‹ LamennaisChapitre 57 sur 101 · IL SONGE A PARTIR POUR LES ETATS-UNIS. 1G · texte numérisé non relu

IL SONGE A PARTIR POUR LES ETATS-UNIS. 1G

génération enivrée des idées nouvelles, de sorte que le temps seul feroit, sans secousse, ce qui est dans les vœux des révolutionnaires plus pressés. La cause générale de cet état de choses, c'est que le principe de vie de l'ancienne société ayant été détruit, et originairement par les souverains, il faut nécessairement que cette société meure. »

Il voyait donc monter la marée qui, selon lui, devait engloutir tout le vieux monde, sans s'étonner ou plutôt en ayant l'air de l'appeler de ses vœux : quod facis, fac citiùs, semble-t-il dire au flot irrésistible, qu'il voit gagner le rivage. Ses lettres sont' toutes remplies des cris de douleur que lui arrache l'aveuglement du chef de l'Église. Le Pape s'obstine à refuser la grande mission de guider les peuples dans la voie de la liberté. Rome dès lors ne lui inspire plus que des plaintes et des regrets désolés : « Je suis plus affligé que surpris des dispositions où l'on est là, Il faut qu'il en soit ainsi, pour que ce qui doit arriver arrive et que l'épreuve comme la vengeance s'accomplissent pleinement. Levez les yeux sur le Sinaï. Le sacré mont n'est plus recouvert du nuage enflammé quesillonnoit l'éclair et où grondoit la foudre ; un brouillard humide et sombre enveloppe sa tète, et, dans ce brouillard, un silence de mort. Aussi entendez ce qu'ils disent : a. Elle s'est éteinte la voix qui effrayoit (( les rois et consoloit les peuples. La dominatrice des « nations n'est plus; son temps est passé, elle le sent, « elle a perdu la foi dans sa force. » Et, eux, parce qu'ils ont foi dans la leur, prévaudront, car tout est possible à celui qui croit. Jamais, à beaucoup près, le monde cli rétien ne fut frappé au même degré des deux fléaux de la ibiblesse et de l'idiotisme. Chaque jour apporte un surcroît d'angoisse. Cela donne bien envie de s'en aller. Pour moi, je ne sais plus prendre intérêt

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à rien de la terre, et dans ce corps qui s'use rapidement, mon âme est comme en un premier tombeau. »

Dans ces heures si cruelles de scepticisme découragé, il n'apercevait plus d'autre salut que de se rattacher à ceux qui croyaient encore à quelque chose : ceux-là, c'étaient, non pas les libéraux parlementaires qu'il couvrait de sa méprisante pitié, mais les républicains, encore si peu nombreux à cette époque, qui rêvaient d'un ordre social entièrement nouveau, sans monarque, avec la loi pour unique souveraine, la loi faite par des mandataires du peuple, source unique de tous les pouvoirs. Pour reprendre une expression de M. Thiers, Lamennais ne s'arrêtait pas en Angleterre; il traversait l'océan, pour aller aux États-Unis. Il comptait y trouver, dans les institutions fondées par Washington et Jefïerson, la complète et véritable liberté.

C'est à ce moment que lui fut amené à La Chênaie un jeune prêtre doué des plus rares facultés d'orateur et d'écrivain, d'un esprit fier et ardent, mais déjà capable de se modérer lui-même dans les élans de sa nature franche et fougueuse : c'était l'abbé Henri Lacordaire, ami de MM. de Salinis et Philippe Gerbet qui depuis longtemps cherchaient à le gagner à la politique religieuse comme à la personne de leur maître, l'abbé de La Mennais. Lacordaire, fils d'un médecin bourguignon, élève brillant du lycée de Dijon, avait commencé par être du parti de la Révolution française. Né démocrate, bien qu'il ait plusieurs fois protesté dans le cours de sa glorieuse carrière contre cette qualification qu'il n'aimait pas, il est resté démocrate, tout en ne voulant que se dire libéral impénitent. Le système philosophique de l'abbé de La Mennais ne lui paraissait pas d'une solidité à toute épreuve, mais ses opinions politiques,

