‹ Lamennais intimeChapitre 27 sur 54 · CM. 111. — 1833 •21U · texte numérisé non relu

CM. 111. — 1833 •21U

jour à son ancien disciple, y\. llouel, (jui clanl tle passage à Paris, l'clait venu visiter, longtemps après sa déleclion.

Lu reçu sigiU' i\v sa main, à la date du P'" septembre 185"2, allesle (|ii d louchait encore, de ce chel" seul, cinq renis francs par mois. .Mais la meilleure parlie de ces ressources était consacrée à l'exlincliou de délies coniractécs à la suite de spéculai ions malheureuses. Toutefois, à sa mort, ses droils d'auteur, joints à ce qui lui restait de ses biens, furent évalués à deux cent mille francs environ. Il n'avait pas su jouir de cette fortune puisqu'il vécut presque toujours dans la gêne.

Bore écrivait à son Maître :

I^aris, 14 juin 1833.

« La dernière lettre de M. de (-oux était adressée à sa famille qui me l'a communiquée. Les nouvelles sont assez importantes.. Voici ce quil nous apprend (Unis quelques lignes dune extrême concision : « L'expérience faite " au Tunnel a fort bien réussi. Le gaz que ■• nous avons obtenu de notre schiste donne « une lumière aussi éclatante et aussi abon- « danle que celle du gaz de charbon. Seule- « ment les réservoii"s et les tuyaux s'engor-

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« gont pins vile. Si nous parvenons à remédier « à ce délauL ou du moins à l'atlénuer, la dé- « couverte sera aussi grande et aussi belle « que je le pensais d'abord ». Vous voyez, mon Père, l'espérance succéder aujourd'hui au découragement des lellres précédentes ; ceci est assez dans le caraclére de M. de Coux, de sorte que je nosc encore espérer. Toutefois, il ajoute que le Monsieur aux .'îOOO livres sterlings allait positivement les lui donner, convaincu qu'il était par les dernières expériences de la vérité de la découverte.

« Je vois assez souvent M. Blaize, et il me tient au courant de ses affaires et des vôtres. Belin ne veut pas traiter, et M. Blaize l'a fait assigner mardi. Si cette première démarche ne produit sur lui aucun eil'et, il lui enverra lundi prochain une assignation à son compte.

« M. Combalot a lecu votre lettre. Il ne doit .garder, m'a-t-il dit, (pie des draps, des serviettes •et des bois de lit. Dans tous les cas j'en aurai une note détaillée.

«Nous quittons notre maison la semaine prochaine, ('e déménagement va moccuper plu- +»ieurs jours, parce que je tiens a mettre tout <lans le plus grand ordre et à recueillir les

cil. 111. — 1833 221

ohjols ([iii so Irouvaionl dispiM'srs cho/ ces l)anios.

(' .II» no vous ('cris (luo ces mois aujoiird'liui, mon Pt'iv, ri à la liAlo, parce <nie je veux proliler lie Toceasion de .M. de .Moulaleniherl. Je vous promels [tour la prochaine l'ois une lellrc plus Ionique, .le vous iMuhrasse.

Votre E niant ».

« Mille choses à tons ces Messieurs ».

Onehpies jours plus lard, nouvelle lettre où il lui raconte an ioni;" les agissements du bon P. ConibaloL un ami fort compromettant jus- (ju'alors et (pii deviendra hienlot un adversaire irréconciliable, c'est assez l'ordinaire.

Paris, 2.-) juin 1833.

