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Lamennais lui rrpondail, le 30 du même mois, l>eaucoup plus simplement:
«... Je v(Mi\ (l'ahord vous dire, au sujet de mon frère, que sauf un peu de faiblesse, peutrire, il est j)lus à plaindre (|u'à blâmer; vous connaissez assez sa ])osilion, avec ses cent cinquante rlal»liss<Mnenls ([uil faut défendre perpéhK'llenienl conlrc des alhupies de droite et de gauche ».
11 rejetait la faute sur Mgr «le Lesquen dont il «lualitiait durement la conduite. Puis, sans
cilei- le nom de Lacordaire, il fiMicilail son ami (,1e n être [»as de eeux (jui in lempore Irihuldiionis recediinl T.
'< J'ai apj)ris. tristement appris, tout ce (pi'il y a de faible et d'incertain dans les liaisons les plus solides en apparence et, comme dit le poëte :
" Clie non conversiani sempre con gli amici In qiicsla, assai più oscura che serena Vil;i iniirt.il. tiilla <i'invi<lia i»i«'na ».
11 croyait «pie, malgré les inslances de la diplomatie. Home se contenterait de mettre .son
(1) Cf. SI Lii(% VIII, 13.
livre ;i V Index politique. En lout cas, ses décisions, à cet égard, n'ai/ant rien de dogmaliqiie, suivant lui, il insinuait qu'il en ferait assez bon marché (1).
A ce moment donc, il ne songeait nullement à déserler l'Église ; autrement, peu lui eût importé que Rome parlât ou non dogmatiquement.
Plus tard, le 30 août, après l'apparition de lencyclique Singulari nos, il insistera sur ce point en écrivant à Mme de Vaux:
« Plusieurs personnes m'ont écrit de Rome que les théologiens s'accordaient unanimement à ne reconnaître dans l'Encyclique aucune force de décision dogmatique. Ils la regardent comme l'expression de la pensée personnelle du pape, et voilà tout. En France,, on s'en forme une autre idée, et comme on ne changera point cette idée, le mieux est de se taire, afin de conserver la paix et la charité ».
Si nous nous sommes longuement arrêté sur cette époque ae la vie de Lamennais, c'est qu'elle devait être décisive. L'infortuné était arrivé à un tournant ; après un moment d'arrêt, sinon d'hésitation, il devait abandonner
(1) Cf. Forgucs,. II, 371 cl suiv.
CH. IV. — ia34 '271
le clKMniii (ju'il avail siii\i jusque-là pour s'engainer daus uu aulrc (lianuMralonKMiL opposé : cflui do rinclilVéreucc rcligiiMisc, celle imUlprence iju'il avail llélrie si élofiuemmeul tlaiis louvraife lanieux ({ui avait établi sa réputation. Pour jui^er les personnes et les événements (le i'aijon équitable, il faut toujours se reporter aux circonstances dans lesquelles vécurent celles-là et se produisirent ceux-ci. Ou'on veuille bien se rappeler la situaliou iuciuiète, fiévreuse de lEurope et plus particulièrement de la France, au momeni même où parut le libelle formidable de Lamennais. Comment expliipier le succès prodii^ieux de scandale ((u'il obtint, si les esprits n'avaient pas alors été Iravailh's d'un malaise indéfinissable que des événements récents n'avaient fait quaggraver: insurrections sanglantes de Lyon et de Paris, au mois d'avril : troubles également dans plusieurs autres villes, Cliùlons, Auxerre, Marseille, Grenoble etc., pour ne parler que de ce qui se passait en France; répression sévère du pouvoir (pie l'on taxa dès lors de barbarie odieuse, de tyrannie insupportable. Le sol tremblait sous les pieds; on se sentait menacé de toutes parts. La Révolution qui avait porté Louis Philippe sur le trône travail-
lait à le ronvorser cl ce prince, dans la position essenliellement fausse où lavait placé son usurpation, se voyait impuissant contre la marée toujours montante à laquelle il devait sa propre élévation, en attendant de lui devoir sa chute. Le mot de liberlé retentissait partout comme un écho bruyant. Mais, parce cpion ne s'entendait pas sur sa signification exacte, il •servait aussi dépouvantail, les uns paraissant redouter ce que les autres seinl)laient espérer. Lorsque le Croyant^ du milieu de cette incertitude, de ce malaise général, éleva sa voix puissante, ce lurent des applaudissements enthousiastes dune part, et de l'autre une stupeur profonde bientôt suivie de protestations indignées. Lamennais, plongé dans le calme de sa Thébaïdc sylvestre, écoulait de loin ces <;lameurs et ces acclamations frénétiques dont il était l'objet. Mais si le calme régnait dans les bois et les bruyères de la C-hénaic, il était banni <le l'Ame du solitaire et certes Bore ne s'en doutait pas, lorsqu'il lui écrivait ce (jui suit :
l^iris, ce -20 juin 1834.
