‹ Lamennais intimeChapitre 36 sur 54 · GH. V · texte numérisé non relu

GH. V

à ht riijueui- ». « Col avisa rlô celui (1(> lonL ce ([ii'il y a ici d'éclaiiv. Mais le Pape fut viveineul alVeclé de eelte |niI)liealion ; il ne p()U\ail e\|)li(|uer la soiiinission el les dernièivs leLlres du l)rel()a avec ce (ju'il venait de l'aire. Cette disposition du Saint Père fut ])ientùt connue. Alors ambassadeurs du Nord et Jésuites se mireni en inouvenient pour lexploiter: le monde cioulerait sur ses fondements, si l'on ne foudi'oyail l'infûme. Le livi-e esl lu el r(>lii, el en elVel, on trouve un passade lout à fait contre la doctrine de rÉglise : I.es rois liennenl leur pouvoir de Satan. I^auleui' (>nlcn(lail-ii ([uelqnes-uns, ou bien ([lU' la royaiih- navail été nécessitée que pai' les suiles du péché, fils de Satan? II ne s'explique pas malheureusement ; le sens de la lellre prés(Mile un sens (pii peut être faux, dés lors proposition fausse, proposition condamnable. (Juchpu-s au Ires pas- .sages, approchani plus ou moins de celui-ci, mais pouvant certainement être interprétés dans un sens contraire à l'esprit de l'Eglise, ont le même sort, et alors paraît VEncijrlique condamnant, y csl-il dit. certaines propositions conmie respect irenienl fausses... Tout a été extraordinaire dans cette con-

« damnation: trois cardinaux seuls ont été ap- « pelés, tandis qu'ordinairement, en pareil « cas, tous les généraux des ordres religieux « Y sont admis. Ce l'ait a soulevé de la part de « ces derniers de vives réclamations; mais en « (léMnitive, il a iallu se soumettre. Ouant à la « conduite de M. de Lamennais, on sent ((uil « ne peut pas faire autrement, et rétracter son oc livre en entier; on pense qu'il doit, après « avoir pris connaissance des propositions in- « terprétées dans le sens contraire à l'Église, « les condamner avec elle dans ce même sens. « Personne ne doute qu'il ne suivra cette ligne « de conduite, quand le temps sera venu de le « faire ».

« Je reviens de chez le Père ^'entura. Une nouvelle anecdote fort piquante qu'il vient de me raconter. Il se trouvait, il y a huit jours, chez le prince Borghèse ; la réunion était brillante; grand nombre d'ambassadeurs s'y trouvaient. On parle politique; la conversation s'anime; chacun émet son opinion; le bon Père émet aussi la sienne ; aussitôt rumeur générale: on l'accable d'arguments; il y répond sans s'élonner. La vieille féodalité furieuse s'énu'ut en vain; il lui tient bon. Son plus proche voisin surtout s'emporte ; il va

c;ii. V. — 1835 3'25

ju^tiu'à pi'rltMKlrc (|uo si Romo exislc encore, (•"est auv Rois (luelle le doil. (^en est trop, ivpoiul le Tliéalin avec di^iiilé ; sarez-rous. Monsieur, t/iie si Iîodw vouloil en ce moment se mettre à lu tète du mouvement des esprits^ tous les JRois de l'Europe treml>leraient devant elle, et (pie l'autocrate lui-même avec son million de tiaïonnettes n'en serait pas mieux assis sur son trône. — lié ! cpii donc pourrait le renverser ? — Ce seul cri. Monsieur, parti du \dtican. I)ii;i i:t i.a i.inKiiTH 1 — A ce mot, 1<^ g^rand seit^neur se lui, celait rainbassadeur de Russie. La princesse Rorg'hèse s'en est heancoup amusée. Je suis bien long', mon cher Louis, mais vous »... —

<■ Pardon à mon tour, mon cher Eugène, jai cru devoir copier toute cette partie de la lettre de mon ami, sans rien aliréger.

« J'ai reçu, il y a quehpies jours, un crros paquet de prospectus du Catli(di(/ue, Ma<pisin fieligieux , avec une lettre l'orl aimabh' de M. l'abbé Godin qui me disait ([ue sur la connaissance que vous lui aviez doiuu'e de moi, il me priait de les distribuer à mes connaissances. Jamais recommandation n a |)bis lortement stimidé uïon zèle, el je vous assure que ces prospectus courent tout le pays.

t( On parle beaucoup d'un nouveau journal où M. (le Lamennais a promis d'insérer des articles. Est-ce celui dont vous m'avez parlé? En ce cas je reliens un abonnement par avance».

