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auii(^7. (('rliiincnicnl appris plus lard <pio M. Clomhalol (K'hilail partout votre métapliysique, et vous n auriez pu compinulre commcMit moi qui g^arde sous la clef mes cahiers, je laissais divulg^uer ce que vous nous avez défendu de prêter et de faire lire. De plus, ceci pourrait lempècher <le faire dans ses stations de carême (Cju'il vient d'obtenir de nouveau à Saint Roch, pour être peut-être encore rayé plus tard de l'affiche) de faire ce qu'il appelle ses sermons calholiques, et où il prouve tout par la force, lintelligence et l'amour, sermons très médiocres, quoiqu'il les estime beaucoup. Vous pouvez sur ce point consulter Elie qui en a entendu un l'année dernière à Saint Nicolas. Je doute fort qu'il persiste dans l'intention de faire paraître ce qu'il appelle encore sa philosophie catholique. C'est un projet qui lui a passé par la tête, mais qu'il ne mettra jamais à exécution par une bonne raison, c'est qu'il n'aura pas la force ni la patience d'achever son travail. Ce qu'il y a de plus fâcheux pour moi en tout ceci, c'est que M. Combalot me croit son délateur, et qu'il m(î témoigne beaucoup de froideur, bien que je puisse vous assurer que jamais ni par mes paroles, ni par mes actions, je ne lai blessé
164 I.AMKNNAIS 1NT1MI-:
aucunement. Je lui témoigne toujours les mêmes égards et la même eonnance. C'est lui (jne j'ai pris pour Directeur et je n'ai ([u'à m'en louer sous ce rapport.
« J'ai re(ju l'ouvrage de IMicali presqu'en même temps que votre dernière lettre ; la caisse est faite ; outre les livres, vous trouverez les efl'ets demandés par Frédéric et ses cahiers. Demain je la mettrai au roulage. Je n'ai point encore vu le bon ]\I. Marion, je l'attends pour lui remettre vos ordres et les cocos de Louis. J'ai été chez les frères (iaume porter les dernières corrections de M. Gerbet; on ma dit qu'il serait facile de les faire, vu que le tirage n'est pas commencé. Je suis bien content de sa nouvelle résolution de reprendre ses conférences. Les souscripteurs étaient plus que mécontents, et ce manque de parole, joint à la mauvaise issue des affaires de l'Avenir et de l'Agence, nous aurait attiré avec quel([ue apparence de raison, parmi les catholiques, la réputation de véritables banqueroutiers.
u J'ai reçu ces jours-ci une nouvelle lettre de M. Banchereau, vraiment très embarrassante; ce pauvre homme se trouve non seulement ruiné mais encore endetté, et le pire de tout cela, c est qu'il me répète toujours qu'en
eiivovant son .•irirciil à M. W'nillo. il ravorlissjiit (luil nu' int'iiMil pour caution, ce dont M. W aille ne ma jamais rien dit. Je sais bien, il esl vrai, que je n'aurais pu lui donner une ifaranlie, mais si j'avais élé averti à eelte époque, j'aurais évité celte espèce de responsabilité, en le prévenant «lue je ne pouvais lui donner aucune assurance, pas j)lus sur ses fonds que sur les miens, et aujourd'hui il n'aurait |)a«i eu le droit de me rep^arder comme la première cause de son malheur.
(• Je remercie bien voire sollicitude paternelle, qui va jusqu'à s'informer si j'ai besoin d'argfenl. J ai tout ce (ju'il me faul et je ne désirerais (pi'une (diose, c'est f|u"il me fût permis de combler le vide cpie fera nécessaiiement dans votre caisse le manipie de parole de M. ('ombalol. J'ai trouvé même le moyen de me procurer tous les livres qui me sont le plus nécessaires, sans augmenter de beaucoup ma dépense. Suivant votre conseil, je me suis adressé à .M. Bailly, mais il ne connaît que MM. les Lazaristes, (|ui lui ont répondu tpi'ils mettraient volontiers leur bibliothè(pu' à ma disposition. Mallieureusenient ils n'avaient pas de (".hou-Ivin<^, et M. Julien me procurera celui i\r l'Arsenal. 11 esl pour moi d'uiu' extrême
UH> LAMENNAIS INTIME
complaisance, jusqu'à m'avoir prêté sa g^ramraaire de Prémare, que lui a enAoyée Morisson de -Malacca, du collège anglo-chinese. Cette grammaire qui est un chcf-docuvre en son genre a été imprimée en 1830, sur une copie prise à la bibliothèque du Roi par M. Julien lui-môme. La grammaire d'Abel Remusat n'en est qu'une mince analyse.
