‹ LamennaisChapitre 54 sur 101 · LA CHENAIE ET MALESTROIT · texte numérisé non relu

LA CHENAIE ET MALESTROIT

comprenne que la pierre sur laquelle le Sauveur a posé son Église est la pierre angulaire de tout l'édifice de ce monde. » L'archevêque d'Auch oublie de parler de Lamennais, son maître. C'est lui qui fut le véritable initiateur des catholiques à cette extraordinaire et presque païenne dévotion au Pontife romain, qui est en train de changer et de renouveler la face de la catholicité. L'histoire doit rendre à chacun ce qui lui appartient.

Faut-il croire avec M. Foisset que l'abbé de La Mennais, en fondant à Malestroit la Congrégation de Saint-Pierre, poursuivit le dessein singulièrement audacieux de supplanter et de remplacer la Compagnie de Jésus, et qu'il rêva d'être au xixe siècle, après la Révolution française, ce qu'a été au xvic, après la Réforme, ce gentilhomme espagnol, d'un mysticisme si exalté mais d'un si rare génie politique, qui s'est appelé Ignace de Loyola? Bien que l'abbé de La Mennais, dans maints passages de ses écrits, ait parlé presque toujours avec respect des vertus et des services de la Compagnie de Jésus, il est certain qu'il n'a jamais beaucoup aimé les Jésuites, comme il n'a jamais été aimé d'eux. Dans son livre des Progrès de la Révolution, il déclarait encore ce qu'on ne pouvoit trouver nulle part une Société dont les membres eussent plus de droits à l'admiration que les Jésuites par leur zèle et au respect par leurs vertus ». « Après cela, ajoutait-il, que leur institut si saint en lui-même soit exempt aujourd'hui d'inconvénients même graves, qu'il soit suffisamment approprié à l'état actuel des esprits, aux besoins présents du monde, nous ne le pensons pas. » Cette simple réserve aliéna pour jamais à l'auteur de l'usai sur l'Indifférence les sympathies de la Compagnie de Jésus. Lamennais ne tarda pas à s'en apercevoir, et

il écrivait à son correspondant politique et religieux le plus intime, au comte de Senfft : « Ma conscience m'obligeait à parler ainsi.... L'ambition de dominer, l'intrigue et la fausseté, toutes choses mortelles maintenant à la religion, sont inhérentes à ce corps. Point de véritable christianisme, des études excessivement foibles, aucune habitude du travail, voilà ce que m'écrit un bon prêtre que vous connaissez »; et dans une autre lettre au marquis de Coriolis : « Rassurez Mme de la Trémoïlle sur les Jésuites. Pour moi, ils ne me « font peur » que par leur insignifiance. C'est un corps qui périt de foiblesse; il n'a de vie que dans le rudiment ; ce qui fait qu'outre le reste il seroit cruel de le lui ôter. »

C'est aller un peu loin, ce nous semble, que de conclure de ces traits satiriques à une résolution mûrie et prise par l'abbé de La Mennais de supplanter la Compagnie de Jésus. Il est infiniment plus probable que tout préoccupé, comme on l'a vu dans le livre des Réflexions sur l'état de V Église, d'animer le clergé français d'un esprit nouveau par la réforme de l'enseignement ecclésiastique, il voulut tout simplement prêcher d'exemple, en fondant la Congrégation de Saint-Pierre et le séminaire de Malestroit. Mais ici, encore, il convient de mettre en lumière l'initiative de Lamennais. Sans parler de l'école ecclésiastique des Carmes ouverte près d'un quart de siècle plus tard, que de changements introduits dans les grands séminaires, sous l'influence de ses idées!

Si l'abbé de La Mennais ne cherchait pas à remplacer l'Institut de Loyola dans l'Église, il songeait à une autre entreprise encore plus chimérique, à celle qui consisterait à faire tourner les progrès des sciences positives au plus grand avantage de la religion c'était ce qu'il appelait une éducation nouvelle, et

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