L.\MKNNAI^. - h't
je vous écrivais, et dans ma lettre, je vous annonçais mon arrivée prochaine à la Chênaie. Je me réjouissais d'avance du plaisir que je goûterais près de vous dans cette demeure qui me rappelle tant de précieux souvenirs, et voici que mes projets sont tous déconcertés et cela par une lettre que j'ai reçue hier. Vous en jugerez ainsi assurément, mon Père, lorsque je vous aurai expliqué l'affaire. Cette lettre en question vient de Munich, de mon frère. Léon me fait part dune résolution qui n'est plus un simple projet, puisqu'elle est à moitié effectuée. Il prend un dernier parti, dont il ne m'avait jamais parlé, ni dans ses lettres, ni à son dernier passage à Paris, et ce parti, c'est celui de se marier. Cette nouvelle m'a étonné, non que je ne crusse la chose possible un jour, mais je ne pensais pas que l'époque en fût aussi rapprochée. Cet événement qui décide du reste de sa vie, m'aurait profondément affligé, si la personne qu'il prend étail une espèce d'aventurière, appartenant à une famille inconnue ou peu recommandable. Heureusement, il n'en est point ainsi. C'est M. de Moy qui lui donne sa fille, sœur de M. Ernest de Moy, jeune homme fort distingué, professeur de droit à l'Université, et ancien correspondant
eu. m. — 1833 -243
<hi Mémorial et de l'Avenir. Voici tantôt près (le lieux ans. ajoufe mon frère, (luil y piMisait sérieusenieiil el il ne s'est décidé ([ne sur le conseil de ses amis et sur un ordre exprès de son tlirecteur, qui lui a déclaré que, d'après la connaissance qu'il avait acquise de son caractère, il voyait clairement qu'il n'était pas appelé à l'état ecclésiastique. Je ne pouvais, ni ne devais, mon Père, faire aucune représentation à mon fi'ère. .Je dis ([ue je ne le pouvais pas, parce qu'il m'annonce que le mariatje est décidé, et les jours de la célébration sont fixés au commencement d'octobre. D'un autre côté je ne le pouvais, parce que mon frère est entièrement libre de sa personne et que d'ailleurs je n'avais rien à lui objecter. En elï'et, la femme (pi'il j)r('nd. jeune personne de \in<'t-deux ans et fille unique, a toutes les qualités désirables; elle a son père et sa mère, gens aussi vertueux qu'estimables el qui, en gardant mon frère près d'eux, pourront le diriger... Maintenant je viens au fait (pii m'empêche daller vous voir. Léon et toute la famille me prient instamment d'aller assister à son mariage. Chéri ne le peut, vu sa charge d'inspecteur des forêts, qui l'oblige à résidei- dans son département lors de l'ouverture de la chasse. Ma sœur ne peut
laisser son enfant, ou se transporter avec Ivii et son mari à nne aussi grande distance. Le reste de notre famille est brouillé avec Léon, depuis qu'il est venu chez vous. Il serait donc seul, chose aussi mortifiante pour lui qu'inconcevable à la famille de sa femme. De plus, il me dit qu'il a choisi exprès le mois d'octobre, parce qu'il sait que je suis en vacances à cette époque et que je suis libre de mon temps; que si je ne vais pas à Munich on dira cjuc je suis retenu. M. Gerbet avec qui j'ai longuement causé de tout cela hier soir, comprend la nécessité de mon voyage, voyage qui vient me distraire de mes études et m'entraîner dans une grande dépense d'argent et de temps. Il faut l'obligation sacrée d'un devoir et la crainte de troubler l'union de mon frère, pour menipècher de refuser. Puisqu'il faut que je parte, je désire avancer le plus possible mon voyage, afin de revenir à la fin d'octobre. Plus je resterai de temps à Munich, moins ma dépense sera grande, la vie y étant bien moins chère qu'ici, et plus je profiterai sous le rapport de la connaissance de la langue. Toutefois je ne puis partir avant le 9 du mois prochain, et j'espère, d'ici ce temps, voir M. de (]oux. « J'avais cependant bien des choses à vous
cil. 111. — 1833 ?45