« Je vous envoie celte lettre, mon Père, dans le paquet que vous adresse M. de Montalembert. Voilà un jeune homme admirable et qui gagne pour toujours le cœur et la confiance des jeunes gens qui l'ont vu une seule fois. Ses réunions font beaucoup de bien. Dimanche, M. d'Ekstein y assistait. Je lui ai demandé le volume que vous réclamez, il m'a promis de me l'apporter dimanche prochain.
« Je vous embrasse, mon Père, vous et tous vos enfants. Comptez toujours sur la tendre affection et l'amour, que j'appellerai saint, de votre grand fils pour lequel vous conservez au fond de votre cœur des sentiments qu'il ne mérite certainement pas.
Lamennais répondait le 12 à son cher enfant de ne point s'inquiéter de l'humeur de M.
cil. m. — 1833 1^7
r,oml)aIol : « S'il se fAchc, tant pis pour lui ». Il insistait (out<>l'ois pour ipiil ne se brouillât l)as coniplrlonicnl avec ce hnire hoiiuiu', \ne\\ iju'il IrouvAt inconcevable ([u'il lui prît .son lini4:e sans même en donner la noie.
11 apprenait ensuite à Bore que son ami Mai'ion renonrail an voyage de Paris. I*our le pauvre M. Banchei'eau, il ne pouvait raisonnablement sen prendre de sa mésaventure à <pu'I(|u"un tpiil navail jamais avisé de rien. Lamennais avouait qiu^ le pauvre Avenir avait été élranyemenl administré ainsi que le reste ; aussi avait-il hâte de voir venir enfin une liqiiidalion dcfinilive.
11 se dérlarait charmé du prochain voyage à Londres de .M>L de Coux et Moneuse et voulait que jusqu'au bout Ton cspérût le succès.
« Cependant, ajoutait-il, jai peine à y croire, comme à tout succès, quel qu'il soit... Si on réussit. Dieu soit loué; sinon, qu'il soit loué encore » !
Bore, nous l'avons vu, désirait la réussite de cette entrepris(; unicpiement parce t[u'il savait l'emploi <pu* LameiHiais voulait faire des ressources qu'elle pourrait lui procurer: un plus
168 I.AMKNNAIS INTIME
(jrand développemenl de ses œuvres pour la gloire de Dieu.
Après lui avoir donni' tlos iioiivollos de ses eondisciples de la (-hônaie et particulièrement de Frédéric, dont il vantait les progrès dans les mathématiques, et de (luérin, i[u'il trouvait porté naturellement à la tristesse^ il rappelait à son Eugène le principe de Petit-Jean,
« Oui veut voya£;or loin, iiuMingc sa inoiilurc ».
Et il continuait :
« jMa monture à moi est fort éclopée ; mais aussi depuis le moment où elle a commencé à remuer les pattes, elle a trotté dans de bien mauvais chemins ».
Pour son malheur, elle devait marcher dans de plus mauvaises roules (>ncore.
Il terminait en demandant avec (pieUpies intentions de messes des ordos et un manuel de physique.
Bore lui écrivait, le 20 Février 1833.
Mon cher Père,
« M. de Coux part décidément dimanche avec M. Moneuse. Ils ont renouvelé ces joursci leurs expériences, parce qu'ils voulaient em-
(II. m. — 1833 IGO
porter avec oux (piclcuio (M-lianlillon, ot ils ont ('lé salisfails du résullal.
