‹ Lamennais intimeChapitre 37 sur 54 · II. V · texte numérisé non relu

II. V

est hislori(|uo cl co mol m'a lieîuiconp amusé. Sous un autre rapport, il ui'a l'ait do la poine. Je ne tiens point à l'amiti»'' ni à l'estime de M. le comte (1) el je suis bien convaincu que toutes les avances qu'il m'a faites précédemment ne s'adressaient qu'à l'ami et au correspondaiil de M. Féli, el non jias à une personne »(iii ne doit avoir assurément aucun point dal- Iraction et de sympathie pour sou cœur. Mais je me suis dit : S'il Irailc de la sorte des gens, parce qu'ils sont les amis de son ami, que penser de son amitié pour ce même ami? Je crois donc devoir vous avertir de ce fait, afin de vous mettre eu g^arde contre lui et d'éviter de lui faire toute espèce de confidence. Il est trop lié avec Lacordaire et Rio, pour qu'il ne comnn'tte point des indiscrétions. Certainement je n'irai pas le voir le premier, et je veux lui faire sentir que je trouve sa conduite au moins ridicule et puérile. ?se lui faites point deviner que vous savez ces petitesses, peut-

(1) Ce malentendu se dissipa aussitôt et Bore, devenu plus tard missionnaire et prêtre, n'interrompit jamais plus ses relations cordiales avec Monta lemhert. Tierbet, Rio, et ses autres anciens condisciples lie la Chênaie. Lamennais alors avait consommé son crime «l'apostasie. Bore dut reconiiaitre (pie ceux-ci lavaient mieux jugé quil ne lavait fait lui-même.

être viendra-t-il me voir. On m'a dit aujourd hiii aussi que M. d'iV... venait de se marier avec la personne que je vous ai nommée. J'ai appris hier le triste événement survenu à ce pauvre Morvonnais. François me l'a écrit.

« Je ne puis vous écrire que ces mots, à la hAte, parTrémigon (1). Ange va bien. Félix est toujours alité. Nous vous embrassons tous avec un tendre amour. Mille choses à Élie. Votre enfant, E. Bore >-.

« P. S. — J"ai vu Lamartine, je l'ai trouvé bien froid, il n'y a pas là la chaleur et l'effusion de votre cœur. Il ne parlait que de son parti social. Il n'a pas paru m'estimer davantage, quand je lui ai fait connaître mes rapports avec vous, et j'en ai été vexé ».

Le 31 janvier, Lamennais adressait à Bore une lettre d'où nous extrayons les lignes suivantes, trop significatives pour être omises ou simplement résumées :

« On m'envoie de Trémigon, mon Eugène,

(!) Ce nom qui se rencontro plusieurs fois, dans celte correspondance, est celui d'une terre située en Coml)ourir, non loin de la Chênaie, et alors occupée par la famille Blaize.

ta Irlli'o «lu ?S ([iii vnr lail plaisir ol jkmiio; plaisir, parce cpu' j v rclrouvi^ Ion cœur si lidclo et si bon; i)eiue, à cause des détails inconcevables qu'elle contient. Je le remercie beaucoup de m'avoir prévenu, car j'aurais continué d'aller sans cela avec ma simplicité ordinaire. Maintenant, je serai sur mes gardes. Tu as mille fois raison d'attendre ([u'on vienne à loi, et, dans tous les cas, ne t'enConce point dans celle petite, étroite et maussade coterie. Parmi ces gens-là, quoique tous n'aient pas le même caractère, tous sont dangereux par quelque côté. Les uns sont faux et méchants; les autres dupes et indiscrets. Il faut se méfier de tous. Ouanl à Montaicmberl. le fonds en est bon : mais ce fonds, labouré par ceux qui l'entourent, peut produire des plantes étranges ...

Il parlait ensuite de Lamartine:

« II est possédé de la passion de devenir un homme poliliqiie^ comme ils disent, mais l'étolfc manque pour cela ».

Il lui reconnaissait d'ailleurs un caravlêre noble <'l il engageait lîoré, si cela ne Venniujdil pas trop, à fréquenter le poète. Son fameux [larli social lui semblait une rêverie; il le ([ua-

lifiait iVarrière-hàlard du vieux parli doctrinaire.

Il lui demandait en terminant:

« Bonnelty a-t-il rendu le manuscrit quon lui avait confié pour d'Alzon ? »

Ce dernier nom, sans nul doute, est celui du prèlre éminent qui devait fonder plus tard, nouslavons dit précédemment, l'ordre de lAssomption.