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son goût pour les traditions monarchiques, ses idées absolutistes et son caractère entier lui déplaisaient encore plus. Néanmoins, ayant lu le livre des Progrès de la Révolution il reconnut l'évolution de l'intelligence de Lamennais vers le libéralisme et même vers la démocratie. L'abbé Lacordaire, qui traversait à ce moment une véritable crise morale, et qui, effrayé de l'inutilité de sa vie, songeait à quitter la France et l'Europe pour se rendre, lui aussi, en Amérique, ne voulut pas quitter son pays, sans avoir approché de plus près la personne du prêtre qui portait le plus grand nom de l'Église de France, et sans lui avoir demandé sa bénédiction pour un jeune homme « navré par instinct des mêmes douleurs qui consumaient son invincible génie». « C'est M. de La Mennais, écrivait Lacordaire à son ami de collège M. Foisset, qui sera en France le fondateur de la liberté chrétienne et américaine. Oter l'Église de l'état d'engrènement où elle est chez nous, pour la mettre dans l'état d'indépendance absolue où elle est en Amérique, voilà ce qui est à faire avant tout. Une fois que j'ai cru cela, je suis allé à La Chênaie. »

Dès qu'il y fut arrivé, il se sentit, comme les autres, séduit, fasciné, subjugué, encore que la soumission de Lacordaire à Lamennais n'ait jamais été aussi complète que celle des autres disciples de l'école mennaisienne. Dans le Mémoire sur le rétablissement de V ordre des Frères prêcheurs en France qu'il a dicté en L861 à Sorèze, sur son lit de mort, et que l'on peut considérer comme son testament religieux et politique, le P. Lacordaire a jugé sévèrement cette démarche ce fausse et peu explicable » qui avait cependant décidé de sa destinée. L'abbé de La Mennais, le premier jour de son arrivée à La Chênaie, lui avait lu sur la Trinité et sur la Création, deux chapitres

de l'Esquisse d'une Philosophie, ce grand ouvrage auquel il ne cessa de travailler toute sa vie, et ces deux fragments avaient étonné le jeune prêtre, sans le convaincre. Ce n'était d'ailleurs pas pour philosopher que Lacordaire se donnait volontairement à l'École qui n'avait pu conquérir jusque-là ni ses sympathies ni ses convictions : c'était plutôt la conception nouvelle du rôle pratique de l'Église dans les sociétés modernes, telle que l'abbé de La Mennais l'avait exposée dans son dernier écrit, qui ralliait Lacordaire et l'amenait au petit cénacle breton.

La Révolution de Juillet. — Le journal l'Avenir et VAgence générale pour la défense de la liberté religieuse.

Survinrent les ordonnances du roi Charles X et la révolution foudroyante et triomphante de Juillet. Le trône de la vieille dynastie fut emporté comme la paille au vent. L'abbé de La Mennais, après tant de prédictions, crut voir distinctement l'arrêt de la Providence, et il salua la Révolution, lui qui l'avait si souvent maudite, comme l'aurore d'une ère nouvelle pour l'Église et les peuples. A son imagination aux grandes ailes toutes déployées, l'avenir du monde chrétien apparut tout radieux, l'avenir, ce mot magique qui revenait si souvent sur les lèvres et sous la plume de ce Voyant sublime.

Il écrit à son ami, le marquis de Coriolis : « Les vaincus ont, de toute manière, mérité leur défaite, et cette défaite est sans retour. Il est à désirer que cette conviction devienne universelle, car de fausses espérances pourroient produire des maux infinis. Chacun doit aujourd'hui chercher sa sûreté dans la sûreté de tous, c'est-à-dire dans une liberté commune. La liberté, c'est le droit et la faculté de se défendre contre toute volonté arbitraire et oppres-