» Il so peut, nie (lisail M. de ('ou\, que nuire alVaire ne réussisse pas, mais jusipie à présent, je ne vois pas ee (jui pourrait s'opposer à son succès. Il correspondra régulièrement avec moi, et j'aurai soin de vous tenir vous-même au courant de tout ce ([u'ils feront.
" N'ayant pu me procurer nu Cliou-King' de la Hil)liotliè(|ue, je me suis adressé à .M. de Paravcv, ]iar l'entremise de M. de doux. J'ai été le trouver dimancjie à Saint-(iermain. Il y a l'ait li'ansporter tous ses livres et toutes ses notes (lui occupent trois chambres entières. Il est lancé maintenant dans la botanique chinoise, et il m'a parlé trois (piarts d'heure sur le ri/prcs. Il venait de découvrir (pie le (iuslasp des Parthes par (pii cet arbre a été planté, n'est (pi'un Kmpei"('ur de la Chine, dont le nom est composé du sif^-ne du ci/près. II est passé de là à rex|)lication de ses alphabets que je n'avais pu comprendre dans .son livre, et qu'il m'a fait un peu mieux entendre de vive voix. Il s'y trouve des rapprochemeids ingénieux et frappants, mais ils soîil mêlés selon moi à de prodigieuses inepties. Du reste il a été très^
bon, il m'a encouragé à suivre l'élude du chinois de préférence à toute autre langue, et il m'a répété, ce qu'il dit à toutes les personnes qui Aous connaissent, que vous avez manqué votre vocation et que vous auriez dû appliquer votre génie à l'étude delà Chine.
« Ce pauvre homme, malgré son régime économique de vivre de gruau et de pommes cuites, est fort gêné, parce que les événements ne changent point ainsi qu'il l'espérait, et qu'il ne touche plus un centime de sa pension. Il veut quitter la France et aller se présenter au grand duc de Toscane, en qui il espère trouver un nouveau Mécène.
« Je pense que vous avez reçu actuellement votre caisse de livres. Toutefois, si elle tardait de quelques jours, il ne faudrait pas vous en inquiéter. Il faut dix jours, m'a-t-on dit, mais on peut bien compter sur quinze. Je me suis permis de garder un de vos trois livres arméniens, ce sont les homélies de Sévérien qui m'ont paru belles et que je désirerais lire.
« Vos ordos sont partis de mardi par la poste, francs de port, et vous les aurez probablement avant cette lettre-ci.
<( Je vous enverrai prochainement la petite physique de Bailly, tel est le nom de l'auteur,
si ma nirmoiro no nu» I rompe, .lo (Vrai choisir la dcrnitTO édition.
>< Ce que vous me dites de l'api iliide de Frédérie pour les mathématiques ne métonne point, mon Père ; je l'ai toujours jugé très capable de bien savoir ces matières que l'on appelle abstraites et de les approfondir. Je lui trouvais dans l'esprit beaucoup de pénétration. Ouant à la mélancolie de .Maurice, elle me l'ait peine. J'avais bien cru apercevoir dans son caractère un fond de tristesse, mais je la prenais pour un dégoût profond du monde et pour un elVet de son ardent désir d'embrasser la vie religieuse.
« Ma santé est excellente et je suis vos conseils. Je ne fais aucun excès de travail, toutes mes heures sont réglées et les jours m'échappent avec une rapidité elTrayante ; nous voici déjà à l'entrée du carême. Il me serait impossible de prendre mon premier repas à midi, vu que j'ai à cette heure un cours trois fois par semaine. Je suivrai sur ce point lavis de mon Directeur, j'aimerais aussi beaucoup avoir le vôtre.
« J'ai olTert ce matin à Dieu dans ma communion le temps de la sainte Quarantaine, je lui ai promis de me corriger de mes imperfec-
172 I.AMKNNAIS INTIME
lions, de penser plus souvent à lui olïrir mon travail; bien que je n'aie rien à changer dans l'emploi de mon temps, je me propose de le sanctifier davantage.
