‹ LamennaisChapitre 73 sur 101 · LA PREFACE DES (( TROISIEMES MELANGES · texte numérisé non relu

LA PREFACE DES (( TROISIEMES MELANGES

Charles Teste par exemple, à qui l'on en doit une version en langage populaire et courant, pour le petit livre d'Etienne de la Boëtie, l'ami de Montaigne, qui a pour titre Le contre un ou De la servitude volontaire et qui est l'acte d'accusation le plus vigoureux peutêtre que l'on ait dressé contre la monarchie. Lamennais écrivit, au devant d'une édition nouvelle de cet ouvrage, une préface où l'on peut lire les lignes suivantes :

(( Il n'est aucune puissance supérieure ou égale à celle du clergé, lorsque, pénétré du génie d'un peuple, il le guide fidèlement, selon les lois qui président au développement général, dans ses voies naturelles. Mais si, soit erreur, soit intérêt, il vient à contrarier ces lois impérissables, s'il essaie de retenir le peuple dans un état que le peuple a reconnu mauvais, de lui fermer le chemin de l'avenir, alors il perd toute sa puissance; on se méfie de sa parole, on l'enveloppe dans la haine qu'inspire le mal qu'il veut perpétuer, on le traite enfin en ennemi. Il vivoit de l'amour qu'on lui rendoit en échange du sien, de la foi qu'on avoit en lui; la foi et l'amour éteints, il meurt, et des voix de dérision et de malédiction sont les seuls chants qui accompagnent son convoi déshonoré. »

L'adhésion de Lamennais aux principes de la politique démocratique put être considérée comme définitive, après la publication de la Préface des Troisièmes Mélanges : c'était la réimpression des articles de Y Avenir. Ils sont précédés d'un écrit assez développé et que l'on doit certainement placer parmi les productions les plus considérables de cette infatigable pensée, toujours dévorée du besoin de se prouver à elle-même sa propre sincérité. C'est dans cette Préface que l'auteur reconnaît avoir souvent changé d'opinions dans sa vie et déclare aussi, avec la plus

entière bonne foi, qu'il s'est souvent trompé, et même gravement. Nobles et touchants aveux, où la haine n'a voulu voir que le témoignage effronté d'un orgueil qui se fait un mérite de la plus inconstante versatilité, alors que l'on est en présence de la confession générale aussi touchante que loyale d'une grande intelligence à la recherche du vrai et du bien.

L'auteur commence par rappeler ses premiers travaux sur le principe de la certitude, et après un nouvel examen, une discussion approfondie, il persiste plus que jamais dans les conclusions qu'il a formulées dans son livre de YEssai sur l'Indifférence en matière de religion. De là, il passe à la question du gallicanisme qu'il reprend après des méditations approfondies, d'où il fait sortir une théorie fort inattendue, celle de la souveraineté politique. Qu'est-ce que le gallicanisme? C'est le conflit particulier en apparence de l'autorité spirituelle et du pouvoir temporel; en réalité, ce conflit se rattache à la question plus générale de la souveraineté que l'État laïque et l'Église romaine ne peuvent trancher, étant ballottés de part et d'autre entre l'autorité et la liberté, deux écueils sur lesquels les deux puissances sont alternativement poussées, sans pouvoir jamais garder le milieu. Or, au point de vue absolu, la souveraineté ne peut appartenir qu'à Dieu, et dans l'ordre humain elle ne peut appartenir qu'au peuple, c'est-à-dire à la réunion de toutes les volontés et de toutes les intelligences.

Lamennais aboutit ainsi, en politique comme en philosophie, à sa célèbre théorie du consentement universel, du sens commun : vox popiili, vox Dei, tel fut pour lui le principe de la souveraineté. On a dit que c'était la conclusion forcée de ses premières doctrines : il v a certainement du vrai dans cette

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