‹ LamennaisChapitre 90 sur 101 · FIN DE LA MONARCHIE DE JUILLET · texte numérisé non relu

FIN DE LA MONARCHIE DE JUILLET

encore à la haine et au mépris que Lamennais portait au régime constitutionnel. « Il est donc vrai, disait-il à M. de Vitrolles, que la société qu'on nous a faite et qu'on travaille tous les jours à perfectionner, est un repaire d'escrocs et une caverne de voleurs. » La réforme parlementaire et la campagne des banquets l'émurent à peine. Invité à paraître au banquet qui fut organisé à Dijon, en novembre 1847, par les électeurs radicaux, et où Ledru-Rollin et Louis Blanc annoncèrent la révolution prochaine et l'établissement du suffrage universel, Lamennais invoqua des raisons de santé pour se dispenser d'un long et pénible voyage. Cette excuse était des plus légitimes; Lamennais n'était déjà plus qu'un vieillard. Mais la vérité est qu'il ne croyait pas à l'efficacité de la propagande réformiste, ainsi qu'on peut le voir dans une de ses lettres de ce temps adressée à M. de Vitrolles.

« La réforme dîne par toute la France et harangue au dessert. Je ne vois pas clairement ce qui pourra sortir de cette éloquence d'automne semée autour de tables bourgeoises et arrosées de vin du cru. Pour ma part je n'ai de foi qu'en la grande joie du peuple, qu'on éloigne soigneusement de ces banquets. Le thème au surplus de ces discours, dont les journaux sont pleins, est singulièrement uniforme : « Vous avez, messieurs, un gouvernement (( corrompu, corrupteur et usurpateur. Gardez-vous ce d'y toucher, mais suppliez-le de se corriger, s'il est « possible. » Nous vivons, cher ami, au milieu d'une bien drôle de génération. »

Tout à coup, la République apparut dans les éclairs de février. La première pensée de Lamennais et de ceux qui l'approchaient fut de fonder un journal : ce fut le Peuple constituant.

Ce titre dit assez quelle était à cette époque la pensée dominante de Lamennais. Il se crut appelé, comme autrefois l'abbé Sieyès, à donner à la démocratie enfin victorieuse la constitution de son gouvernement définitif. Toutes ses méditations se portèrent sur les problèmes de l'organisation rationnelle d'une République idéale. C'était justement la partie de son grand livre à laquelle il donnait les derniers efforts de sa pensée.

Le Peuple constituant fut fondé le 27 février 1848, à cette époque de liberté qui hâta la pousse de tant de feuilles politiques et sociales destinées à périr avant même d'avoir atteint l'automne. Le journal de Lamennais a été du nombre, mais il n'a pas péri sans laisser au moins une trace dans l'histoire de la presse.

Lamennais jouissait d'un grand prestige dans le parti républicain. Un jeune homme avec qui il était nouvellement lié, et qui depuis s'est fait connaître par divers ouvrages d'histoire et d'économie politique, N. Villiaumé, voulut entraîner le philosophe à l'Hôtel de Ville en compagnie de Béranger, afin de les faire entrer tous deux dans le gouvernement provisoire. Béranger, toujours prudent et même un peu sceptique, se déroba, prétextant qu'il avait chez lui des réfugiés combattants des barricades et qu'il ne pouvait les abandonner. Lamennais saisit le joint, et dit à Villiaumé : « Si nous faisions un journal, cela vaudrait mieux ». La proposition n'était pas pour déplaire à un jeune homme tout brûlant de l'ambition de se produire sous les auspices du plus grand écrivain du parti. La création du journal fut décidée.

Le Peuple constituant eut pour fondateurs Lamennais, son neveu Ange Blaize fils, qui amena son ami Auguste Barbet, le fournisseur des premiers fonds.

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