« 11 n'est point de jour (jue je ne pense plusieurs fois à vous tous, et particulièrement à vous, mon Père, cpie j'embrasse comme je vous aime -/.
Le l'"' mars, Lamennais répondait à Bore que son envoi était arrivé à bon port. 11 lui disait de ne se faire aucun scrupule au sujet de l'heure de ses repas durant le carême.
« J'espère, ajoutait-il, que Dieu bénira les bonnes résolutions que tu as prises et je l'en prierai de tout mon cœur ».
Il parlait ensuite de M. de Coux et de son prochain départ pour l'Angleterre :
w Que la Providence bénisse son voyage, s'il peut de son succès résulter quelque bien » !
Il l'engageait à voir M. Paravey, si peu attrayante que fût sa conversation: // est vraiment bon homme, observait-il. Et il terminait ce petit billet où règne la bonne humeur par ce mot: s.ipwjo. II se mettait, on le voit.
eu. iii. — 1833 173
on frais dôrudition avec son sarant disciple.
Trois jours plus lard, Lamennais envoyait à Bore une lettre pour M. de ('oux en y ajoutant un second billet où il indiquait à son jeune ami les mesures qu'il jugeait nécessaire de prendre |>our la saiivei^-arde de ses propres intérêts et <le ceux de M. (lerljel.
(Ju(d(iues jours après. Bore lui écrivit une lettre (pie nous n'avons pu retrouver, nous avons seulement la réponse qu'y fit Lamennais.
« Ton atTection si bonne et si tendre, commençait-il par lui dire, est une grande consolation que Dieu m'accorde, au milieu de tant d'amertumes; et je ne suis pas au bout, car j'ai lieu de croire cpiil ne tardera pas de nous arriver de nouvelles tribidalions ».
Il parlai! d'inlrùjaes (pie Ion aurait nouées alors à Bome contre lui. D'autre part, sa situation financière lui paraissait de plus en plus criti(pie. Il se voyait menacé d'une procbaine contrainte par corps et il parlait, pour y échapper, de quitter la l^-;ince, au moins pour un temps il;.
(1) Voir, à 1-0 sujet, In lonçrno iiolo de Blaize. Œuvres inéililes de Lamennais, II, p. 129 et suiv.
« La volonté de Diou, disait-il. 11 n'y a de paix que dans un parfait abandon entre ses mains ».
Et deux lignes plus loin, en parlant de la Providence :
« Quoi qu'il arrive, bénissons-la d'avance de ce qu'elle ordonnera ».
Il se plaignait de Combalot chez lequel il croyait remarquer une absence de délicatesse lamentable et il déclarait ne vouloir plus avoir de relations personnelles avec lui.
II espérait pouvoir faire enfin un voyage à Paris. « Je t'y retrouverai tout Chinois, » disait-il aimablement ; il ajoutait :
« A propos de chinois, as-tu laissé là le sanscrit ? On ne peut étudier tout à la fois. Cependant, je serais fâché que tu abandonnasses cette langue, que je crois principalement utile, d'après la direction actuelle des idées et de la science. Toutefois ta santé avant tout ».
Et il donnait des nouvelles de sa propre santé toujours assez précaire. Il terminait par ces mots :
cil. m. — 1833 175
<i Psous ôlaguons après Je dincv \Mnir te recevoir ».
Bore cepeiulanl Iravaillail les langues orientales avec acliariieinenl, comme ratleslc la longue et très intéressante lettre qui suit.
Paris, le 21 Mars 1833.