(• .lavais linlenlion, mon Père, de donner à M. de Moiilalcmbert ou à M. lîlaize une lettre pour vous, mais ces Messieurs sont partis dansdes jours où j'étais si all'airé (juc je n'ai pu trouver un instant pour vous écrire. Je les ai charf^és de vous otlVir de vive voix tout ce que l'amour le plus Icndrc peut suggérer au cœur d'un tils et sans aucun doute on se sera fidèlement acrpiillé de celte commission, ('e surcroît d'alVaires provenait des embarras d'un

déménap^cmenl. Pendant près de trois jours on n"a fait que transporter des meubles, des effets et des livres. Si notre mobilier est peu somptueux, il est cependant assez Aarié, et je trouvais toujours quelque chose nouvelle. Il a fallu en quelque sorte arracher pièce par pièce tous les objets prêtés aux dames de M. Combalot. Elles avaient accaparé toutes les chaises et surtout tout le linge le plus propre que j'avais apporté il y a deux ans, à tel point, (jue, pendant toute Tannée, je n'ai pu avoir une seule serviette de toile. Elles m'ont restitué tout ce linge, parce que j'ai dit qu'il m'appartenait personnellement et c[ue les droits de M. Combalot qui répète toujours que c'est lui qui a tout payé et acheté, ne pouvaient s'étendre jusque là. Toutefois ces dames ont usé de la permission que vous avez accordée à ]\I. Combalot de garder les elTets dont il avait besoin et elles m'ont remis cette note que je conserve soigneusement. Je doute qu'elles aient détaillé tout ce (lu'elles gardent, et cela parce que l'habitude d'user de ces choses aura pu les leur faire confondre avec celles qu'elles ont achetées, et la preuve en est que la bonne Jeanne, en bravant le mécontentement du P. Combalot, est parvenue à recouvrer plusieurs

objets et, ijfrAce à elle, nous avons peu de chose à regrellcr. Les désagréments que ma attirés celte espèce de communauté de biens, sont une leçon pour l'avenir, et lélude approfondie que j'ai iaile du caractère du P. (^-ombalot ma convaincu que vous deviez en tout vous séparer soigneusement de cet homme, parce qu'il ne cessera de vous harceler et que les services qu'il est toujours disposé à vous rendre, par lefTet de son bon cœur et de son dévouement réel et peut-être même trop personnel et trop passionné pour votre cause, seront compensés par mille bévues que ne commettrait pas un enfant. Sa mobilité de tète est elfrayante et ses exagérations méridionales ne permettent pas de compter sur aucune de ses paroles. Il s'est retiré, m'a-t-il dit. pour plusieurs mois, dans une maison de campagne située à Montmorency, mais je prévois d'avance qu'il n'y tiendra pas longtemps; il lui faut du mouvement et de l'action, et j'ai grand peur qu'il ne vienne s'établir dans mon logement qu'il a trouvé fort agréable. Il s'est mis tout le clergé de Paris à dos, et s'il a opéré un grand bien, ce carême, par ses sermons, il a détruit le bon efTet de ses prédications luimême, puisqu'on lui ferme la porte des églises,

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et cela principcilomenl à cause de la trop grande chaleur qu'il met à attaquer les abus de sacristie et l'apathie du clergé, reproches qui sont, aux yeux de beaucoup de gens, dictés par la passion et qui attirent par contre-coup des reproches à ce qu'ils appellent Vécole.

« -M. de Montalembert, ([ui a vu ma nouvelle maison avant son départ, vous aura dit combien nous sommes logés confortablement. Tous les jours je m'applaudis davantage de la bonne aftaire que jai faite, cependant nous courons une chance et d'un trimestre à 1 autre on peut nous prier de sortir. Heureusement la distribution de la maison qui ne peut se louer que pour une fabrique ou une usine, me permet despérer une prolongation de séjour. Nous sommes dans une solitude complète et Jeanne fait tout notre ménage. Cette manière de vivre beaucoup plus économique ressemble tout à fait à la vie de famille. Je sers de père aux trois jeunes gens qui sont près de moi. Ils ont tous un charmant caractère et nous nous trouvons très heureux. i\I. de Monlalembert m'a fait espérer, mon Père, qu'il vous amènerait avec lui. Je n'ose trop me repaître de cette espérance dans la crainte d'être déçu. Cependant

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je vois boauconp do raisons cpii pcuvoiil vous eiiifai^or à venir.