(liro, mon clier Père, of onlro autres celle-ci • HIC je regarde coniim' forl iinporlanle, mais que je vous dis confidenliellemenl. J'avance (•1kh|iu' jour dans mes laiiiiues el snrloul dans la coiinaissaïu-e de la l'aiiiille sémilitine. Mes professeurs me U''moii»'iu'nl une liienveillance el une allenliou toute particulière. D'abord M. Klienne Ouatremcrc, homme dislingué et de la j)lus vaste érudilion. Je nai i>u suivre son cours d'hébreu, de chaldéen, et de syriaque, celle année, vu mes autres occupations, déjà si nombreuses. Cepemhinl, comme il me connaissait un peu, il n'a cessé de mencourager directement ou indirectement. Il y a cpiinze jours, j'ai été le voir. Il m'a reçu parfaitement bien, il m'a monlié Ions ses travaux manuscrits et il m'a dit posilivemenl cpic jus- (ju'alors, il avait été désolé de voir cpi'il ne trouvait pas, à son cours, un élève travaillant sérieusement et ([u'il mourrait lil a cinquantecinq ans envii'ou . .-^ans avoir de successeur à sa chaire du ('ollèijfe de l'^'ance, tjue cependant il désirerait Ix-aucoup èlre di^-nement remplacé, (pie bientôt il aurait Ijcsoin d'un suj)pléanl titulaire, parce cpi'il se fait vieux et qu'il a une juiire chaire de persan près la Bibliothècpie du l'oi : ([u il jitail dejtuis fpieh[uc
246 LAMENNAIS INTIMK
temps les yeux sur moi, etc. J'étais tout confondu (le ses éloges et de ses bontés. Je lui ai répondu que je suivrais exactement, Tannée prochaine, ses leçons, et que ses (Micouragements conli'ihucraient à me fixer dans ma première résolution de me livrer plus parlicidièremenl à lélude de rexégèse biblique, pour laquelle je me sens toujours le plus grand goût. D'un autre côté, M. de Florival, professeur d'arménien, me disait chez lui, avant-hier au soir, qu'il espérait obtenir du gouvernement la permission de voyager l'année prochaine dans l'ancienne Arménie, qu'il nommerait un suppléant pendant son absence et qu'il me choisirait. De cette façon, je suis en quelque sorte assuré d'avoir d'ici à deux ans, une position à la fois honorable et avantageuse, chose qu'il ne faut pas trop négliger aujourd'hui, je crois, pour pouvoir exercer sur les autres hommes, et surtout sur la jeunesse, une certaine influence.
« J'ai parlé également avec M. Gerbet de votre projet de venir à Paris. L'idée dèlre près de vous me fait tressaillir de joie, mais je vois deux choses à examiner, la première est votre santé qui souffrirait des visites importunes, des fatigues, des courses ou du manque d'exercice,
CH. m. — 1833 247
co qui vous euipècluMMit île IcrmiiKU' vos iniporlauls Iravaux. La (Icuxième, ce sont les ressoun-es ; deux mille IVanes suffiraient aniplemeut pour vous, mon Père, pour deux ils ne suffiraient pas. M. (lerhel n'a (pie ce ({uil lui faut. Quant à moi, mon Père, les sacrifices que jai faits pour l'alîaire de .M. de Coux diminuent déjà ma recette; de plus, je viens d'apprendre ([u'on me tiie une créance de quinze cents francs du ne part, et de l'autre j'en ai une égale que je ne puis toucher. Pour surcroît de malheur, je vais être obligé par mon voyage à des dépenses nouvelles, et, en outre, une partie de mon argent se trouve dispersée, emportée par MM. Latour, Bedel et le neveu de M. Combalot. Quand ils sont partis, ils nont pu payer leur part de dépenses et, en outre, j'ai payé leurs frais de route, ils me doivent à eux quatre près de six cents francs. Toutefois je ne crains rien, ils me payeront à leur retour. Si nous étions assurés de rester dans notre maison, cela modifierait les choses, mais nous pouvons en sortir dans six semaines et nous ne trouverions pas ailleurs un logement convenable pour vous, à moins de mille francs. Voilà quelles sont mes raisons, mon Père; du reste, je serai toujours prêt à faire
pour VOUS tous les sacrifices que vous voudrez. « Je laisse M. Gerbel écrire quelques mots au has de ma lettre. Adieu, mon Père, je vous embrasse, vous et mes autres frères que je reii^relle également de ne pas voir. Mille choses à .M. Mac-Carthy ».