sive. Il est à souhaiter ardemment que ce principe prévaille dans le gouvernement que l'on va nous donner » ; et, deux jours plus tard, à Mme de Sentît, le 6 août 1830 : « On va mettre la couronne sur la tête du duc d'Orléans. Le plus grand nombre préféreroit la République, une République franchement déclarée, et je suis de ceux-là, mais j'espère que la royauté sera purement nominative »; et enfin, à M. de Coriolis, le 26 août : « Vous avez mille fois raison ; ceci doit, tôt ou tard, finir par la République, j'entends République de droit, car nous avons déjà celle de fait, et comme d'ici à longtemps peut-être nul autre gouvernement ne sera possible en France, j'aimerais mieux pour la tranquillité de ce pays qu'on mit plus d'unité dans les institutions qu'on nous fabrique; car tout ce qui s'y trouvera d'opposé à l'esprit républicain ne pourra ni durer ni être changé sans de nouvelles secousses qui ne seront pas médiocrement dangereuses. » Qui oserait soutenir, en face de telles déclarations, que Lamennais ne s'est fait républicain que par désespoir et dépit de sa rupture avec l'Église?

On l'a dit cependant.

L'Avenir! Tel fut le titre que l'abbé de La Mennais donna au journal que l'abbé Gerbet, avec son activité ordinaire, mit en état de paraître le 46 octobre 1830; il lui donna aussi pour épigraphe cette noble devise : Dieu et la liberté! Ce sont les deux mots que Voltaire prononça, en bénissant à Ferney le petit-fils de Franklin ; mais ici l'inspiration est toute différente Dieu veut dire le catholicisme et son chef infaillible, le Pontife romain; quant à la liberté, c'est l'arme avec laquelle on se propose de combattre pour les droits de l'Eglise. Les principaux collaborateurs de l'abbé de La Mennais étaient l'abbé Gerbet, l'abbé Lacordaire, l'abbé Rohrbacher, M. de Goux, M. d'Anlt-

Dumesnil, le comte Charles de Montalembert, M. Harel du Tancrel, à qui l'on donne souvent, parmi les catholiques, l'honneur de la fondation du journal, comme si l'abbé de La Mennais n'eût pas existé, et enfin M. Waille, gérant du journal, qui a laissé un nom bien connu dans diverses entreprises de presse religieuse.

On a répété souvent un mot, qui méritait en effet de faire fortune : on a dit que l'histoire du journal l'Avenir, c'était le roman de la presse. Rien de plus vrai, car rien n'est plus attachant, plus pathétique dans l'histoire du journalisme, que la courte et brillante destinée de cette feuille si nouvelle, si originale, si vivante, dégagée si vigoureusement et si complètement de l'esprit des anciens partis, uniquement vouée à la défense des plus grandes et des plus nobles idées de foi religieuse, de justice sociale et de liberté politique, rédigée avec tant de zèle et d'amour sous l'inspiration d'un écrivain de génie tel que Lamennais, qui était pour ses collaborateurs plus qu'un maître conseillé et obéi, mais un père adoré par toute une pléiade de jeunes gens pleins d'enthousiasme et de talent, où brillaient des étoiles de première grandeur comme Lacordaire et Montalembert, ces noms déjà couronnés des feux naissants de la gloire.

L' Avenir eut un succès prodigieux, non seulement en France mais dans toute l'Europe et au delà. Plus de 140000 francs de souscriptions recueillies en quelques mois tant pour les procès qu'il eut à soutenir que pour les pauvres Irlandais en proie 'à la famine, prouvent assez l'influence qu'à peine naissant ce courageux journal exerça dès qu'il parut, et les persécutions de tout genre auxquelles il fut en butte la prouvent encore mieux. 11 ne dura que l'espace

d'une année, 1831, mais Lacordaire a pu dire que « cette année mémorable resterait à jamais ensevelie comme une vierge dans son cœur ».

C'est à Lamennais lui-même qu'il faut demander le secret delà vraie pensée religieuse, politique et sociale de Y Avenir.

« Quelques-uns, dit-il, dans la Préface des Troisièmes Mélanges, ne virent dans les événements de Juillet qu'une émeute heureuse; nous y vîmes un mouvement social, un pas fait par l'humanité vers les destinées meilleures qu'amène infailliblement le progrès intellectuel et moral. On pouvoit craindre néanmoins que le catholicisme, compromis sous l'ancien gouvernement, n'eût à souffrir que des fautes commises, et cette crainte, chacun le sait, préoccupoit vivement le clergé et la population croyante. On pouvoit craindre encore que le principe d'émancipation ne fût, quoique victorieux, arrêté dans son développement. Alors nous conçûmes la double pensée de préserver le catholicisme des malheurs qui le menaçoient, et, en unissant étroitement sa cause à celle de la liberté, de préparer le triomphe durable et pacifique de celle-ci. Tel fut le but que l'on se proposa en fondant Y Avenir.