-. ( le voyage nous servira de dislracl ion. \ ous ne l(»nd)ere/. pascomnie aulreluis dans le (ovirhilltin de Paris; \«)ns auriez i<M le niènu' isolenuMil (|u à la Chênaie en lixani un jour dans la seniaiiu^ pour vos réeej)lions; vous aurez un ^rand jardin, deuxg^randes pièees, chaudes et propres et isolées du reste de la maison ; vous pourriez veiller vous-même à vos propres affaires ; vos rapports avec les hoiniues et vos entretiens contribueront toujours à pi-opaj^er la v«''rilé. (Juaiil aux laisons déeononiie dolueslitpie, je i)uis dire (pu' voli-e présence nau^nuMitera pas de beaucou[) ma dépense, car je ne serai pas obligé de chani^cr ma cuisine. Si d'ici la (in des vacances vous trouvez des ressources, ces Messieurs viendraient vous retrouver, (^cst ici ({u'on trouve les véritables moyens de tra\ail cl il me sendjie (pie latmosphère seule de Paris est un stimulant puissant. L'espoir de vous voir m'a empêché de vous assii^ncr an jnsle ré[)o<pie où j'irais à la (Ihènaie dans le cas c(uilraire.

« Les dernières nouvelles de .M. de Couxsont moins f'avorahles. il atten<lait encore l'argent de son ami et il lui a\ait donné de délai jus-

LA.ME.NNAIS. — ITi.

2"2<> L.VMKNN.US 1NTIMI-:

qu'à vendredi dernier. Je trouve qu'il agit avec une extrême lenteur el avec une sorte de mollesse qui fait le fond de son caractère. Il n'était plus question cette fois de l'expérience au gaz. du Tunnel et il me disait que ce qui arrêtait toute l'affaire, c'était la mauvaise odeur de l'huile.

« J'ai bien regretté que la lettre de M. de Montalembert qui m'annont;ait que votre calice était déposé chez Mlle de Lucinière me soit arrivée trop tard pour que je pusse vous l'envoyer par M. votre beau-frère qui partait le lendemain matin. J'ai été chez Mlle de Lucinière et sa bonne m'a dit qu'en effet elle avait le calice et qu'elle attendait la première occasion pour le faire parvenir. Je ne suis pas entré, Mlle de Lucinière était indisposée.

« M. Blaize vous dira que je me suis arrangé avec M. Gaume pour les livres déposés à l'Agence, moyennant un dixième de remise.

« M. Daguerre m'a dit, hier, que la conférence de M. Gerbet paraîtrait sans doute cette semaine et qu'il ne s'était pas beaucoup pressé afin de lui laisser de la marge pour achever les autres, mais qu'il lui serait facile de mettre dorénavant moins de délai entre chaque publication. 11 y a eu des retards à

cil. m. — ISXi 227

cause du papier nui était épuisé et on ne pouvait en relrouver (Je pareil. J'ai remis à M. Daguerre soixante IVancs provenant de trois abonnements aux conférences de philosophie, ar<J!fenl qui lui servira à payer riinjirimeur et le papetier.

« Je n'ai pu laiiv à l'abljé Daubrée aucune proposition, ayant appris qu'il était décidé à entrer dans la congrégation de M. Guéranger. Quant à M. de (ioiirgas, il veut rentrer dans riniversité, il se prépare à une thèse de doctoral, coiuUtion posée par M. Villemaiu pour son avancement.

« P. S. — ^les respects à !M. de Montalembert. J'ai renouvelé votre abonnement à VEcho. Adieu, mon Père, je vous embrasse tendrement, vous, M. Gerbet et vos enfants.

Votre dévoué fils, E. B. ».

Il va sans dire que nous n'avons pas à défendre la mémoire du P. Combalot contre les récriminations plus ou moins fondées d'Eugène Bore. Nous croyons toutefois que celuici n'avait que trop de motifs de déplorer la communaulé de biens dont il parle ; ce petit

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essai de communisme ne pouvait réussir, surtout avec un tempérament plein de fougue tel que celui du zélé missionnaire.