Votre enfant, E. Bore ».
Voici ce qu'écrivait labbé Gerbet:
« Eugène m'a paru tellement affecté, par la nécessité où il croit être d'aller à Munich, pour que son frère ne se marie pas comme un aventurier, sans la présence de quelque membre de sa famille, que j'ai dû m'abstenir de le contrarier à cet égard, tout en regrettant profondément un aussi malencontreux voyage qui dérange nos plans.
« En portant à la poste ma dernière lettre, je rencontrai M. de Salinis qui venait m'engager à aller à Juilly, où M. de Guitaut venait passer deux jours. Comme le jour de l'arrivée de M. Mac-Carthy n'était pas certain, eu égard à ses précédents retards, et que je croyais que son séjour à Paris serait plus long, je comptais le voir à mon retour. J'ai eu beaucoup de regret de n'arriver qu'au moment où il venait de partir. Je m'en console en songeant que »
(II. m. — 1833 249
Le reste de la lellre manque. Nous voyons (|u'à celte épotiuc r;il)bé Gerhol, loul on vivant «lé.sormais loin du Maîlre, demeurait attaché sinon à ses idées, du moins à sa personne. De son côté, Lamennais, comme nous en aurons loul à riieure la preuve, lui conliuuail son estime et son alïection.
Le *28 août, Lamennais répondait à Bore (ju'il n'élail pas surpris du parli cpie prenait Léon cl (ju il élail loin ilc le blâmer. Tout en le laissant {)arrailemcnl libre de l'aire le voyag^e de -Munich, que cependant il ne jugeait pas aussi nécessaire que hii, il regrettait vivement de ne pouvoir s'entendre avec lui et ^L Gerbet sur des choses de grande importance.
« Avant de donner aucune suite aux idées que j'ai conçues, il est indispensable que je sache si elles s'accordent avec les vôtres; car le moment est venu pour moi de fixer ma vie autant ipie j)ossible; et comme la résolution, • luelle tpi'elle soit, que je prendrai ne m'intéresse pas seul, elle doit être prise avec beaucoup de prudence et de rétlexion. Si je ne trouve pas le concours dont j'ai besoin pour réaliser le bien que j'ai en vue, alors m'isolant plus ipie jamais, je chercherai, et peut-être
loin, bien loin tic la l'^rnnce, quclijne asile solitaire où puisse (lu moins s'écouler en paix le reste de ma vie si traversée ».
Il le félicitait au sujet des perspectives d"avenir qui s'ouvraient, devant lui.
« La Providence t'ouvre les voies : il tant l'en bénir. Je doute peu que tu n'arrives, d'ici à quelques années, à être professeur en litre, et cela entrait encore dans mes plans... Je t'embrasse de cœur, mon Eugène chéri ».
Ce projet de retraite n'était pas nouveau chez Lamennais. Autrefois, son ami l'abbé Brute le conjurait de traverser les mers et de se fixer en Amérique (1). Plus tard, Lamartine lui conseilla de s'établir en Terre- Sainte, dans la vallée du Liban. Il prêta l'oreille à l'un et à l'autre, forma des projets et finalement ne donna suite à aucun. Son imagination ardente, se portant de tout côté un peu avec une promptitude extrême, augmentait lirrésolution native de son esprit; car, ne l'oublions pas, nul ne fut plus mobile et plus facile parfois à se laisser entraîner que cet entêté Breton.
Bore partit pour Munich. Il écrivit le 8 sep-
(1) Cf. Lamennais d'après des docunienls incdils. I, 112.