Mon cher Père,
« M. de Montalemberl m"a remis votre lettre avanl-hier : je l'attendais impatiemment, parce que dès que je suis une semaine sans rien recevoir de la Chênaie, je crains aussitôt que vous ne soyez malade. Votre santé, d'après ce que vous me dites, serait assez bonne, sans lextrème faiblesse que vous ressentez. Je crains bien que la cause de votre mal ne se trouve dans ces peines morales qui vous affectent si vivement, et que Dieu, pour embellir votre couronne, vous envoie aujourd'hui plus nombreuses et plus cuisantes. La vie retirée et presque tout individuelle que je mène, m'empêche de savoir toutes les nouvelles qui vous concernent, et ce qui se dit à Rome aussi bien qu'à Paris. Je m'en remets sur ce point, ainsi que vous, à la Providence. Toutefois je ne
puis croire quo rcncycliquo obtienne jamais (lu Pape une approbation tUxjmaliqiie [\).
u Heureusement que je pourrai continuer mes éludes sans crainte d'iiéi-ésie, lépiscopat n'ayant pas encore mis le chinois ainsi que l'iiébreu à la censure (2). Voilà ce qui me rassure et ce qui devient à mes yeux un nouveau molli" de marcher dans la voie où j'entre. L'étude de la lang^ue sainte devient de jour en jour plus attrayante pour moi. Je l'étudié avec un saint •respect et je remercie Dieu de m'avoir inspiré de la travailler, parce qu'elle sera pour le reste de ma vie une occasion de me mettre plus souvent en rapport avec son Verbe et son Esprit cachés sous chaque lettre de l'Écriture!
(1) Il s'agit ici, non point il'uno enryclique à proprement parler, mais de la lettre collective adressée à Rome j)ar un certain nondtre d'évèques fran<;ais, Mgr d'AslroB, archevêque de Toulouse, en tète, pour dénoncer au i)ape ce qu'ils ap|)eiaient le lamennaisinnisme, en général, et spécialement cincpiante-six propositions extraites des deux derniers volumes de l'Essai, du journal VAi<enir, d'un livre de Gerbet sur la certitude et du Caléchismc du sens rninmiin de Rohrbacher.
(2) La réllexion est moins juste «pie plaisante. On devine que Bore ne se la permet (jue pour panser l'amour-propre blesse de son Maître, sans d'ailleurs 4ipi)UYer davantage.
cil. m. — \im 177
sacrée. .le lis acIiiclUMiiont Iloséa avec l'ancienne paraphrase de .lonathan (jui accompat^ne le lexle, ainsi que les trois commentaires de Zaïi'lii, ancien rahhin de Troyes, d'A- I»en-Hsia el de Kimclii. Tout ceci se (rouve réuni dans une édition assez soi«i;née des Petits Prophètes, publiée par Hoberl Estienne à Paris, éililion fort rare el que jai achetée, il y a cin([ mois, pour vingt-cinq sols en passant sur les (piais. 11 est très important, selon moi, pour la pleine inlelligence (\u lexle, de se l'amiliariser avec le style dit rahl>inirjue, langage critique et grammatical, fort barbare cpielqucfois, toujours obscur et toujours très dilïerent du style de la lîible, mais aussi nécessaire pour éclaircir le texte, que les scoliastes arabes ou grecs le sont pour les écrivains grecs ou arabes. Par là vous êtes forcé de lire l'hébreu sans points, c'est-à-dire, de faire continuellement rai)plication de toute la grammaire à chaque mot. D'ailleurs, je crois, comme .M. de Sacy, que le meilleur moyen d'apprendre une langue et surtout une langue dite communément sémitique^ c'est de l'aborder et de l'attaquer en quelque sorte avec ellemême. C'est par ce moyen qu'il a régénéré et perfectionné l'étude de l'arabe. La grande
LA.MtNNAlS. — 12.
faute des collèges, c'est de ne pas suivre pour le latin et le grec cette méthode adoptée généralement aujourd'hui. Ainsi M. Burnouf va nous initier à la langue grammaticale sanscrite qui est à ce qu'il paraît la plus difficile pour la terminologie toute de convention et d'une obscurité souvent désespérante (1). De son côté, M. Julien explique l'obscur Ghou- King au moyen du commentaire chinois de Tchoid, et quelle explication plus satisfaisante pourrait-on en avoir que celle des mandarins les plus lettrés ? Je procéderai pour l'étude du syriaque de môme que pour l'élude de l'hébreu ; et j'espère être dans quelque temps capable de lire le célèbre commentaire de saint Ephrem sur la Genèse, que sa profondeur rend très difficile.