On voit ([u'à cette époque (1833), IMontalembert continuait dèlre l'hôte assidu de la Chênaie et (piil pensait avec Bore que les rapports et les entretiens de Lamennais contribuaient toujours à propager la vérité; aussi voulait-il en jouir le plus possiI)le. Il ne se doutait i>uère que son .Maître lût déjà perdu pour l'Église.

Paris était aux yeux de Bore le paradis des travailleurs, comme on a parfois surnommé cette ville où se rencontrent la plupart des célébrités scientifiques et littéraires de la France, sans parler des autres, naturellement.

« On peut travailler ailleurs cpi'à Paris, avons-nous un jour entendu dire à Renan, mais il est bon de passer par ses écoles, afin d'y recevoir le sacrement ».

l"]n dépit de l'idée de décentralisation qui hante un peu toutes les cervelles... provinciales, Paris conservera longtemps encore son attraction absorbante.

L'airaire du scliiste allait de mal en pis ; €ettc correspondance, le lecteur ne s'en est que

Irop ;ipcn;ii, en esl (Micomluvc. Ouil iircniK" p;ili(Mico; ollr \ a hitMilùl (lisj)ar;ulro l)riis(|UOnicnl, sans ipiil cii soil plus jamais (picslion. Lanioiinais aiii-a <iiIm mic noincllt' (h'ccpl ioii ri et' sera loul. (loi cxcinplr nionlrc combien les choses parfois les pins niesciiiiiies, du moins quanl au résultai , peuvent prendre de pince dans la vie d"uu lirand rspi-il.

Lamennais s'iiupiiétail du calice qu'il avait laisse'' à Paris ; encore (piehpies semaines, (piehpies mois au plus, rr lui sera devenu un objet inutile dont, sans doute, il se débarrassera au plus vite, f'/est ipialoi-s il aura cessé toute l'onction sacerdotale. Lui (pii aulrel'ois refusait d'useï" dune dispense de bréxiaire, ne priera plus, bannira de son Ame loul sentiment chrétien et ne gardera plus, à la place de ses croyances premières. (pTune vai^fue relii^iosité (pii n'en sera même pas l'ombre. Tel est le déplorable étal vers lequel il s'acdicmine désormais.

.Mai>^ afin ([ue le lecteur sache |)lus exactemenl la situation d'esprit de Lamennais à ce moment précis, il nous pernietlia d'em- |)runter à la |)arlie de sa correspondance publiée j)ai' l'org-ucs les passages suivants.

Il écrivait, le l""^ août de celte même année, à

Mme (le Senfït (1).

« ...Les hommes qui m'ont persécuté continuent, tant qu'ils peuvent, de me desservir près du Pape ; je ne sais quelles calomnies nouvelles ils ont inventées ; le fait est (|ue, dans un Bref adressé à l'archevêque de Toulouse (2), je suis de rechef maltraité, à raison^ est-il dit, de ce qiion répand dans le public. A moi maintenant de m'informer de ce qu'on répand dans le public , chose facile , comme chacun le voit. J'ai une autre idée de la justice et il m'aurait semblé qu'avant d'essayer de flétrir un homme par des soupçons injurieux, il eût éj-é du devoir de lui faire connaître les motifs qu'on croyait avoir de se plaindre de lui et d'écouter sa justification ; il paraît qu'on en pense autrement à Rome ; et l'on m'a d'ailleurs, depuis deux ans, tellement familiarisé avec les procédés de ce genre, que Dieu me fait la grâce d'en être fort peu ému. Il sait tout, et cela me suffit. Je laisse aux intrigants

(1) II' vol., 302 et 303.

(2) Le 8 mai 1833. II s\ngit de Mgr d'Astros. Voir plus haut p. 176, note.

