‹ Lamennais intimeChapitre 15 sur 54 · CM. II. — ]H:V · texte numérisé non relu

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pcrances el en tléccplions, dont les péripéties tiennent presque du roman.

Lamennais poursuivait son voyaj^e à travers l'Allemaii^ne, objet partout d'ovations enthousiastes qui aelievèrent de l'illusionner sur la valeur de ses idées. Plus que jamais il erul à sa mission providentielle; i)his (pie jamais il résolut de la remplir, coûte que coule. Il savait i\uo de France et à Home même on insistait auprès de (îréa^oire XVI pour que les doctrines de V Avenir tussent condamnées, mais il ne croyait pas au succès de ce quil qualifiait de misérables intrigues, ourdies par des envieux ou par cpielques gallicans endurcis. Cette disposition d'esprit dans laquelle il se trouvait avant l'aijparilion de l'encyclique Mirari vos, nous explique, au moins dans une certaine mesure, l'accueil définitif qu'il lui fera. De bonne heure, ce génie ardent, âpre à la lutte, impatient de contradiction, ne voudra voir dans ses adversaires, de quelque part qu'ils viennent, que des gens de mauvaise foi qui travestissent sa pensée pour le perdre plus sûrement et se refusent systématiquement à reconnaître l'opportunité de ses entreprises et leur haute valeur morale.

Arrivé à Munich où Lacordaire devait le

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rejoindre de nouveau, sans être appelé, il écrivait à Eugène Bore.

Munich, le 12 Août 1832.

« Je reçois, mon cher enfant, ta lettre du 31 juillet (1) qui m'a l'ait grand plaisir, premièrement, parce qu'elle achève de me rassurer sur ta santé et sur celle de M. de Goux, et ensuite à cause des différents détails qu'elle contient. Je suis enchanté de la démarche des évoques et de la publicité qu'on y a donnée, parce que si, comme je le crois, ils n'obtiennent point la condamnation qu'ils demandent, le silence du Saint-Siège sera une justification éclatante de nos doctrines, et que si, contre mon attente, quelques propositions étaient condamnées, le jugement du Pape devrait terminer toute controverse. En attendant, notre intention est de reprendre nos travaux aussitôt qu'il nous sera possible, c'est-à-dire, aussitôt que nous en aurons les moyens maternels. Nous avons pu juger, pendant notre voyage, de la grande influence que V Avenir a exercée sur les esprits, et notre voyage même

(1) Nous ne l'avons pas, non plus que celle écrite par Lamennais de Venise cl nienlionnce ci-après.

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aura immcnsômonl servi à affirmer le bien (k'-jà l'ait, et à en préparer un plus ^rand eneore. Dis à M. de doux eombien je désire qu'il puisse reprendre son beau travail, dont tout le monde attend la suite avec une vive impatience. M. de Baader nous disait ce matin qu'il serait le fondateur d'une nouvelle science de l'économie politique.

« J'attends ta réponse à la lettre que je t'ai écrite de A'enise. Sicile m'annonce que je puis rentrer en France, nous nous rendrons directement à Paris par Strasbourg, sans aller en Belgique, ce qui m'épargnera de la dépense et de la fatigue et me réunira plus promptement à tous nos amis, ce que je désire ardemment. J'ai appris avec grand plaisir que Lacordaire était près de toi. Dis-lui mille choses tendres de ma part (1).

« Dans la dernière lettre que j'ai reçue de mon frère, il me mandait sa détermination de rappeler en Bretagne nos amis de Juilly (2),

(Ij A ce moment même, Lacordaire arrivait à Munich où le Maître et le disciple allaient se retrouver.

(2) Entre autres, M. Houct, dont nous avons souvent eu l'occasion de parler, MM. Menuet, La Provostaye, etc.

dont nous aurons besoin pour nos établissements. Je nai point vu ici ceux que M. de Salinis a invites à les remplacer, mais j'ai su qu'ils se portaient bien. Nous avons d'ailleurs reçu dans cette ville, comme dans toutes îes autres, un excellent accueil, particulièrement de l'excellent INI. de Moy et de M. Doellinger (1), qui joint à toutes les vertus du prêtre et à une bonté inépuisable, une science •extrêmement vague (2). Nous verrons demain Goerres (3), mais je ne pourrai guère causer avec lui, parce qu'il parle français difficilement. Heureusement que Montalembert parle allemand. A mon retour, je te raconterai tout notre voyage bien en détail, surtout si nous pouvons aller passer quelque temps ensemble à la Chênaie.

« Adieu, mon enfant bien-aimé, je t'embrasse de toute la tendresse de mon cœur ».

(1) Le fiiliir tuilour du ,/a/ui.s, (iiii, longtemps jjIus larfi, devait s'insurger, lui aussi, contre l'Kglise et essayer de fonder un schisme; esprit d'ailleurs puissant et d'une érudition prodigieuse.

(2) Lamennais, nous avons pu le constater souvent, ne relisait pas ses lettres à Eugène Bore. Le mot qu'il est impossible de lire autrement est ceriainement un lapsus; c'est vasle ([u'il voulait écrire.

(3) Auteur de la Mystique chréiienne.

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