UXK VOIX DE PRISON
La colère approche, la voilà tout près; jette entre elle et toi un repentir, s'il t'en reste.
Et le prévaricateur se tordait clans sa secrète angoisse : il cherchait en lui-même le repentir, et ne trouvait que le remords, et, à côté du remords, la peur.
La lémure, à son tour, murmurait : Laisse dire ce rêveur qui ne comprend rien à la raison d'Etat. Quel pouvoir subsisterait avec ces scrupules ? Il est bon que quelques-uns meurent pour le salut de tous, et la grande morale tue la petite.
N'est-il pas écrit dans ton Livre : Obéissez aux puissances établies ? Qui résiste aux puissances établies, qui les inquiète est donc coupable. Tu les punis de cela, le reste est de pure forme.
Est-ce que les autres ne font pas comme toi ? Veux-tu qu'ils te dépassent ? Veux-tu qu'ils te ravissent la récompense du zèle ?
Tu as servi, sers mieux encore ; il est trop tard pour reculer. Perdras-tu donc tes complaisances, tes veilles soucieuses, tes nuits troublées par cette voix interne qu'on n'étouffe jamais ? Renoncerastu au fruit convoité à l'instant où tu vas l'atteindre? La lémure, se penchant à l'oreille de l'homme maigre et sec, ajouta quelques mots plus secrets que je ne pus saisir. L'homme maigre et sec semblait les recueillir avec une avidité convulsive. Je ne sais alors ce qui se passa en lui, mais je vis le front de l'ange de lumière s'obscurcir, ses yeux se détourner ; une tristesse pleine d'horreur se peignit sur sa face, et comme il s'élevait dans les airs, cette parole résonna sous les voûtes sombres : Maudit pour l'éternité !
II avait allumé, près du talus, au coin du bois, un feu de bruyères, et, assis sur la mousse, le pauvre enfant, il réchauffait ses mains à la flamme pétillante.
La fumée, jaunie par de fauves rayons qui glissaient entre les nuages, montait dans l'air pesant. II la regardait onduler comme un serpent qui gonfle et déroule ses anneaux, puis s'épandre en nappes brunes, puis s'évanouir dans l'épaisse atmosphère.
Plus de chants dans le buisson, plus d'insectes ailés étincelants d'or, d'émeraude, d'azur, promenant de fleur en fleur leurs amours aériens : partout le silence, un morne repos, partout une teinte uniforme et triste.
Les longues herbes flétries blanchissaient penchées sur leur tige : on eût dit le linceul de la Nature ensevelie.
Quelquefois un petit souffle, naissant et mourant presque au même mom.ent, roulait sur la terre les feuilles sèches. Immobile et pensif, il prêtait l'oreille à cette voix de l'hiver. Recueillie dans son âme, elle s'y perdait comme se perdent le soir les soupirs de la solitude au fond des forêts.
Quelquefois aussi, bien haut dans les airs, une nuée d'oiseaux d'un autre climat passait au-dessus de sa tête, poussant des cris semblables aux aboiements d'une meute, son œil les suivait à travers l'espace, et, dans ses vagues rêveries, il se sentait entraîné comme eux en des régions lointaines, mystérieuses, par un secret instinct et une force inconnue.