CH. m. — 18,33 231

les succès (!(» (•(* monde: ils sont l'aHs pour eux et non pas j>our moi. Au surplus, l'on a cru pcul-Olrc devoir aux c\c(pu*s français, sitfnatairos de la censure, nue consolation pour l'échec liumiliani (pi'ils oui reçu, et il ne pouvait ifuère y en avoir de j>lus douce pour eux (piun souftlet sur ma joue. Opendant mes doclrines restent intactes, el il demeure seulement constaté, de plus en plus, que le Pape craint et désavoue complètement mes vues politiques. Dans leur rapport avec le gouvernement de l'Église, il est juge et je ne le suis pas; à lui le commandement, à moi l'obéissance ; c'est mon devoir, el, grâce à Dieu, j'espère n'y manquer jamais. Mais en dehors de l'Église, <lans l'ordre purement temporel, et plus particulièrement en ce (pu touche les intérêts de mon pays, je ne reconnais point d'autorité qui ait le droit de mimposer une opinion ni de me dicter ma conduite. Je le dis hautement, dans cette sphère ■ — <pii n'est pas celle de la puissance s|)iriluelle, — jamais je n'abdiquerai mon ind(''j>endance d'homme; jamais pour penser et pour agir, je m? prendrai conseil (jue de ma conscience et de ma raison ».

dette attitude, Lamennais la gardera jusquà

LAMENNAIS INTIMK

la fin. Ses idros iV'pnljlicaines l'avaiciil rendu odieux à lépiscopat IVnnrais, presque aulanl que ses opinions ullramonlaines. Or, le 5 lévrier préeédent, il éci'ivail au comte polonais Rzewuski (jui , suivant l'orgues, élait eniré arec une ardeur extrême dans ses rues sur la régénération démocratique du catholicisme (1):

« 11 ne nie paraît pas exact de dire (jue le Gallicanisme est plus favorable (pu' IL'lIramonlanisme à la liherlé. Ces deux doctrines, dans leur jirincipe, se réduisent à la (pu'slion de la servitude ou de ralTranchissement de l'Eglise. Or, l'Eglise, c'est l'intelligence , le spirituel de l'homme, et quand le spirituel de riiomme est esclave, tout l'homme est esclave ».

A l'entendre, la polit icpie des Papes, en s'inleodant aux monarchies, arait fait au genre humain des maux incalculal>les. « l']lle aurait tué et tuerait encore la lleligion, si la Religion pouvait être tuée. La doctrine qui enferme l'alTranchissement de l'Eglise, enferme l'alVranchissement des peuples ».

(1) Correspondance elc II, 'J(>5. Noie.

eu. m. — 1833 235

A SOS yt'ux, (U's l(»i-^. une it'lonur s'iinposail. iiiic i-t'IoiMiio radicale.

" (".(' sera IcLnivro de Dieti , obsorvait-il ; alloiulons ses niomoiils, cl jxjur no pas agir avouii^lômonl , poui- no j)as nous exposer à l'aire iieul-ètro l>eaiicoup plus de mal (jnc de l)ien, i-enfornions noire aelion dans la sphère polilicpic el dans celle tic la seienee » (1).

l-^nfin, dans sa leiii'e an Souverain Ponlife, dalée du 4 Août. Lamennais laisail colle dou- I)lo décjaralion :

« Je déclare l"que par loule sorte de molifs, mais spécialemcnl ])arco cpiil n'api)ailienl (piau chef de TK^Iisc de ju^ci- Ac ce cpii peul lui èlrc bon el ulile. jai piis la résolution de rester, à l'avenir, dans mes écrits el dans mes actes, tolalomont élranii^er aux alTairos cpii la louchonl; 2" cpie jxMsoiine. i,^ràco à iJion, n'est plus soumis ([ue moi, dans le fond du cœur et sans aucune réserve, à toutes les décisions émanées ou à émaner du Saint-Siège Apostolicpie, sui- la doctrine de la foi et des mœurs, ainsi (piaux lois de discipline poi-tées par son autorité souveraine.