« Je sens le besoin, mon Père, de m'entretenir aujourd'hui avec vous. Il y a longtemps que je n'ai eu ce bonheur. Je prendrai la place
eu. IV. — 1834 ?73
d'Klie qui va passer quelques jours près de Chartres. Je puis vous annoncer maintenant que je suis décidé à ne pas l'aire le voyai»-e de Venise. La joie de vous revoir, et le plaisir de passer près de vous quehpie temps à la Chênaie, voici déjà de puissants motifs pour me retenir ici. Toutefois, l'atcrément personnel eût cédé au devoir, si je n'avais pas trouvé dernièrement ici les mêmes avantagées scientifiques qu'au couvent des Arméniens et voici comment. .l'ai h ma porte un Arménien, prêtre, ancien membre du couvent de Venise, mais retiré en France depuis plusieui-s années, je ne sais pour quelle raison. Il est le maître du Père Aucker et des autres MéUhitaristes les plus instruits. Né à Constantinople et ayant parlé jusqu'à cinijuante ans l'arménien, il possède parfaitement sa langue, et il me paraît fort versé dans la littérature de sa nation, bien qu'il ne soit pas proprement un (Miidil. La difficulté <|u'il éprouve à s'exprimer en français, fait qu'il recourt le plus souvent aux mots de sa langue, et je regarde cette imperfection comme un avantage pour moi. Il vient trois fois la semaine dans ma chambre me donner une heure un (piart de leçon, et je lui donne par mois la rétiiI)ulioM fort raisonnable de
LAMK.nNAIS. — 18.
274 LAMENNAIS INTIMF:
Ironto francs. La connaissance de cet homme est donc très précieuse. Elle sera la source d'une grande économie de temps et d'argent. Mon voyage de Venise, en y comprenant le retour, eût demandé au moins un mois, et tous les frais qu'il eût occasionnés se fussent certainement élevés à quinze cents francs. Je fais mon cours depuis trois semaines et mes élèves me témoignent beaucoup de confiance et de sympathie.
« Je n'ai eu qu'à me louer de M. de Sacy qui m'a porté un intérêt réel, et qui a été jusqu'à emprunter pour moi, en son nom, les livres dont j'avais besoin dans la bibliothèque de l'Institut. Mon cours finira le 20 juillet. J'irai vous retrouver au commencement d'août, afin d'être de retour au commencement d'octobre, à Paris, pour faire notre déménagement. Emportant quelques livres arméniens et arabes, j'aurai amplement de quoi occuper mes loisirs de la Chênaie, où je trouverai encore la Polyglotte. J'éprouverai une grande joie, mon Père, à me retrouver près de vous, dans ces lieux dont je conserverai toujours un si tendre souvenir.
« L'édition populaire de votre ouvrage devait paraître aujourd'hui, d'après ce que Renduel
cil. IV. — 1834 275
avait (lit à Klie (1). Je ne sais encore ce qui a été (lélinilivemenl conclu, relalivemenl. à l'édition complète de vos (Cuivres.
<^ Une dame de ma connaissaneCj anglaise d'oriij^ine, vient de traduire dans sa langue les Paroles d'un Croyant. Klle dé'sirerait beaucoup recevoir de vous, s'il élait possible, quelques lignes qui paraîtraient autoriser et approuver celle traduction, (".elle recommandation, m'al-elle dit, produirait beaucoup d'ellet sur l'esprit d'un libraire anglais, et les conditions qu il lui ferait seraient plus avantageuses pour elle. Son sort, peu heureux sous le rapport de la fortune, mérite que l'on s'intéresse à elle. Ainsi, mon Père, si vous daignez lui écrire, adressez-moi ce billet dans la première lettre que vous m'écrirez, au nom de .Mme Caignet. Cette lettre ne doit pas être imprimée, .son libraire seul la lira.
« Werner nous a quittés lundi, pour aller trouver son père à Trélon. Il avait passé d'une
(1) Lamennais écrivait, le 2 octobre, à Mme de Vaux, h propos de celte édition populaire:
« Pourquoi le pauvre peuple ne serait-il pas convié aussi au banquet d'espérance qui adoucit le présent l)ar une vue anticipée de l'avenir? Pourquoi les conseils donnés à ' tous n'arriveraicnl-ils pas jusqu'à lui ..?
manière forl brillante son examen de bachelier, la veille. (Test un jeune homme excellent, j)lein de candeur, de droiture et d'amabilité. Notre amitié a toujours été croissante, aussi désire-t-il vivement revenir habiter avec moi, l'année prochaine. Il voudrait échapper aussi par là à la grilTe de ces Messieurs de Juilly t[ui veulent fonder une succursale de leur collège à Thieux, exclusivement pour les étudiants en droit. M. Gerbet serait le directeur de la maison. Godin, qui est fort instruit de toutes leurs menées, et qui quitte Juilly, parce qu'il sent qu'il ne pourrait y rester sans renoncer à vos principes et au titre de votre disciple et ami, m'a assuré que ces Messieurs formaient cet établissement pour préserver leurs jeunes gens des mauvais principes dont notre maison est le foyer, et dont Élie est le courtier aux conférences Bailly. Ils se plaignent que leurs élèves abandonnent leurs propres théories philosophicpieset polilicpies pour .se républicaniser près de nous. Hien (pie ce pauvre M. (ierbet ne fasse pas chorus avec ces -Messieurs, ils s'en servent néanmoins comme d'un instrument, et ils lui feront faire à son insu plusieurs sottises. La dernière fois que je l'ai vu, il y a environ Iitiit jours, il semblait