Si des hommes, tels que le Père ^'cntura et le Père Olivieri, jjarlaient comme on vient de le voir, si à Rome même l'opinion g-énérale était plutôt favorable à Lamennais, Bore était bien excusable de penser comme il le faisait, vu surtout ses relations filiales avec Villuslre Breton.

Le "23 janvier, Lamennais s'excusait auprès de son cher Eugène de ne lui avoir point répondu plus vile; la maladie l'en avait empêché.

< Mais tu ne devrais pas, toi, me laisser si longtemps privé de tes nouvelles, elles me font toujours tant de plaisir ».

11 lui envoyait le manuscrit de la préface (pi'il voulait insérer en tète de la troisième série de ses Mélanges. 11 le priait d'en corriger soigneusement les épreuves, avec Ange Blaize son neveu.

Puis il parlait d'une nouvelle lettre (lu'il

en. V. — 1835 327

vonnil do recevoir «le Moiilalcinlierl donl il .lis.iil:

u L(^ cœur est excellent, mais la tèleesl l)ien faiMe : c'est de celle-ci ([uest partie la solennelle sottise à laquelle^ tu ne pouvais croire encore, il y a un mois >/.

Suivait une recommandation qui prouve que Lamennais n'oul)liait pas toujours les menus détails :

« Aie soin de l'aire mettre mes habits à lair, afin que les vers ne les jjiipient point >•.

Il déclarait partai^er l'aversion de Bore pour Henri Heine.

« Il y a réellement ([iielque chose de satani(pie dans cet homme-là ».

Il lui demandait des nouvelles de Mme de Vaux et lui en donnait de .Marion.

Puis venait le thème inusable de Combalot, celui du schiste étant enfin épuisé.

« Il sera bien difficile d'obtenir de lui cpi d acquitte sa dette. Je m'émei'veille toujours du peu de délicatesse et même de j)i'obité de certaines gens ».

328 I.AMKNNAIS INTIME

Lnlibé (lombalol, dont personne ne suspeclora la prohilé^ malgré les inculpations de Lamennais, se croyait, nous lavons dit, autorisé à faire ce qu'il faisait, par les services qu'il affirmait avoir rendus à celui-ci, en lui abandonnant le produit de ses honoraires de prédicateur, lorsqu'ils partageaient ensemble le vivre et le couvert . On peut consulter à ce sujet, bien (pi'avec précaution toutefois, Mgr Ricard, le biographe très partial, nous le répétons, du vaillant missionnaire. Observons i\\w Lamennais ménageait d'autant moins les termes, dans sa correspondance, (piil ne la destinait point à la publicité. Ouoi qu'il en soit, la mémoire du P. (lombalot reste et restera honorée de tous.

Horé écrivait, trois jours plus tard, celle lettre dont nous n'avons pas la fin :

2G janvier 183,").

Mon Père,

« Voici (pu'lque temps dc^à que je me suis entretenu avec vous et j'en sens le besoin aujourd'hui. Je suis comnu' un enfant habitué à la main paternelle qui n'a cessé de le coml)ler de soins et de caresses, et lorsqu'il ne sent plus son action douce et bienveillante, il a le

<:ii. V. — 1835 32f>

rtvwv lrisl(\ .IjiHcndais. ;nant de prendre la l)lume. (jue vous nous eussiez envoyé voire travail lanl désiré, et comme je ne vois rien arriver, je ixmisc (pic la besogne s'allonge avec le temps, ce à t|U()i nous t(ai>-nerons beaucoup assurénienl ; aussi, à ce compte, je vous dirais t\i' dilVcrcr encore un mois. Bien (pie nous ayons içardé ici le secret avec beaucoup de discrétion, cependant je ne sais comment ton' le monde sait ce cpie vous laites. Dès cpTon me voit et (pi'on nie rciicoiiire. on m'accable toujours de cpiestions à votre sujet.

« Si (piel([ues amis vous ont alîandoniu', ne croye/. pas ccp<'n(lanl (pic le nombre de ceux ([ui vous portent une airection sincère ou tu» profond intérêt ait diminué. Il me semble, au contraire, (pi'il autfmcntc tous les jours.