11 y a certainement entre l'hébreu, le chaldéen et le syriaque de grandes analogies, et les deux dialectes n'en font surtout, à proprement parler, qu'un seul ; cependant, dans cette unité û y a une grande variété^ soit dans les lois grammaticales, ou dans les nouvelles accep-
(1) La grammaire de Pànini dont il est ici question se compose de formules al<jéhri<jues dune admirable concision: c'est dans son genre un tour de force absolument unique.
en. III. — 1833 179
lions dos mois, ([ui sont iiiTmiio (|uel(|ii('rois opposées.
L'arabo ronronne cl (■oini)lèl(' loul cela avec son Océan ilo mois, Kamais, nom que le dictionnaire arabe porte avec beaucoup de justesse. Toule cette l'amille de lan^-ues si riche, si originale et suivant l'expression que le laborieux Castel met en tète de la préface de son maernificiue dictionnaire (pie vous avez eu la bouté de menvoycr: Illml clariim nepiem (en y joignant l'éthiopien, le samaritain et le persan) slellariim plaiistriim, tiim ah Oriente^ ium a Meridie exorlum ; cette famille, dis-je, est bien curieuse à connaître, et à mesure que j'avance, j"éj)rouve de nouvelles jouissances. Je ne suis élonné que d'iuie chose: c'est que des chrétiens négligent autant cette étude, {{ni est si [)ropre à vous rapprocher de Dieu et à vous le faire aimer. (Chaque jour j'apprends à mieux connaître mon ignorance et à sentir tout ce qu'il me faut de temps et de travail pour commencer à savoir quelque <-i)ose. .le ne me décourage point, parce que rien ne me presse, et que je n'ai pas besoin de savoir comment je pourrai utiliser ces éludes. Je sais qu'en m'y livrant j'accomplis la volonté de Dieu et je ne m'inquiète pas du reste.
" Puis([iu' jon suis sur ce chapilre, il me faut encore ajouter quelques détails sur mes autres occupations. L'étude du persan fait la transition du monde sémitique au monde indien ; par là même cette langue est très intéressante, et on sy attache dautant plus aisément qu'on y fait de rapides progrès, parce qu'elle n'est composée en ([uelque sorte que de pièces de rapport empruntées à l'arabe ou au sanscrit et qu'elle procède dans sa marche simple et analytique comme l'anglais avec lequel elle a une analogie frappante. Jai seulement deux le(;ons de persan par semaine ; après Pâques j'espère en avoir cincj, parce que je trouverai le moyen d'assister aux leçons de .M. Ouairemère qui fait un second cours à la Bibliothèciue du Roi. Demain (vendredi), je vais au Collège de France expliquer Saadi avec M. de Sacy. J'ai été préparer ma leçon ce soir à la bibliothèque de l'Institut, et il ne m'en faut pas moins de cinq pages grandes in-4'', pour une heure, espace de temps que dure la leçon, et pendant lequel j'explique tout seul, parce que je suis le .seul auditeur. Au persan se rattache Varménien (jue j'étudie, mais à bâtons rompus, et seulement parce que le cours se fait le .soir à. six heures, et que j'y vais comme à un but de
CM. m. — I8:i:î 181
proin(MiM(K\ pour l'niro dii^eslion. .]c ne veux pas rlu(li(M- nininloiitnil roWc lnnï<^n<\ mon seul désir est d'eu a\iiir une idre plus ou moins précise, et de reconnaîlre les ia(;ines (jui «pparfienneul au sanseriL
<- .J'ai |)our jjrol'esseur M. de IMorival, (jui a vu à \'euise le Père Aucker el ipii laiuie beaucoup, (lest un excellent homme. Nous sommes tleux à son cours et peut-être scrai-je l)ient(H loul seul, mon compagnon devant aller en Allemagne.
