NOUVELLE ET DERNTERE SOUMISSION
quante propositions extraites des ouvrages de l'abbé de La Mennais, et il fut dès lors visible qu'une guerre à mort lui était déclarée. Rome s'émut de cet acte d'autorité épiscopale, et bientôt un bref du pape Grégoire XVI vint rappeler que les censure et condamnation de l'archevêque de Toulouse portant sur des propositions et affaires considérées comme causes majeures, l'exercice d'une pareille juridiction appartient exclusivement au Souverain Pontife, seul juge des intérêts généraux de l'Église catholique. Il semble que l'abbé de La Mennais eût dû se montrer satisfait de ce Bref pontifical, qui paralysait la censure prononcée contre lui par M. d'Astros et qui arrêtait net les adhésions de l'épiscopat français. Mais il se trouva au contraire fort blessé de ce que le Pape avait parlé de la profonde douleur qu'il éprouvait « des bruits répandus dans le public ». Ces bruits ne pouvaient être, selon lui, que les calomnies propapagées clans le clergé et dans le monde conservateur sur sa prétendue défection. Il en écrivit aussitôt au pape Grégoire XVI, rappelant la dissolution de V Agence générale, la suppression spontanée de Y Avenir, la liquidation des affaires, l'inaction de tous ses amis et collaborateurs, et déclarant de nouveau, dans une forme encore plus solennelle que par le passé :
1° Que par toute sorte de motifs, mais spécialement parce qu'il n'appartient qu'au chef de l'Église de juger de ce qui peut lui être bon et utile, il a pris la résolution de rester, à l'avenir, dans ses écrits et dans ses actes, totalement étranger aux affaires qui la touchent;
2° Que personne, grâce à Dieu, n'est plus soumis que lui, dans le fond du cœur et sans aucune réserve, à toutes les décisions émanées ou à émaner du Saint-
Siège apostolique, sur la doctrine de la foi et des mœurs, ainsi qu'aux lois de discipline portées par son autorité souveraine.
Cette lettre au Pape fut envoyée par l'abbé de La Mennais à M. de Quélen, archevêque de Paris, afin qu'il la fit parvenir à son adresse par l'entremise de la nonciature. L'illustre prêtre croyait que « les témoignages les plus convaincants de la sincérité de sa soumission, que le Pape attendoit, avoient été donnés, et donnés à la face du monde ». ce Je vénère, disait il à M. de Quélen, dans le Pontife romain, l'autorité de Jésus-Christ même, et je fais hautement profession de lui devoir une pleine et parfaite obéissance. Mais, en dehors de cet ordre, dans les choses purement temporelles, et particulièrement en ce qui touche les intérêts de mon pays, je ne me crois lié en aucune manière par sa puissance spirituelle. Catholique, j'écoute la voix du Pasteur suprême, et j'y obéis comme à celle de Dieu; Français, je consulte sur les choses exclusivement temporelles, ma conscience et ma raison, et je me conduis d'après les conseils qu'elles me dictent. »
Le Pape répondit à la lettre de l'abbé de La Mennais par un bref adressé à son « vénérable frère l'évêque de Rennes », dans lequel le Souverain Pontife demandait que l'écrivain s'engageât à suivre uniquement et absolument la doctrine exposée dans l'Encyclique et à ne rien écrire ou approuver qui ne fût conforme à cette doctrine. En transmettant le bref, M. de Lesquen, évêque de Rennes, exprimait (( l'espoir d'une docilité filiale qui consolera le cœur du Pape et rassurera l'Église justement alarmée ». C'était jeter l'huile sur le feu. Que demandait-on à Lamennais? De renoncer à l'idée à laquelle il était pour l'instant attaché, comme à l'ancre de salut de