'politique et

C'est l'exposé magistral des plus audacieuses prétentions de la théocratie.

L'abbé de La Mennais commence par retracer, suivant sa méthode habituelle, l'état de la société telle qu'il lui paraît que la Révolution et ses principes l'ont faite. La France depuis 1789 est une démocratie; bien qu'il y ait un roi à sa tète, c'est une république où l'ordre véritable ne peut régner; nous sommes en pleine anarchie, par cela seul que nous sommes en révolte contre la seule autorité qui puisse procurer l'ordre. Il s'appJique ensuite à démontrer que la religion en France est entièrement hors de la société politique et civile, et que, par conséquent, l'État est

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