« Je ne puis travailler le sanscrit autant que je le désirerais, par une raison hien simple : c'est que le temps me nunupie el ipu' la leçon se fait à une heure très incommode pour moi. Cependant je trouve le moyen d'y assister deux t'ois la semaine et j'espère cette année en ac(pu''rir une première notion à l'aide de laquelle je pourrai le travailler seul plus tard et d'une manière plus complète. Je n'ai pas, ainsi ([ue vous pouvez en juger, une minute à perdre, (lependanl je trouve le moyen de prendre dans la journée inu; récréation bien suffisante. Mes allées et venues me donnent de l'exercice et me servent de promenade. Je suis toujours au lit à dix heures et le sommeil m'y relient jusqu'à cinf} heures et demie et quel-
quelois même jusqu'à six heures. J'avoue ing-énuemenl, mon péehé de paresse que vous excuserez, je pense, par le désir que vous avez de me voir ménager ma santé (jui est très bonne. Je mapereois que je ne vous parle que (le moi, lors<jue j'ai aussi des choses importantes à dire à !M. '^ierbet. Je vous prie de lui soumettre ce pas.sage de ma lettre (jui le concerne particulièrement.
« D "abord M. Daguerre s'occupe activement de ses conférences ; on devait lui apporter lundi la dernière feuille d'impression, mais les imprimeurs sont gens de peu de parole, et il ne l'aura proljablement pas avant la fin de la semaine.
(( Il me charge de demander à M. (jerbel :
« 1" Sil doit observer scrupuleusement et en tout point l'ordre de la ponctuation du manuscrit. Il s'est permis de supprimer ou d'ajouter quelques» virgules, selon (juil le jugeait tout à fait nécessaire.
« 2" Poussielgue, l'imprimeur, olï're de fournir du papier à un prix assez avantageux, mais M. Daguerre ne le })ren(lrait ({ue sur le conseil de Gaume, le meilleur juge en celte matière.
« 3" M. Daguerre pense qu'il faut metti'e au revers de la couverture le petit avertissement
([ue vous avez envoyé, à la place de ces mots: Chacune de ces conférences recueillies par (jueltfues... jus(ju"à l'alinéa... elles sont puldiées par voie de souscription.
« 4" Après avoir supprimé l'annonce : A Paris, aux taureaux de l' Agence, etc.. pour y subsliluer l'adresse de (jaume. laul-il y laisser celle de Hentluel ?
« 5° M. Jean prélend èlre spécialement charg-é par M. Gerbel de la liste de souscription et il refuse de la donner à M. Daguerre.
u 6" Le cahier de musique réclamé par M. Staedtler, doit èlre maintenant en Belgique à son adresse.
« M. d'AuK a reçu une lettre de M. de Coux, qui vous fera sans doute grand plaisir et qui vous donnera les détails que vous désirez.
« Vous recevrez prochainement et peut-être en même temps que cette lettre, l'ouvrage italien de Pellico que je vous envoie par la poste, franc de port.
« Je vais vous faire passer aussi le volimie de dévotion et ([uelques aulres livres venus de Rome. Je les mels dans un paquet renfermant des cocos que j'adresse à l^ennes.
« Je vous (Mnhrasse, mon Père, vous, M. Gerbet et tous mes autres frères.
« Excusez oc l>arb()uillag'e fail à la liAte et
sans onli-c.
Voire enfant ».
Le programme déludes suivi par Bore eût été capable d'cirrayer tout autre que lui ; mais on lui avait communiqué à la Chênaie le feu sacré qui lui permettait d'opérer des prodiges. Doué d'une facilllé merveilleuse pour les langues, travailleur acharné, il acquit vite des connaissances philologiques étendues et profondes. Ses professeurs le distinguèrent de lîonne heure et le considérèrent à bon droit comme une excellente recrue pour Torientalismc. Bientôt il fut en état de publier dans le Journal de la Société Asiatique des études qui furent très goûtées des connaisseurs. Nul doute, avons-nous dit, quil ne fût devenu un érudit de première force si d'autres soins plus importants encore ne l'avaient détourné de sa vocation scientifique, en absorbant tous ses instants, toute son activité.
