H. III
(lent leurrlahlissemont. M. de Gourgas veutles (|uitlcrol cola par une l)onne raison, c'est qu'il peut chacjue jour éprouver le même sort que I)aiii»rée. Il voudrait élever ici une institution et il en cherche les movens, je souhaite beaucoup (pi'il puisse réussir. M. Lcl'ebvre ma lait remettre trente francs.
" Je continue à amasser, le plus que je puis, ce que vous appelez avec justesse des scies, des rabots, des haches, etc., car les langues ne sont pas à elles seules une connaissance, mais un instrument de connaissances. Je cherche à devenir un bon forgeron et à bien manier mes outils atin de pouvoir utiliser mon art, si toutefois je parviens à en acquérir un véritable, en l'appliquant au but que vous me proposerez. Ici surtout l'état d'apprenti est rude et long, et il faut réellement avoir quehpie vigueur dans les bras, ne serait-ce que pour remuer et porter mou Caslel, ainsi que dans les jambes, pour courir quebjuelois trois fois le jour à trois cours dilVérents. Heureusement ces parties sont bonnes chez moi. Je voudrais pouvoir vous en dire autant de la tète.
" J'attends encore la grippe; presque toutes les personnes qui m'entourent ont payé le tribut. Uuoique cette maladie ne soit pas dange-
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reuse, elle a le grave inconvéïiienl de vous abattre pour près d'un mois.
« Mon cœur, mon Père, se tourne l)ien souvent vers la Chênaie. Car là est celui (|u"il aime mille lois plus que soi-même. Je n'oublie point vos enfants qui vous entourent, et quoi- <iue absent comptez-moi toujours jinniii eux.
Votre Eugène ».
Le 2 juin, Lamennais répondait à cette longue missive. Il commenc^ait par autoriser Bore à prêter à Combalot ce dont il avait besoin.
<( Ce pauvre homme me fait pitié. Je ne doute pas qu'il ne soit, persuadé des choses qu'il t'a dites, bien qu'il y ait à peine un mot de vrai. // vit dans une almnsphère d'illusions ».
Lamennais hii ressemblait assez sous ce dernier rapport, il faut l'avouer; mais il ne s'en doutait guère. C'est ainsi tpi'il croyait encore au succès de la fameuse huile minérale, et cela en dépit de ses assertions précédentes :
« Je me tiendrais aujourd'hui l'ort heureux, si le schiste payait ses frais. Toutefois il faut conserver quelque espérance jusqu'au bout ».
Il approuvait les arrangements pris par lîoré au sujet de son logement. Il lui demandait si
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M. d'Aull lo savnit Jans sa t/rande maison: et s'il viondrail à la ('.Iiôiiair. ('.oinnii^ l'on- dcvail j^asser SCS vacances sons le loil li()s|tilalier de <"elte riH'haïde, l.anieiuiais ajoulail :
■ 11 nie larde bien de l'y emljrasser. Dès que les cours cesseront, viens t"v reposer sur le cœur de Ion pauvre père (pii I aime lanl et qui compte avec tant de peine sic , les jours ([uil vit séparé de toi ».
11 j)arlait ensuite de ces Messieurs de Jailli/ <lont il taxait tout uniment la conduite de folie. Il regrettait que M. de Gourgas ne se fût pas joint à lui « mais, observait-il, chacun se conduit par une puissance qu'il ignore lui-même ».
11 voulait bien aussi revoir iJaubrée; toutefois il désirait tiuavant tout, il réussît à se dépêtrer des liens qui l allorluiienl (tu diocèse de Paris.
IVeuf jours plus lard. Lamennais écrivait d(; nouveau à Bore. 11 lui niandail au sujet de M. de ('oux :
« Ses espérances sont bien déchues, je crains beaucoup qu'elles ne déchoient encore. Les miennes soni tombées de moins haut ».
L'on devine qu'il s'agit toujours du fameux,
trop fameux schiste ([ui lui avait inspiré à luimême quoiqu'il en dît, tant et de si fortes illusions.
Après lui avoir recommandé difïerentes choses, il donne à Bore des nouvelles de la Chênaie. Gerbct venait d'y rentrer, son petit voyage de trois semaines lui avait fait <hi bien. « Pour moi, sans être malade, je suis très faible et comme épuisé ».
11 lui demandait en terminant de se renseigner sur un certain libraire, ancien associé des frères Périsse, qui se proposait de vendre ses ouvrages.
En dépit du retentissement considérable de ses livres, peu d'entre eux réussirent à lui procurer des ressources importantes. Le fameux pamphlet, les Paroles (Viin crui/ani, enrichit surtout l'éditeur, comme Lamennais s'en expliquait un jour à la sœur Rosalie qui, entendant de tout côté parler de ce livre qu'elle ne connut jamais autrement, jugea qu'il avait dû faire la fortune de son auteur ; et, en toute simplicité, elle était venue demander à celui-ci une part du bénéfice pour ses pauvres.
Sur la fin de sa carrière, il ne vivait plus que du produit de sa traduction de Vlmitalion: « Sans cela, je mourrais de faim », disait-il un