‹ Lamennais intimeChapitre 22 sur 54 · II · texte numérisé non relu

II

([lierons la Bhagavadgllà, que je me suis déjà procurée afin do ne pas èlrc pris au dépourvu à l'ouverturo du cours. J(* suis enlré dans lous <'es détails qui vous ennuienl j)eut-èlre, parce ([ue je ne vous ai pas encore dit (piclle est la division de mon temps de travail. Je l'emploie, mon Père, le mieux possible, et je n'en ai point à perdre pour faire face à tout. Je ménag^e beaucoup ma santé, je donne même un peu plus au sommeil que l'année dernière, parce que je ne veux pas trop travailler à la lumière ces langues dune écriture généralement difficile. Je fais le plus souvent possible l'olTre de mon travail à Dieu, mais je trouve que je n'y pense pas assez (ce sera là mon grand combat de la vie).

«( M. de Coux a dû proposer aux frères Gaume de prendre chez eux les ouvrages que vous retirez de chez M. W'aille. Ils seront bien mieux là que dans une de mes chambres où il serait venu peu dacheleurs.

« M. de Montalembert va prendre votre beau portrait que j'avais appendu orgueilleusement au dessus de mon lit, et que je ne regarde jamais sans attendrissement, pour le mettre dans le salon où il recevra hebdomadairement ses jeunes gens.

« L'Agence ferme ses bureaux au l-'' janvier, el probablement il vous faudra bientôt adresser vos lettres rue de Vaugirard.

« Donnez-moi, mon Père, de vos nouvelles. Il y a longtemps que je n'ai reçu une de vos lettres. Vous ne pouvez vous figurer le plaisir que me cause la vue de vos longues missives. Je crois vous entendre parler. Embrassez pour moi, MM. Gerbet, Élie et Maurice. Je suis à vous pour la vie avec un cœur d'enfant.

E. BoRÉ ».

Les livres de Montalembert furent retrouvés à la grande satisfaction^ non seulement du disciple, mais encore du Maître qui entassait à la Chênaie tous les trésors littéraires et scientifiques possibles, afin d'utiliser de son mieux son séjour au milieu des landes et des bois de sa Thébaïde. Il se munissait d'approvisionnements pour la continuation de la lutte qu'il avait entreprise depuis longtemps déjà. Il est certain que si l'école de la Chênaie avait pu se maintenir comme à l'époque de sa fondation, je veux dire sur le pied de la discipline et de la soumission à Rome, elle eût pu renouveler complètement les études ecclésiastiques et combler les lacunes produites autrefois par

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la Rôvolulion, non seulement dans les rangs (lu clerg'é, mais dans ses traditions ellesmêmes, traditions de savoir et d'éloquence ({ui se trouvaient toujours interrompues.

iJe toutes les langues dont il est question dans cette lettre qui renferme, on le reconnaîtra, un assez vaillant programme d'études, celles (jue Bore sut le mieuxl furent l'arabe el l'arménien, sans parler du persan qu'il appi'il à fond plus lard. Il ne fit guère qu'ébaucher le sanscrit, alors professé avec une maestria incomparable par Eugène Burnouf, l'un des plus savants philologues dont s'honore la France.

Ce qui rendait l'étude de ces idiomes étrangers plus difficile encore, c'était le nombre relativement restreint des ouvrages imprimés. Il fallait recourir à des manuscrits d'un déchiffrement pénible, ce qui rebutait bon nombre de commençants. Mais nul obstacle n'arrêtait le jeune Bore à qui son Maître avait communiqué le feu sacré ainsijqu'à ses autres disciples.

La liquidation de V Agence s'achevait. Les ruines allaient s'amoncelant autour de Lamennais et bientôt sa foi restera ensevelie sous les décombres.

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