Ouelques jours plus tard, il adressait à son Maître le billet suivant:
Samedi.
<< Mon Père, je ne puis vous écrire aujourd'hui (pi'un mot, parce que je veux vous en-
cil. ni. — 1833 185
voyor par le couniei- celle Icllre tic M. de ^lovix, que je rea;^ar<le comme l'orl importanle. \'ous pduirez la communi([uer à M. Blaize. Puisse le Ciel ravoi"iscr jusipiii l;i (in celte entreprise 1
«' Avez-vous reru Pellico! La pclile P/n/sitjiie (le Hailly esl en roule. .le l'envoie par le pacpiel (le Rennes. La conlerencc de .M. (icîrbel va paraître.
« Je me porte l)ien. .lai vacances pendant la quinzaine de PAcpies, jen profiterai pour me reposer.
« Adieu, mon Pi're, je vous embrasse de loul mon cœur, vous et tous les V()tres,
Votre enfant ».
Pellico (''tait l'orl à la mode, à celle (''poque, dans le camp romanti(iue. Le ri'cit de sa caplivit«* sous les plombs de Venise et dans la forteresse du Spielberi^ passionnait les esprits. Lamennais dut lire Le mie Pri<jioni avec un Apre plaisir. Sa bai ne de la tyrannie et mc^me delà royauté, qu'il confondit trop souvent avec elle, y trouva un aliment tout prêt; non que le bon Silvio déclame contre son bourreau; mais la description ([u'il fait d(; ses tortures est
ISC) LAMENNAIS INTIME
(l'aulanL plus saisissante qu'il use d'un ton calme et, du moins en apparence, modéré.
Le '2S) mars, Lamennais écrivait à Bore pour lui recommander de ne point s excéder de travail; il l'approuvait de prendre tout le sommeil dont il avait besoin. « Ne t'en fais aucun scrupule » lui disait-il.
Puis, après avoir parlé de M. Gerbet et de ses conférences, il entrait dans de curieux détails sur la trop fameuse huile minérale dont il est si souvent question dans cette correspondance. Deux grands inconvénients balançaient les avantag-es que pouvait présenter son emploi : elle dégageait avec beaucoup de fumée une odeur désagréable; les longs verres que l'on adaptait aux lampes n'étaient qu'un palliatif insuffisant, d'autant plus que les Anglais, du moins ceux d'alors, avaient le mauvais goût de ne pas aimer les verres à longue cheminée. Le pauvre Lamennais, qui leur en faisait presque un grief, ne se doutait pas que tout le monde est un peu anglais sous ce rapj)ort. Il observait avec assez de naïveté que sans cela Va/faire serait sûre et magnifique:
« Même avec ces inconvénients, ajoutait-il, si les résidus olfrent les avantages qu'on en
CM. III. — 18.r> 187
altcnd, yi. do Coux !>p tlalle enooro (luclle sera aiijn'rhe, c'est son mol ».
Suivant son lialiiliitlc, il poursuivait une nouvelle cliiinère, non moins nol)le que les autres. peut-tMiv. à cause de son but. L ne nouvelle déception latlendait.
Il accusait réception du livre de Silvio Pellico. Le mie Prigioni , et annon<jait à Bore «[uil aurait bientôt la visite de Mac-Carthy : " Accueille-le comme un l'rère. (Test un jeune homme excellent, plein dame et d'un rare mérite ■>.
Il se prétendait, pour ce qui le concernait personnellement, de plus en plus résigné à la volonté de Dieu et parfailement tranquille. « .le ne veux que ce qu'il veut et ce qu'il voudra amènera certainement le triomphe de la grande cause que nous détendons. INIais auparavant, nous aurons beaucoup à souflrir de la part des hommes, aveuglés par les passions n.
Boré, (juinze jours après, écrivait à Lamennais: