‹ Lamennais intimeChapitre 10 sur 54 · CM · texte numérisé non relu

CM

Mais il savait les £?oiivornomonts, celui de la Reslauralion surlout, iMcapai)les d'appliquer ce remède cnergique et salutaire.

Comme on le voit par la lettre du jeune Bore, Ion reconnaissait la perspicacité du solitaire de la Chênaie ; toutefois les bonnes àines ne consentaient à le prendre (pie pour un sorcier ; elles réservaient la (jualification de prophètes aux mauvais plaisants (nous dirions fumistes aujourd'hui) qui abusaient de leur crédulité de la façon la plus impudente et parfois la plus burlesque. Ce vent de folie ne soufflait-il pas naguère encore et que de têtes, jusque-là réputées saines et solides, n'a-t-il pas mises à l'envers ? Souvent on aime à se persuader que l'on n'a qu'à .se croiser les bras et attendre, Dieu se chargeant de tout et dispensant dès lors d'agir; cette prime à la paresse, à l'inertie, ne saurait être offerte par Dieu et l'on ne doit jamais ouljlier le proverbe: Aidetoi^ le ciel t'aidera.

Lamennais répondit à son jeune ami, trois jours après la lettre que nous venons de lire.

Le 30 août 1830.

« J'attendais, mon cher Eugène, impatieniment une lettre de toi, car ton ab.sence me

paraît déjà bien longue. Avance le plus que tu pourras la conclusion de tes affaires. Il serait à désirer que tu pusses au besoin prendre conseil d'une personne entendue et qui connaisse bien la valeur des divers genres de propriété dans voire pays. Quant à ton linge et à tes livres, tu peux les adresser à }>[. Xoël, recteur ■de Saint-Pierre-de-Plesguen, route de Rennes à Saint-Malo. M. Kam... m'a écrit de Dresde; il parlait de toi dans sa lettre. Nous ne tarderons probablement pas à le revoir.

»< Tu ne peux mieux faire que de continuer à te conduire comme tu as fait jusqu'à présent. 11 paraît que vos pauvres royalistes angevins vont senfonçant de plus en plus dans un abîme d'extravagance et d'idiotisme. Cela est déplorable : il ne peut en résulter que beaucoup de mal. Ces belles prophéties, au reste, ne sont pas nouvelles. 11 y a près de deux ans qu'on m'en a parlé, et, plusieurs fois déjà, elles ont dû s'accomplir; mais les prophètes s'étaient par malheur trompés sur l'époque. La bonne volonté y est du moins; que des hommes graves soient la dupe de ces sottes et odieuses rêveries de quelques fripons, voilà ce qui est triste. L'empire grec, dans ses derniers temps, ■était tombé moins bas.

<i II va paraît re un nouveau journal (juoli- (lien, inlilulé l'Ai'enir. M. (îorhot en a rédiji^é le prospectus, mais on n'en a, je crois, distribué encore qu'un petit nombre d'exemplaires. Si Aui^uste veut s'y abonner, il pourrait écrire à .M. W'aille, ou à M. Gerbet, qui ne doit pas ([uiller immédiatement Paris. Toulel'ois le plus sûr est d'écrire à M. Waille. Ce journal choquera beaucoup de royalistes et en ramènera d'autres au bon sens, je l'espère du moins.

« Ofl're mes hommages et mes compliments à M. et Mme Chesneau et mes amitiés à Auguste. Il me tarde bien de te revoir. Tout le monde ici le dit mille choses tendres. Je t'embrasse de tout mon cœur, ainsi (pie Chéri ».

Lamennais, on le voit, n'était guère tendre pour ces pauvres roi/alistes angevins dont il parle sans mâcher les termes. L'impétuosité de sa nature, la fougue de son tempérament se révèle ici dans toute son exubérance. Des fripons qui exploitent des idiots ; voilà en deux mots l'histoire de ces prophéties d'ailleurs assez puériles, nul ne saurait le nier. Les royalistes de Bretagne, donnant dans le môme ridicule que leurs congénères d'Anjou, ne trouvaient pas grâce davantage devant l'impi-

Page 1