CM. II
C.o fui quelques jours après que Lamennais, pendant un grand dîner qui lui était oITert à Munieli jiar ses admirateurs de la callioliciue l>a\ièiH\ rerul eommunicalion de l'I'lncyciique Mirari ros. Le coup ([U il ne prévoyait pas, cpi'il ne voulait pas prévoir, l'ai terra, ('ependanl, il ne laissa tout d'abord rien paraître de son émotion profonde, .\oiis n'avons qu'à nous soumellre, dit-il simplement à ses amis. Puis, il se hûta de rentrer en France ; il s'arrêta quelques semaines à Paris, annonça la cessation de VAyence el le 27 septembre, il partait pour la ('liènaie oîi il allait clierclier, sans pouvoir le ti'ouver, le calme dont .son âme avait si grand besoin, (lerbrt <■! Lacordaire l'y devaient rejoindre.
Dans une lettre (juil adressait de Paris, le 15 septembre, à .M. le marcpiis de (>oriolis, nous lisons ces paroles qui nous révèlent les sentiments dont il était agité à ce moment. 11 fait allusion à l'Flncyclique, rédigée par le Pape sous la dictée, selon lui, des rois de l'Europe et de leurs préoccupations autocratiques.
(' Les Princes et le Pape ont cru qu'en s'unissant, ils arrêteraient le mouvement des l.vmf:.nn.\i<. — ().
peuples, et les mainliendraient sous le jou^. Grég-oire XVI, comme vous l'avez vu, vient de proclamer celle grande alliance el de condamner par là les catholiques à l'inaction. Ils ne peuvenl pas défendre l'Eglise contre la volonté de son chef: nous nous tairons donc, mais les événements ne parleront que trop, et le monde Acrra un beau tapage. Nos travaux, cependant, n'auront pas été perdus; ce sont des germes que la Providence a déposés dans la société, pour se développer dans un meilleur temps, lorsque d'autres auront accompli les destructions préalablement nécessaires » (1).
Lamennais se croyait soumis ; il n'était pas même résigné, ou s'il Tétait, ce ne pouvait être pour longtemps. Comment, en effet, un homme de sa trempe, dans la conviction où il était d'avoir le droit et la raison de son côté, se fût-il longtemps condamné au silence?
On devine aisément qu'une telle situation ne pouvait se prolonger. Une fois de plus Lamennais s'illusionnait. L'Avenir avait disparu pour
(1) Forgucs, op. cil., II, 241. Est-ce là le langage d'un voyant ou celui d'un visionnaire! L'un et l'autre peut-être.
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