« J'ai plusieurs petites choses assez intéressantes à vous dire, (pioicpi'elles ne soient pas agréables à apprendre, h'abord M. d'A... l'ait un coup de tcte (pii ne serait pas pardonnable à un jeune homme de vingt ans. Il épouse, et je j)ourrais aussi vous le doiuier en cent à deviner, une l'emme (jui ne lui appoi'lera pas une dot considérable de vertus, si elle en a une autre par ailleurs. C'est une personne avec laquelle il a\ait l'ait ce mystérieux voyage

d'Italie (jui nous a tous surpris, l'anure dernière, et celle personne est tout simplement une aetriee du Vaudeville, connue sous le nom ■de M"'^ D... et qui est fort bien formée à la façon de ces gens-là. Voici ce que tout le monde m'a dit; M. Caron l'écrivait encore hier dAbbeville. Avant cela je ne pouvais le croire. Il paraît qu'il est à Paris et cependant personne ne le voit ni ne connaît son adresse.

« Montalembert n'est point encore de retour. On l'attend tous les jours. D'après ce que vous me mandez, il a fait bien certainement sa ridicule démarche d'écrire à Rome, comme s'il était un Père de l'Ég-lise. Une certaine coterie s'en est frotté les mains.

« Je me permettrai en passant, mon Père, de vous gronder de lui avoir écrit ce que je vous avais dit de Rio, parce que, huit jours après, Rio a tout su, et de plus la voie par laquelle ces choses vous étaient parvenues, ce qui ne m'a pas peu gêné vis-à-vis de lui, moi qui étais reçu avec déférence dans son salon.

« Mme de Vaux va beaucoup mieux. Il y a huit jours je passai chez elle, et je ne trouvai personne ; elle était sortie en voiture pour se promener. .Je retournerai peut-être chez elle aujourd'hui.

cil. V. — 1835 331

<i Je dois aller ce soir chez Laninrline. 11 a eu la bonté de me Taire savoir (juil désirait extrêmement me voir, désii- que j'attribue à <leux causes, la première à mes relations avec vous, la seconde à mon genre d'études et spécialement à ma connaissance de l'arménien.

«< A ce sujet, je vous dirai que je vais un peu dans le monde, cette année. Je ne l'avais pas encore fait jusqu'ici. Je trouve que c'est nécessaire et surlmil imjoiird'hui, lorsqu'on se propose d'exercer ([uel([U(^ action sur les hommes »...

Ici s'arrête le frag-ment.

Lamennais, trois jours plus lard, l'épondait à Bore en s'excusant sur ïétourdcrie de Montalembert de lindiscrélion ([ue hii-mème avait commise.

« Je vois maintenant combien on doit être réservé dans ce qu'on écrit ».

11 plaignait d"A... et apprenait à Bore la mort de Mme de la Morvonnais, l'épouse du poète Hippolyte, ami d'Eugène. Il observe à <-e sujet, que ce serait une l)ien triste chose que cette vie, .s'// n'i/ en avait pas une autre.

Il parlait ensuite de la j)iéface des Mélanges.

332 I.A>rENNAIS INTIME

« ha préface est maintenant arrivée à Paris. Elle n'est pas ce que tu attendais. Je l'ai écrite pour moi, pour fixer ma position, pour diriger quelques esprits vers certaines questions importantes dont la solution ne se trouve certainement pas dans le cercle rétréci et rigoureusement tracé où on la cherche. Lorsque Ton aura compris cela, et c'est ce que je souhaite qu'on comprenne, ce sera un grand pas l'ail vers le terme où Ion se dirige sans le savoir ».

Bore ne put saisir toute la portée de ces paroles assez énigmaliques, du reste. Un avenir prochain les allait commenter. Lamennais croyait à une restauration prochaine de ré<liiice social sur les larges bases de la philanthropie et de la solidarité, non plus sur celles d'un égoïsme étroit et d'un brutal despotisme. Ceux des hommes politiques de son temps qu'il ne damnait pas, il les envoyait dans les limbes comme autant d'inconscients: il appliquait à chacun deux répilnj)lie composée par Machiavel pour le gonfalonier KSoderini et dont le sens est : « La nuit où mourut Pierre Soderini, son j\me descendit à l'entrée de l'enfer. Kt Pluton

cil. Y. — 1835 333

lui cria : Ame sliipùle, pouninoi l'enfer:' Vd flans les limites avec les enfunls » [\).

I,»' principe dcmocralique, suivant lui, était le seul (jui eùl Ue la vie dans presque toute l'Kurope et la Hépul)li<iue y devenait de plus en plus innique gourernemenl possible (2).

Telles étaient les idées (juil développait <lans la Préface des Troisièmes Mélantjes.

Il plaisaiilnil Lamartine et son socialisme.

