XXXVIII INTRODUCTION
tarisme quelconque. Chaque ligne de ses œuvres est une protestation contre cette façon d'interpréter son histoire. L'homme qui avait remué l'Europe n'aurait pas été réduit à 68 ans à reculer « devant la dépense d'une paire de souliers » (25 Août 1850) s'il s'était prêté à certaines roueries politiques.
« Nous nous sommes souvent trompé et même gravement », avouait-il lui-même. Il fut victime de son esprit sj'stématique, de sa nature ombrageuse, impressionnable, fiévreuse, mais toujours il crut au devoir, au désintéressement.
A ce souci constant des choses morales, Lamennais joignait une logique absolue, outrancière, exclusive — une logique de vrai Breton.
Un fait et un principe éclairent tout son système. En se combinant ils expliquent les incohérences que l'on a signalées dans sa vie et qui manifestent, d'une façon aussi éclatante que douloureuse, l'immense influence que peut avoir sur toute une carrière une idée philosophi(iue inexacte.
Le fait est celui de l'influence prépondérante des masses dans l'évolution sociale. Voilà pourquoi, pour examiner et solutionner tous les problèmes, Lamennais se place constamment au point de vue sociologique, disons mieux au point de vue du développement social.
Le principe est celui du consentement universel admis comme règle infaillible de vérité. Si l'opinion générale est la source de la vérité et partant de la justice dans l'ensemble de l'humanité, la vérité et la justice se confondent avec les tendances humanitaires. Si rien n'est vrai que ce qui est conforme au sentiment commun, le christianisme n'est vrai que dans la mesure où il est conforme aux aspirations populaires.
Celui qui ne voyait de vérité que là où il trouvait consentement général devait aboutir à ne voir dans
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la relij^ion nic'inc « que In forme sociale du dévcloppcnient intellectuel », et finir dans un va^ue déisme.
Kn le lisant avec méthode, on ne peut s'em|)èclier de songer au mot fameux : Lofjicit me /jcrdidit, la logi(iuc l'a perdu. Bérangcr était plus violent (jiiand il disait ; <( (^est un vrai mulet. »
Que l'Kgiise n'ait pu s'accommoder d'un apologiste aussi aventureux, d'un système de philosophie que personne n'admet j)lus de nos jours, qui pourrait s'en étonner ?
A ceux qui chercheraient encore les motifs de sa condamnation, qu'il suflise de relire ces remarques si justes, si profondes du Lamennais le plus authentique :
« Il n'y a point de crime (jui n'ait été une pensée ou une erreur avant d'être une action. Il n'y a donc point de morale possihle si l'on ne donne une règle à la pensée. La religion seule le fait. I^t comme le fondement de Tordre est dans l'intelligence, parce que l'ordre est la réalisation extérieure de la vérité, la religion se montre pleine d'indulgence pour les fautes qui ne sont (ju'une violation pour ainsi dire accidentelle de l'ordre, mais qui n'en attaquent pas le fondement. Les plus grands crimes, à ses yeux, sont les crimes de l'intelligence, les crimes contre la vérité ! »
Paul AGXIUS.