« Nous pensions, dit-il encore, que les peuples ayant aujourd'hui le sentiment d'un droit social dont ils attendent le soulagement de leurs souffrances intolérables, par la substitution d'une liberté légitime à la servitude que leur impose le pouvoir oppressif des souverainetés absolues, dévoient trouver dans le christianisme un appui et une règle pour atteindre le but sans désordres, puisque la loi évangélique, qui, en rappelant aux hommes leur égalité native et le lien de fraternité qui doit les unir, a tant contribué à l'abolition de l'esclavage ancien, n'est pas moins favo-

rable à l'abolition de l'esclavage moderne ou de l'esclavage politique. Et combien ne leur fût pas devenue chère et vénérable la religion céleste qui, compatissant à leurs maux, eût ouvert, pour les adoucir, tous les trésors de sa charité inépuisable et béni au nom de Dieu, qui ne fait point d'exception entre ses enfants, les efforts tentés en faveur du foible, du pauvre, c'est-à-dire de l'incomparablement plus grande portion de la famille humaine, pour l'affranchir de la tyrannie que quelques-uns exercent sur elle à leur profit, au mépris de toutes les notions de justice gravées dans la conscience universelle? Il nous sembloit que s'il étoit une voix pour ramener le monde au catholicisme, c'étoit celle-là. »

Ces paroles suffisent à démontrer que c'est Lamennais, cet ancien champion de la légitimité appuyée à la théocratie, qui, le premier des hommes de son siècle et de sa foi religieuse, a nettement aperçu les conditions nouvelles de vie et d'influence que font à l'Église catholique et la liberté conquise par l'esprit moderne et le pouvoir enfin tombé aux mains de la démocratie. On remarquera cette préoccupation, qui désormais sera dominante dans l'esprit de ce grand homme, des souffrances morales et matérielles du peuple, de sa situation précaire dans les sociétés, de son droit à prétendre à une plus juste répartition des bienfaits de la civilisation. Lamennais demande à l'Église de se pencher sur ces plaies et ces misères, d'y apporter le baume de la charité chrétienne, et d'animer de son souffle tout-puissant de grâce et de bonté ces foules qui ne demandent qu'à s'incliner sous une main paternelle. Quoi de plus nouveau que de pareilles idées sous la plume d'un prêtre, au moment où elles parurent? Quelle hardiesse étonnante, imprévue, et si audacieuse qu'elle fut jugée coupable! Lamennais ne faisait

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cependant que remonter à la source même de l'inspiration chrétienne, et c'est en reprenant la tradition des siècles de foi, en se reportant aux premiers jours du christianisme qu'il devint une fois de plus initiateur.

Ce n'est pas tout. Il va droit au fond de la vraie question : comment réconcilier la religion avec la liberté? En séparant la religion de la politique, et cet aperçu n'est pas moins vrai ni moins fécond que ses vues sur l'Église. Non seulement, il pense que le temps est venu de briser l'antique alliance du trône et de l'autel, mais il va jusqu'à dire que le Pontife romain ne doit conserver d'autre autorité que son autorité spirituelle. 11 veut en faire le souverain des âmes dans l'univers et il déclare qu'un pareil souverain doit renoncer à tout pouvoir temporel. La place du Pape n'est point parmi les puissances du siècle, de même que le clergé, prêtres et évêques, ne doivent plus rester assujettis à l'État pour le maigre salaire qu'ils en touchent. Que faut-il au vrai prêtre de Jésus-Christ? Des lèvres libres, et un morceau de pain. Que l'État laisse au prêtre la liberté, la charité de ses frères le nourrira.