<■' Je serais curieux de savoir ce qui s'est passé entre toi et Lamartine. A'oudrait-il par hasard te conquérir au />r//7/ .sor/a/ .'^ Ce parti est aussi la marotte de M. Janvier. Cest une manière comme une autre de ne penser rien, de ne faire rien, de notre rien et rien devrait être leur devise ; il ny en aurait point de plus vraie et de mieux méritée ».

11 songeait à fonder un journal (|uotidien et dès lors à se fixer à Paris, non cependant qu'il s'ennuyût à la Chênaie, loin d(; là.

(1, L;i iKillc clic inori l'ior Soderini. Liilnia iraiul(') doll' infcrno alla bocca ; K Plulo la crido : Anim.i sciocca.

Clie infcrno ? \'a ne! liniixi de iiandjiiii. (•2) Forgucs. H. 113.

« Je me plais ici et même beaucoup, mais il n'est point de jour où je ne regrette mes amis. La conversation me manque el jen ai besoin. Je me distrais en plantant ».

Il ajoutait:

« Nous avons commencé en ce genre de grands travaux depuis ton départ. Il serait trop long de t'en expliquer le détail. Ce que tu te représenteras le plus aisément, c'est une nouvelle terrasse, parallèle à lancienne, de 1 autre côté du jardin, et qui en augmentera beaucoup lagrément. Je voudrais que tu pusses la venir voir lété prochain ».

Il donnait des nouvelles dElie de Kerlanguy, et disait un mol des difficultés que Jean éprouvait de la part de ses anciens confrères qu'il qualifiait brutalement de coquins. On sent que le caractère de rinfortuné s'aigrissait de jour en jour.

Il disait en jmst-scripliun: « Ta lettre a été ouverte à la poste ».

Depuis longtemps, il se plaignait i[uc l'on violât le secret des lettres ([u'il envoyait ou qu'il recevait. Il exagérait probal)lement, bien que cependant le gouvernement le tînt Ibrte-

menl on suspicion, surlout depuis lappiiiilion dos Paroles d'un l^roi/ani, \o plus redoutable des j)auiphlels (pii cùl été publié contre lui. lue tMniioii populaire lavnil mis (Milre loules les mains. Les ouvriers en Taisaient leur lecture assidue : dans les ateliers, les cabarets, sur les j)laces publiipu^s, parloul, ils en commenlaieid clia(|ue expression et sentaient s'allumer dans leur ûmc la haine, une haine sauvage, de tout ce qui existait.

A son insu, Lamennais allait devenir, suivant le mot de (luizot, un malfaileur intellectuel [Mémoires IIL 8'2;. Ses piddications ultérieures ne devaient ([ue trop justifier cette qualification.

Le même jour, Bore lui écrivait:

Ce 28 janvier 1835.

Mon cher Père, « Nous avons reçu hier votre j)nquet, à sept heures du soir, et ce malin il était chez limprimeur. Anj^^^e et moi, nous ierons tout ce qui sera en notre pouvoir pour bien corriger les épreuves; toutefois cette tAche meiîraye, vu mon insuffisance. Il faut avoir une longue habitude de ce travail pour s'en acquitter convenablement, et je m'attends d'avance à ce

qu'il nous échappera plusieurs fautes. Daubréc nous a dit ce matin qu'il y avait seize feuilles de tirées de votre nouveau volume, le reste sera achevé dans trois ou (jualre jours, et quant à la préface, on doit s'en occn})er dès aujourd'hui, en sorte qu'il est assuré (ju'elle paraîtra vers le 10 février, au plus tard.

w Vous avez dû recevoir, mardi, une lettre de moi, mon Père, qui vous prouve que je ne vous oublie pas, que je vous aime toujours aussi tendrement et si je ne vous écris pas plus souvent, c'est que je sais com])ien vos moments sont précieux, et que vous pouvez mieux les employer que dans les réponses.

« Godin est venu ce matin me voir et il m'a appris que Montalemberl était arrivé. Il l'a vu hier soir chez Rio. Il était allé lui rendre visite avec M. Combalof. Il a été reçu assez froidement, sans doufe parce tju'on sait (}u'il tient toujours intimement à vous. Dans le courant de la conversation, il a (ht à Montalemberl que je serais très coulent de le revoir. Montalemberl a accueilli avec beaucoup d'indilï'érence cette déclaration, et quelques minutes après, se retournant vers M. Combalol, il lui a dit d'un Ion assez tranché: // parait que ce jeune homme pense bien mal aujourd'hui. Ceci

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