I.MKODUCTION XI
l.ji peu louil'ii, passionne'', d'une élo(iucncc sincère, prenante, parfois redondante, VI:ss(ii s'adresse au grand public. Lamennais montre ce (ju'a d'anlinaturel, d'anlisocial, rindiflérence en matière de relif^ion. Dans une lan;^fiie où a passé beaucoup de l'accent de J.-J. llousscau, il établit linsullisance lliéori([ue et pratique des trois systèmes (rindinercnec : le déisme, qui voit dans la religion une institution politique utile pour conduiic le peuple, le théisme qui s'aj)puie sur le senlimeîit poui- monter juscju'à Dieu, tout en rejetant la révélation, le ])rotestantisme (|ui lait de chaque individu le juge de ce (pie Dieu dit et veut. Une seconde i)arlie, trop peu connue, montre l'importance de la religion pour le bonheur de l'homme et de la société. Banales aujourd'hui, ces idées alors étaient neuves. Pour la première fois on envisageait la question religieuse au ])oint de vue des aspirations de la société contemporaine.
Ce fut, dit Joseph de Maislre, comme un tremblement de terre sous un ciel de plomb. (]et ouvrage réveillerait un mort, proclamait Mgr Frayssinons et Chateaubriand écrivait à l'auteur : « Votre talent aurait donné l'immortalité à cet ouvrage, moi, je la reçois de mon sujet. » Au temple dont le Génie du Christianisme avait chanté la splendeur, Vlisscii prouvait que l'individu et la société doivent entrer au nom de la logique et de la prudence.
« Sauf quelques phrases où le luxe de l'imagination annonçait une sorte de jeunesse, tout était, écrit Lacordaire, simple, vrai, énergique, entraînant : c'était de la vieille éloquence chrétienne, un peu dure (picL quefois. ^hlis l'erreur avait fait tant de mal, elle se reproduisait de nouveau avec tant d'insolence malgré ses crimes et sa nullité, (pi'on prem;il i)laisir à la voir châtiée i)ar une logique de fer. L'ent!;ousiasme et hi reconnaissance n'eurent point de bornes : il y avait si
XII INTRODUCTION
longlemps que la vérité attendait un vengeur ! En un seul jour, M. de la Mcnnais, se trouva investi de la puissance de Bossuet. »
En Juillet 1820 parut le second volume; le troisième Bt le quatrième parurent en 1823. Aux 3'eux de l'auteur, le second était le plus important. Depuis longtemps, il avait en horreur l'individualisme cartésien qui fait appel uniquement à l'évidence personnelle ; il en avait éprouvé lui-même les insuffisances. A ce s\'stème ruineux pour les croN'ances communes, bases de toute vie sociale, Lamennais substitue celui du consentement universel : la raison générale, le sens commun deviennent la règle de la raison individuelle.
Cela n'empécbe pas l'écrivain de se servir de sa raison personnelle, de son sentiment à lui, pour étudier le témoignage universel. AHn d'expliquer la valeur et d'indiquer la portée du sens commun, il cherche des arguments nouveaux, personnels.
Pour comprendre la théorie du consentement général, il faut se souvenir que Lamennais avait lui-même longtemps marché dans cette nuit où s'agitent dans un douloureux isolement les esprits et les cœurs quand s'éteignent les croyances communes, quand « les intelligences dispersées aux quatre coins du ciel n'ont plus de patrie. » Jusqu'à sa mort, il verra toujours à l'horizon de sa pensée les peuples cherchant la lumière et le premier peut-être, il se placera résolument, toujours, au point de vue sociologique. Cherchant une solution sociale à la question de la vérité, il devait faire à la pensée individuelle un devoir de se ranger au consentement de tous. S'il s'est trompé, son erreur est une de ces erreurs de perspective, de méthode, qui sont les plus graves par leurs conséquences logiques.
Déjà, pour qui lit de près l'/is.sa/, Lamennais tend à confondre la vérité avec l'ensemble des aspirations humanitaires.
INTllOUUCTION XNI
Tous admcllent l'cKistcnc-c de Dieu, donc Dieu existe. Si Dieu existe, il y a des rapports nécessaires entre Dieu et l'homme; ce qui est nécessaire doit être immua!)le, il n'est donc qu'une religion révélée à l'homme avec le lang igj. Pour rester ce (ju'elle est, la religion doit « reposer sur la i)lus grande autorité visible », cette autorité se trouve dans le seul christianisme dont les caractères sociaux : l'unité, l'universalité, la sainteté, hi pcri)éluité, prouvent la Divinité. Tel est le plan général des derniers volumes : il n'apparaît pas souvent avec précision.
Il fallut défendre le système du sens commun. Lamennais aimait la bataille; il entra dans la mêlée, multiplia les réponses sans convaincre ses adversaires. Entre temps, il colla})orait iv.i ConscriHilciir.
Son rêve était toujours de voir la papauté reprendre parmi les peuples hésitants, l'autorité sociale qu'elle eut au Moyen-Age. De plus en plus, il iicrdait confiance en la monarchie : « Elle ne sauvera pas même ce que l'Empire avait sauvé! »