Toute la doctrine de la séparation de l'Église et de l'État est contenue dans ces quelques mots. C'est l'idée américaine qui fait irruption en France, où la constitution indépendante de l'Église en Belgique avait déjà frappé les esprits. L'exaltation progressive du Pontificat romain a fait le reste. Il est clair que le catholicisme romain, avec l'infaillibilité personnelle et séparée du Pape, doit nécessairement aboutir à placer l'Église comme pouvoir spirituel au-dessus de toute puissance civile. Or, comme la puissance civile, dans les États modernes, ne peut admettre sa propre subordination sans se renier elle-même, car, suivant la forte expression de Portalis l'ancien, elle n'est rien, si elle

n'est tout, il s'ensuit que les deux puissances, devenues également absolues, chacune dans son domaine, ne pouvant se subjuguer ni l'une ni l'autre, doivent tendre à se séparer, à moins que, sous le régime de traités entre elles librement débattus, dans l'intérêt de la paix religieuse comme de la paix sociale, elles ne vivent en accord, ce qui est pour le moment la doctrine qui prévaut à Ptome comme dans les conseils des États européens.

La séparation de l'Église et de l'État apparaît ainsi, avec son véritable caractère historique. Ce modus vivendi n'est nullement un principe, ni même la conséquence de l'un des principes de la Révolution française, tels qu'ils ont été formulés et définis dans les Déclarations des droits de l'homme et du citoyen promulguées par nos grandes assemblées révolutionnaires. Le régime de la séparation a été préconisé, vanté, célébré et défendu d'abord par ceux qui voulaient avant tout la prédominance du catholicisme romain, et bien avant d'être réclamé au nom de la liberté ! Ce n'est que le premier, mais le plus éclatant exemple de cet artifice prestigieux par lequel, depuis Lamennais et son école, les prétentions et les privilèges les plus exorbitants sont présentés par les catholiques comme une revendication toute naturelle de la liberté! Il n'y a point d'équivoque plus intolérable.

Avec autant de hardiesse que de talent, les rédacteurs de Y Avenir exposèrent leurs doctrines; et, bien que le journal ait cessé de paraître après la publication de l'Encyclique Mirari vos du pape Grégoire XVI, ces doctrines fort habilement reprises, en quelque sorte par-dessous main, par les catholiques militants, se retrouvent au fond de toutes les revendications du parti ultramontain depuis soixante ans.

Entièrement soumis aux maximes et aux déci-

sions du Saint-Siège, les rédacteurs de V Avenir repoussaient les opinions gallicanes comme étant en désaccord avec les traditions de l'Église. En ce qui touche le gouvernement du pays, ils lui promettaient obéissance et concours, tant qu'il ne porterait pas atteinte aux libertés qu'ils jugeaient de droit commun. Sur la question de république ou de monarchie, l'abbé de La Mennais ne fit rien pour imposer sa propre opinion. L'Avenir fut très vif contre la légitimité tombée, et c'est un article de Gh. de Montalembert, de la plus rare éloquence, qui adjura les anciens royalistes de renoncer à des regrets honorables mais inutiles, et de se rallier aux espérances nouvelles des catholiques. Mais Y Avenir ne se prononça point contre la monarchie : Lamennais et ses jeunes cmiis crurent, eux aussi, suivant le mot du jour, que la royauté de Louis- Philippe d'Orléans pourrait bien être la meilleure des républiques, au moins temporairement.

Les libertés réclamées par Y Avenir, au nom du droit commun, étaient : la liberté de conscience entière, universelle, sans restrictions ni privilèges, entraînant en ce qui touche le catholicisme, l'entière séparation de l'Église et de l'État, la suppression de tout salaire payé au clergé, l'abrogation du Concordat, la libre communication du clergé avec la cour de Rome, et surtout la non-intervention de l'autorité civile dans le choix des évoques, — la liberté de l'enseignement, — la liberté de l'association, deux libertés qui, pour le rappeler en passant, ne figurent pas non plus dans les Déclarations des droits de V homme et du citoyen. Dans l'ordre administratif et politique, Y Avenir demandait qu'on étendît le principe électif, en réduisant les conditions d'âge, de cens et de domicile pour l'électorat comme pour l'éligibilité, qu'on abolit le système de la centralisation consulaire et impériale, afin d'or-

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