‹ LamennaisChapitre 50 sur 101 · PREMIERS DOUTES DU CÔTE DE ROME · texte numérisé non relu

PREMIERS DOUTES DU CÔTE DE ROME

qu'il commença de croire que la papauté, plus soucieuse de ses intérêts terrestres que de sa domination spirituelle, pourrait bien être au-dessous de la grande mission que, dans ses rêves ambitieux de réformait ur, il prétendait lui assigner. « Là d'où le salut aurait pu venir, on dort, on tremble.... Un mot arrêterait le torrent de l'erreur, on le sait, mais on craint les souverains,... on dort toujours et plus que jamais, là où l'on devrait veiller. » Telles étaient ses plaintes habituelles; mais ses espérances n'étaient point abattues et sa dévorante activité d'esprit ne lui permettait pas de se reposer. « Dans ce temps de couardise, répétait-il souvent, j'espère n'être pas couard. » Son influence s'étendait tous les jours à la fois comme prêtre et comme écrivain. Toute la partie jeune et ardente du clergé, mais particulièrement un groupe de laïques distingués qu'attiraient son génie et sa renommée, formaient autour de lui toute une école qu'il n'eut aucune peine à transformer en parti. C'est encore à Lamennais que l'on doit la l'entrée des laïques dans la vie générale de l'Église, et rien de pareil ne s'était vu depuis les temps où ilorissait la foi catholique. Ce qui fut une nouveauté plus hardie encore, ce fut la constitution des catholiques en parti. S'il y a eu, dans notre siècle, parmi nos querelles et nos agitations politiques et sociales, des hommes qui ont pu se déclarer catholiques avant tout, c'est Lamennais qui le premier les a inspirés et groupés. Autrefois, sous la Ligue, il y avait eu un parti catholique, mais ce nom avait disparu de notre langue depuis plus de deux, siècles. Rome d'ailleurs n'a jamais aimé cette dénomination. Rome se montre ainsi lidèle au véritable esprit catholique, dont le propre est de tout embrasser dans la vie des nations, sans jamais se réduire à l'état de parti. Mais les catho-

liques français, à l'exemple du prêtre résolu et courageux qu'ils reconnurent pour chef, ne reculèrent point devant cette appellation. Déjà les catholiques belges et les catholiques irlandais l'avaient adoptée, et c'est sous la bannière d'un parti qu'ils étaient parvenus à conquérir contre les protestants, anglicans ou réformés, qu'ils regardaient comme leurs oppresseurs, l'égalité des droits politiques. Daniel O'Gonnell commençait alors la campagne d'éloquence, qui a été couronnée par le bill d'émancipation des catholiques dans le Royaume-Uni; l'abbé de La Mennais le suivait de ses sympathies et l'encourageait de ses vœux, rêvant quelquefois qu'un O'Gonnell encore inconnu pourrait bien se lever un jour pour la France. Mais c'est surtout la Belgique qui frappait son attention. (( La Belgique, dit Montalembert dans sa brochure des Intérêts catholiques an XIXe siècle, avait conservé plus fidèlement qu'aucun autre peuple les mœurs et les institutions du vieux monde catholique : le moyen âge n'y avait jamais été travesti par l'esprit de cour. Aussi a-t-eile été appelée la première à appliquer les conditions et à recueillir les fruits de l'action catholique dans le monde moderne. Sa nationalité, noblement reconquise, repose sur une constitution que ses enfants catholiques ont eu la gloire de lui donner et de défendre fidèlement jusqu'à ce jour. Elle a consacré tous les vœux et toutes les conquêtes du catholicisme dans les temps modernes : l'indépendance absolue de l'Église, le libre choix des évêques par le vicaire du Christ, la liberté complète de l'enseignement et des associations religieuses. Son territoire s'est graduellement couvert de monastères, de collèges, de fondations pieuses. Seule, en Europe, elle a vu renaître une de ces universités comme on en voyait tant aux siècles de foi, uniquement consacrée à

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