IV. — L'Essai sur l Indifférence
« Félicite-moi, écrivait Lamartine au comte de ViricLi, je suis enlin tombé sur du beau, même sur du sublime. Cela s'appelle Essai sur rindiffércnce en matière de Religion. Ola est fait, dit-on, par un très jeune abbé ! C'est magnifique, pensé comme M. de Maistre, écrit comme liousscau, fort, vrai, élevé, pittoresque, concluant, neuf, enfin tout. Je te le conseille pour passer huit jours avec un écrivain d'un autre siècle. »
L'Hssai avait été public sans nom d'auteur, ce nom fut bientôt universellement connu : 40.000 exemplaires furent écoulés en peu de temps.
On triomphait aux F'euillantines. Lamennais restait modeste : « Je donnerais de bon cœur tous les suffrages llatteurs pour une prise de bon tabac... Les imaginations fortes (et on dit que j'en ai) exercent aisément une sorte de domination sur les autres hommes. Il n'y a pas de quoi être bien fier; car une simple femmelette se crée tous les jours un empire plus absolu. »
Quand il apprend que l'ouvrage fait beaucoup de conversions : « C'est assurément, dit-il, la seule chose qui puisse me consoler de l'avoir écrit. »
L'enthousiasme était général, car l'ouvrage répondait à un besoin du temps. « Il est bien aisé, confessait Lamartine quelques années auparavant, de rejeter les systèmes comme j'ai fait, mais s'il faut en bâtir d'autres, où trouver les fondements? Il me semble voir assez clairement ce qui ne doit pas être, mais pourquoi le ciel nous voile-t-il si bien ce qui est... Je donnerais mon reste de jours pour un grain de foi> disait-il, en 1818, non pas pour soulever les montagnes, mais pour soulever le poids de glace qui me pèse sur l'âme. »