LE LIVRE DU PEUPLE
des droits et des devoirs, mais il a tracé le devoir dans toutes les directions, devoirs individuels, devoirs généraux, devoirs dans la cité, devoirs dans l'humanité, devoirs envers la famille, la patrie et l'association universelle des créatures.
Quoi de plus touchant et de plus poétique que les conseils qu'il donne au jeune homme qui vient de se donner dans une femme la compagne de sa vie et l'associée de son travail :
« N'ayez point à rougir devant la colombe fidèle et pudique, et ne dégradez point le sacré caractère imprimé sur votre front par le doigt de Dieil. Entre l'homme et la femme, l'époux et l'épouse, les droits sont égaux, les aptitudes et les fonctions diverses. La femme n'est point la servante de l'homme, encore moins son esclave. A mesure que le sens moral se développe chez un peuple, elle croît en dignité et en liberté, en cette sorte de liberté qui n'est point l'exemption du devoir et de la règle, mais l'affranchissement de toute dépendance servile.
« Femme, en donnant la force à votre mari, Dieu l'a chargé des plus rudes travaux; en vous donnant la grâce et la tendresse et la douceur, il vous a départi ce qui en allège le poids et fait du labeur même une intarissable source de joies pures. Lorsque votre main essuie son visage mouillé de sueur, toutes ses fatigues ne sont- elles pas à l'instant oubliées? Lorsque son âme est triste et sa pensée soucieuse, une de vos paroles, un de vos regards ne ramène-t-il pas le calme en son cœur et le sourire sur ses lèvres? Quand les flots, tourmentés par les vents d'hiver, écument et grondent, le pauvre oiseau de mer et sa compagne, réfugiés au creux d'un rocher, se pressent l'un contre l'autre, et s'abritent et se réchauffent mutuellement. Il y a bien des tempêtes dans la vie;
prenez exemple sur l'oiseau de mer, et vous ne craindrez ni les vents glacés, ni les vagues qu'ils soulèvent. »
Il ne flatte point le peuple, puisque sans cesse il le tient en garde contre son ignorance, ses faiblesses, sa cupidité, sa tendance à la paresse et à l'envie, et d'ailleurs à ses propres yeux, ce serait s'avilir que de le rabaisser en le flattant. Mais il le console et il l'éclairé par des conseils à la fois doux et généreux. Comme il a juré haine à l'iniquité, il condamne la souffrance que d'autres glorifient en la tenant pour une marque spéciale des faveurs divines; il ne croit pas à la perpétuité du mal ; il demande que l'on travaille à l'extirper du sein de notre pauvre race. « La misère qu'on vous dit être irrémédiable, vous avez au contraire à y remédier. La félicité parfaite à laquelle tout être humain aspire n'est pas, il est vrai, de ce monde; vous y passez pour accomplir une œuvre; le repos est au delà, et c'est maintenant le temps de travailler. Votre tâche, la voici, elle est grande, vous avez à former la famille universelle, à construire la cité de Dieu, à réaliser progressivement, par un travail ininterrompu, son œuvre dans l'humanité. »
Il avait déjà dit éloquemment, dans les Affaires de Borne : « Ce n'est pas tout, il s'en faut, de renverser les oppresseurs; éternellement, il en renaîtra d'autres, si l'on ne détruit, si l'on n'atténue au moins le principe même de l'oppression, et qu'à la place des œuvres du mal on ne mette une cause efficace de bien. Or, toutes les causes de mal sont renfermées dans l'égoïsme, dans l'amour exclusif de soi, comme toute cause de bien l'est dans l'amour d'autrui et dans le dévouement que cet amour inspire. Aucune forme de gouvernement, quoique les diverses formes qu'il peut recevoir soient fort éloignées d'être indif-