(\) Fl.i.i. 2r)7. •.>fô.

« Tels sont, trrs saint Père, disait-il en terminant, mes sentiments réels, ét.nblis d'ailleurs par ma vie (Milière. Oue si l'expression n'en paraissait, pas assez nette à Votre Sainteté, <pi"Elle daigne elle-même me faire savoir de quels termes je dois me servir pour la satisfaire pleinement: ceux-là seront toujours les plus conformes à ma pensée, qui la convaincront le mieux de mon ol)éissance filiale » (1).

Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit ailleurs (2) au sujet de cette déclaration. Nous nous bornerons à constater que son auteur, en prenant l'attitude que nous voyons, s'engageait dans une route qui, à son insu bien certainement, allait le conduire aux abîmes. Lorsqu'il publiera les Paroles d'un croi/ant, il s'imaginera de bonne foi n'avoir nullement contrevenu à sa promesse, parce que les problèmes redoutables (juil y pose (il n'en résout aucun) lui paraîtront de l'ordre exclusivement politique et civil. Aussi la nouvelle condamnation ([u'il encourra de ce chef, il la regardera comme un al)us de pouvoir intolérable et il ne gardera plus aucun ménagement,

(1) Ibid. 304, 305.

('2) Lamennais, de. II. lir», nouvelle étlilion.

cil. m. — 1833 235

comme lo iirouveront les Affaires de Rome cl tant d'autres pam|ililels (nii scchclomieront désormais, sous foules les loruies, juscju à la liu de son existence orageuse.

I)«'s à présent, nous avons voulu établir cette situation de Lamennais. Bore ne la pouvait soupçonner, pas plus qu'il ne pouvait prévoir cet avenir prochain qui pour nous est un passé lointain déjà; il ne faudra point l'oublier, lorsque nous le verrons donner à son .Maître qui n'était plus ce qu'il croyait, des éloges ([uc certes il lui eût refusés s'il avait soupçonné la vérité et qu'il lui refusa, en réalité, le jour où le voile se déchirant, elle apparut à ses yeux non moins attristés qu'épouvantés.

11 est temps de reprendre la correspondance du Maître et du disciple.

Le 5 août, Bore écrivait à Lamennais :

Mon cher Père,

« Voici longtemps déjà <[ue je n'ai eu le j)laisir de vous écrire, silence qu'il faut attribuer d'une part à l'arrivée de M. (ierbet qui s'est chargé de votre correspondance et de l'autre à l'espoir ((ue j'avais d'aller vous trouver assez prochainement. Je suis obligé de dill'érer mon voyage pour plusieurs raisons. La première

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est l'anivéo de M. de Coiix qui ne peut larder de revenir et de l'afTaire du(|nel je vous parlerai tout à riieure. 11 est tivs iuiportanl cjue je le voie et <[ue je sache positivenieni ce qu'il espère et ce qu'il fera. En second lieu, comme nous n'avons été jusqu'ici que provisoirement dans celle nouvelle habitation, il faut que je sache si nous ne serions pas obligés de déménai^er pendant mon absence, car je ne pourrais chari^er M. (ierbel, (jui restera seul, de tous ces embarras. De plus, mes professeurs de chinois et d'arménien prolongent leurs cours et cela, en (juclque sorte, à cause de moi. Dans tous les cas, j'espère être libre de ma personne dans les premiers jours de septembre, et je pourrai aller vous eml)rasser, vous et mes frères.

« Pour en revenir à M. de doux, je viens fort à j)ropos de recevoir de lui une lettre portant la date du P'' août. M. (îerbet a dû vous dire que ce M. Devereux qui lui promellait de l'argent depuis si longtemps, le leurrait et n'en avait point, ou plutôt voulait le dégoûter, comme il le dit aujourd'hui, afin de lui acheter à bas prix son brevet. In tenqis précieux a donc été perdu, malgré les conseils de M. de Coux, père, qui connaissant l'homme à

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