DEFAITE DU GALLICANISME
nisme lui-même, qui sans doute ne peut plus renaître tel que nous le montre l'histoire, il y a, dans une lettre adressée en 1847 à son ami, le comte Ch. de Montalembert, par le dominicain Lacordaire, une opinion qui mérite d'être méditée par tous les esprits sages et modérés : « L'omnipotence papale, dit l'éminent religieux, est sans doute une expression dont on peut se servir, puisque le concile œcuménique de Florence définit le pouvoir du Pape plenam potestatcm pascendi, regendi et gubernandi ecclesiam Del. Mais ces dernières expressions réduisent déjà l'omnipotence au gouvernement intérieur de l'Église. De plus, tous les catholiques instruits savent que le Pape ne peut rien contre les dogmes ni contre les institutions apostoliques. Mais les ignorants qui sont nombreux ne le savent pas. Le mot d'omnipotence se traduit dans leur pensée par celui de pouvoir absolu et arbitraire, au lieu que rien n'est moins arbitraire ni moins absolu que le pouvoir pontifical.... Le gallicanisme ancien est une vieillerie qui n'a plus que le souffle, et à peine. Mais le gallicanisme qui consiste à redouter un pouvoir sans limites, s'étendant par tout l'univers sur deux cents millions d'intelligences, est un gallicanisme très vivant et très redoutable, parce qu'il est fondé sur un instinct naturel et même chrétien. » Ce sont là les vues d'un homme qui n'avait pas ménagé le gallicanisme, au temps où il écrivait dans les journaux sous l'ardente inspiration de Lamennais, mais qui étant naturellement modéré et politique, voyait très clair, la fumée du combat dissipée, dans l'avenir inquiétant que les hardiesses uitramontàines ont préparé à l'Église. Qui sait? sans ressusciter l'ancien gallicanisme, peut-être reviendra-t-on à l'ancien bon sens français; mais, pour le moment, il n'y paraît guère, et à l'heure qu'il est c'est plutôt « le grand
esprit immodéré » de Lamennais, comme dit Sainte- Beuve, qui semble inspirer les catholiques français, dans leur conception du gouvernement général de l'Église.
Ce (( grand esprit immodéré » ressentit vivement l'offense qui lui était faite par cette condamnation dérisoire, prononcée contre lui par le tribunal de la Seine. Ni plus ni moins que tout autre prévenu religieux ou politique, qui toujours brûle d'être frappé jusqu'au martyre, l'abbé de La Mennais aurait voulu souffrir pour sa cause. Il n'est pas probable que son intention ait été de s'en prendre directement à la monarchie, bien qu'il eût poursuivi de ses traits les plus acérés les ministres du roi, et principalement son vieil ennemi, M. Frayssinous, évèque d'Hermopolis. Si Lamennais se fût déclaré ouvertement contre la royauté, certainement Berryer ne l'eût pas défendu. Mais son livre n'en parut pas moins aux royalistes comme le point de partage de la vie politique de l'abbé de La Mennais. Jusqu'alors il avait dit le pape et le roi, il disait maintenant le pape sans le roi : en attendant qu'il dît : ni roi, ni pape; le peuple, l'humanité. On voit dans sa correspondance avec Mme de Senfft que sa foi monarchique est en train de chanceler; il ne croit plus à la royauté. Le nouveau nonce Lambruschini, plus tard un de ses ennemis les plus acharnés, vient d'arriver à Paris ; Lamennais écrit au comte de Senfft : « Vous avez raison d'attendre du bien de la mission du nonce. Cependant, je crois que vous en concevez un peu trop d'espérance. Il n'arrêtera rien et ne suspendra rien. Son influence sur le gouvernement sera nulle; on se moquera de ses paroles; on se défiera de ses conseils, s'il lui est permis d'en donner, et quand on les écouterait, ils ne retarderaient pas l'avenir d'un moment. Cet avenir est tout entier dans