XXVIII INTRODUCTION
débile. Entre ses crises, il écrivait et la fièvre souvent faisait trembler sa plume.
Vers la fin de Mars 1834, obéissant à une de ces impulsions qui firent le malheur de sa vie, cédant aussi aux excitations de l'ami si intéressé et parfois si perfide qu'était Sainte Beuve, il lui remettait quelques feuillets en lui laissant le soin de décider du sort de certains passages.
Ces feuillets s'intitulèrent : Les Paroles (riin Croyant.
Si l'on songe à l'engagement signé, on se rangera à l'avis de Montalembert : «J'aurais mille fois préféré — et je parle ici non en chrétien mais en homme du monde — que vous eussiez refusé tout net de céder au Pape que de venir rétracter votre concession de la sorte. »
Grégoire XYl demandait qu'on ne mêlât pas l'Église aux révolutions politiques, et Lamennais, empruntant la langue de la Bible, accusait tous les rois, non seulement avec violence mais encore avec injustice. Nous pouvons croire sur ce point l'auteur lui-même qui avouait : « Les chapitres sur les sept hommes couronnés perdront de leur efi"et à cause de l'apparente exagération et aussi parce que le blâme devrait être plus équitablement réparti. »
L'Europe entière tressaillit à l'apparition ' de ce mince volume. 11 impressionnerait moins aujourd'hui. Certes, ce n'est pas le chef d'œuvre de Lamennais. Beaucoup n'j' voient plus qu'un pastiche de l'Evangile, aux images criardes, au ton apocalyptique. On y trouve beaucoup de déclamations et d'exagérations enfantines. On y peut aussi découvrir quelques ravissantes descriptions, plusieurs symboles saisissants, de longs sanglots, de tragiques malédictions.
L'encyclique Singiilari vos le condamna. Lamennais crut devoir répondre par une apologie qu'il s'efforça de rendre sereine : Les Affaires de Rome (1830).
INTHODICTIOX X\I\
Les premières pn^cs sont délicieuses. IJles content le long voyage des pèlerins de Dieu et de la liberté. Mais bientôt, à l'exposé des idées de VAuenir se mêlent de virulentes atta([ues contre la cour romaine. Le style y i)cr(l beaucoup et la vérité aussi.
Dcjù, Jean avait été, par suite de sa situation dans le diocèse, obligé de désavouer son frère. Malgré lui, une grande publicité fut donnée à cette déclaration. Dès lors, entre les deux frères les relations devinrent tendues; un incident relatif à une vente de livres communs les brisa. Féli, brusquement, quitta la Chênaie : c'était pour toujours !