lembro à Lamennais une Icllre que nous n'avons point retrouvée. Lamennais lui répondait, le IL ([ifil élail décidé à |)asser llùverà la C-liénaie. I)e eette l'aeon, il pourrait aiuincer son Irarail sur la mélapliysicpie, travail (pii j)lus tard reeiil iin déNcloppcnient eonsidérahle el parut, nous l'avons dit, sons le [[[vc d'Esfjuisse d'une philosophie. 11 eu a été question souvent déjà. Lamennais donnait à Bore plusieurs commissions pour Munich où il devait rencontrer Montalembert et Rio. 11 le félicitait de voyager avec Edmond liohinet cpii fui toujours son admirateur enthousiaste et cpii n'attendit pas sa mort pour pu])lier sur lui une étude biographique oii l'historien cède assez souvent la place au panégyriste. 11 le priait de le rappeler au souvenir de ses amis de .Vunich, parmi lesquels il cite Doellinger, Goerres, père et fils, Schelling, etc. 11 insiste surtout sur le premier. Lue étroites amitié existait entre eux, en dépit de leurs divergences sur la question de lultramontanisme; car le futur père du vieux-catholicisme, il ne peut s'agir (pie de lui, sedcmnait déjà pour l'ennemi déclaré de cette doctrine : en dépit de sa nationalité, il était gallican, s'il nous est permis de parler ainsi. C'était un adversaire digne de Lamennais. 11 était encore
252 lami:n.n.\is intime
jouno à celto ôpoquc* ; il n'avait ([u'iino tronlaine d'aniires; mais il s'ôtaiL l'ail roniarciuor déjà pai- une (''nidilioii vaslo cl, solide qu'il travaillail cIkujuo jour à éleudrc davantage encore. Nous aurions bien aimé connaître les discussions qui durent avoir lieu l'année précédente, lors du passage de Lamennais à Munich, entre ces champions des deux doctrines opposées qui se partageaient alors les esprits catholiques. Surtout il serait intéressant de savoir quelle l'ut l'attitude du partisan de l'infaillibité pontificale, lorsque l'Encyclique Mirari vos vint le frapper en plein cœur, au moment même où il défendait cette doctrine contre Doellinger. Mais personne n'a jamais relaté cet incident ; nous sommes réduit à de pures conjectures.
Bore écrivait de Munich à son Maître:
Mon Père bien aimé,
« Je ne vous ai point écrit ilepuis (pie je suis en Allemagne; ne croyez pas pour cela que je vous aie oublié. Oh! non, mon Dieu! je vous aime toujours aussi tendrement, aussi sincèrement et je vous serai toujours un fidèle enfant. J'ai recju de vos nouvelles par la lettre que m'a envoyée M. Gerbet et qui en contenait une de
(M. ni. — 1833 '253
votre main. Dopuis lonirlomps jo voulais vous onv<>y<>r (jucltiiios mois; j'ai tondais. .Vnjonrd'Inii l'occasion se [trcscnlc iiahiri-llcincnl , j'ai à vous l'aire passer une lellre de \ iennc. (l'esl Jourdain cpii l'a adressée à mon frère, car Jourdain ni {{olieil ne soni ici, el je ne les verrai pas. Ma mission esl linie à Munich, j'ai reinjili envers mon l'rère un de\(iir (|ne je regardais comme sacri'' el je icpar^ dans deux jours, cesl-à-dire xcndi-edi, 'i,") ocloltre. .le passe par Nnrend)eri,'' pour y prendre les ouvrages de criti([ue sacrée (pii me soid ahsolumenl nécessaires poui" avancer mes (''Indes (pu' j'espère pousser vig-oureusemenl celle année. De là je vais à Frand'orl; je désirerais y trouver M. de Monlalemherl.
<< Je vous dirai, nntu Pèi'e, que je quitte Munich sans aucun regi-el. Je suis aise d'avoir vu celte ville el ces hommes cpu' rima<^iii;ilion de Léon mavail toujoui's endtellis et exagérés comme tout le resle. (lomme Paris est encore supérieur en tout! J'ai vu deux fois Gocrres et une fois Schellinti^, à cpii je me propose de faire encore mes adieux. J'a été bien reçu, mais ces hommes sont froids, l'esprit de famille leur eidève cet amonr (jnc nous réservez pour ceux tpii V(uis approchenl. l'entre eux, ces savants
ne peuvent se soudlVir. Toutefois la faute n'en est pas à Schelling-, je crois, qui est un liomme calme et sage. J'ai entrevu Baader, j'ai toujours difîéré de lui faire une visite, et maintenant je n'en ai plus le temps. J'ai été parfaitement reçu par M. AUioli, professeur d'arabe, qui m'a prêté les livres dont j'avais besoin ; par M. Neumann, professeur de chinois, qui m'a montré toute sa bibliothèque et par M.
Thiersch, qui va publier un livre fort intéressant sur la Grèce. Quoique protestant, il est plus ouvert que les autres, et il a même quelque chose de l'aménité française.
« L'excellent M. Rio est ici depuis trois semaines. Il vous a écrit, et il a dû vous dire que j'étais un peu sauroge. Dans ce reproche, il y a du malentendu, et j'espère (piil me réhabilitera auprès de vous dans une autre lettre. Il m'a conté pourquoi il vous avait dit cela. Le fait est que nous ne nous sommes pas vus aussi souvent que nous l'aurions désiré l'un et l'autre. La raison en est que j'ai essayé de travailler pendant le temps où je ne me suis pas promené dans le Tyrol ou aux environs de Salzbourg. Je ne sortais pas, si ce n'est avec Ouris et Robinet. De plus, c'était la première lois que je le voyais, et ses idées lëgiliniisles
CM. III. — 1%'i 255
{\\\"\\ conserve toujours, el ses sorties contre la Révolution île Juillet, considérée même en ellemême, mavaienl indisposé (lueUiue peu à son égard; je l'accusais intérieurement de trahison envers les idées cat/iolitjues, idées qui sont malheureusement peu comprises encore ici, et j'ai toujours eu à batailler, soit contre Cazalès ou mon frère. Messieurs de Moy, Goerres, etc. sont absolutistes dans le fond, le livre de Charles les a mis aux champs. Ouris seul est resté fidèle, et je ne trouvais de sympathie que chez lui et Edmond. Du reste, M. Rio me connaît mieux et je regrette bien d'avoir mérite quelque temps à ses yeux le reproche qu'il a pu me taire avec justice. J'ai craint, mon Père, que vous ne fussiez conduit à conclure de là, que je tournais aussi le dos.... Oh! non, ma conviction est plus profonde que jamais, je veux toujours apporter à la construction du nouvel édifice social la petite pierre que je pourrai soulever. Vous êtes toujours pour moi l'homme élu de Dieu, qui peut n'être pas compris par les hommes de son temps, comme l'étaient les prophètes eux-mêmes, mais qui n'en montre pas moins à la société les seules voies de bonheur et de salut où elle puisse marcher.
« Le mariage de Léon s'est célébré le fi du mois d'octobre...
« Donnez-moi de vos nouvelles à Paris, mon Père. J'y serai le 6 novembre au plus lard, et je travaillerai avec ardeur jusqu'au 25, époque où s'ouvrent les cours, afin de m'y mieux préparer.
« J'oubliais de vous dire que M. Rio m'a répondu à la question que je lui adressais de votre part, qu'il avait remis à Rennes les papiers que vous lui demandez, lorsqu'il quittait la Rretagne.
« Je vous apporte le livre de Rrentano sur la sœur Emmeric. Il est fort curieux.
« Je vous embrasse, mon Père, ainsi que le cher Elie qui vous tiendra compagnie cet hivei-, au milieu de votre entière solitude.
Votre enfant, E. Bore ».
«P. S. — M. de Gazalès qui loge près de moi vous envoie ses respects. I\L^L Rio, Robinet, (Juris etc. me chargent aussi de les rappeler à votre souvenir ».
On a remarcpié qu'il n'est pas question de Doellinger, soit (ju'il fût absent de .Munich ou pour tout autre motif.
en. III. — 1833 257
Lanionnais et les siens avaient espéré beaueoup (le la monarchie de .luillel ; ils considéraient 1830 comme l'ère de la vraie liberté reliii^ieuse et sociale. Leur mécompte fut f^rand et comme ils ne voulaient ni ne pouvaient revenir en arrière, ils jtoussèreni de lavant et appelèrent de tous leurs vœux la Hépublicpie. Elle lardera beaucoup à leur répondre et quand elle le fera, ce sera pour eux une nouvelle déception, cruelle entre toutes. L'empire qui lélranuflera ne les satisfera pas davanh\^e et r.ujourdliui que nous avons, celte fois, la rraie Hépubliipie. »pie diraient-ils, s'ils vivaient encore ?
Bore parle de Venlicre solilude où se trouvait alors Lamennais, (".elui-ei avait dû, en elTel, se séparer de ses disciples. Le 7 septembre 1833, ils quittaient la Chênaie poui" n'y plus revenir. Seul, Elie de Kerlang^uy resta près du Maître dans la lamille (lu([uel il allait d'ailleurs enlrer.