Quant à Lamartine, il fut un peu, lui aussi, une sorte de voyant auquel les événements donnèrent souvent raison, mais, comme à Lamennais avec lequel il avait d'ailleurs si peu de conformité dans le génie, le sens pratique lui fil halMtuellemonl défaut.

Voici les deux très intéressantes lettres que Bore écrivait à son Maître, le 5 et le 19 février.

Ce 5 février 1835.

Mon Père,

« Je reçois à l'instant même votre lettre, et je n"ai que le temps d'y répondre ces mots par Ange, qui part dans quelques minutes. Ce matin, je suis sorti pour aller voir Mme de Vaux. Le soir on ne la trouve plus, les médecins lui ont ordonné de sortir pour prendre

cil. V. — 1835 341

l'air. J'iii ivussi à la Irouvcr cjuv. elle. Kilo ma paru plus forlo. ([uoitpic l'orl pAlo ot maigrie, co ([ui (lonno à sa ligure un Tond de mélanrolie el de tristesse imposant. ]^]lle rlail en ileuil de sa belle-mère, el son eostume tout noir ajoutait probablement à sa pâleur. J'ai causé ([uelque temps avec elle. Sa voix ne lui est pas revenue. Les médecins lui ont dit ipiau printemps elle irait mieux el cpielle pailerait plus distinctement. Du reste, elle dort bien et l'exercice ne la fatigue pas. Elle vous porte to«ijours un intérêt croissant. Elle me disait ([u'eile avait soutenu hier une discussion publique, à votre sujet, dans le salon des Néothermes, contre M. Rover, l'académicien (1), et qu'elle avait produit une vive impression sur toutes les personnes (pii l'entendaient. Elle se réjouit beaucoup de lire votre j)reface et elle allcnd impatiemment son apparition. Elle a 1 intention d'aller vous voir au mois de mai.

« Je trouve que Daubrée va très lentement en besogne, nous n'avons encore reçu qu'une feuille, assez correcte à la vérité. Il nous en avait promis deux hier et nous n'avons encore

(1) Hoyer-dollard. \o tlicf de ce juiiii iloi-lrimiirc i\no Laineiinais lrail;iil ;ivcr, le dt'djiiii (|mc muis venons de v<tir.

rien roru aujourd'lnii, à quatre heures du soir. Ange est passé chez lui ce malin pour le stimuler. Sil n'est pas plus exact, jirai le trouver aussi. Il faut qu'il ait quelque intérêt secret à temporiser, les raisons qu'il apporte sont trop mauvaises. Plusieurs personnes (jue jai vues et (pii avaient lu le IVagmenl de la Revue des Deux-Mondes, l'ont trouvé d'une éloquence et d'une force admirables. Monlalembert s'est mieux conduit à mon ég^ard. Comme je l'espérais, j'ai trouvé lundi dernier un billet de lui chez moi, par lequel il m'invitait à aller le voir, ([uand j'aurais le temps. J'y ai été le lendemain, lundi. II m'a reçu d'abord avec trop d'étiquette. Je voulais l'embrasser et il ne m'a serré que la main. Rio, que je trouvai là, sortit. Alors nous nous mîmes j\ causer, il me parla de ses voyages, de ses aventures et d'autres choses aussi générales. Puis il me demanda de vos nouvelles, paraissant étonné de ce qu'il ne reçût pas de lettre, bien qu'il vous eût écrit plusieurs fois et depuis peu, m"a-t-il dit. Alors je lui donnais tous les d(Hai]s, concernant voire personne, que je savais et j'ajoutais que je pouvais lui avouer franchement que vous n'aviez pas été content de sa dernière démarche. Il me dit qu'il le

savait el il me nKiiiIra l.i lellrc (juc vous lui avez écrite à ce sujet. 11 n'avait été nullement iutluencé, disait-il. et il avait agi de la sorte parce t|iril lui élail (lt'\tMiu niauil'eslc ([ue vous n'étiez plus catlioli^iue; il avail attendu jusqu'à ce moment. Je lui répondis que sur ce point vous n'aviez pas varié, el (jue seulement vous croyiez qu'on pou\ail, en étant catholi([ue, aimer aussi la liberté et je lui citais la phrase de la lettre à Ler... que je me rappelai. Ceci lui fit une vive impression et ces mots lui échappèi'ent : Hi j'avais été bien sûr de la pensée de M. de Lamennais / J'ai vu qu'il se repentait au fond de sa précipitation. Du reste, il me semble tout à fait être du parti de Silvio Pellico, c'est-à-dire du résigné. Il faut songer à être bon chrétien, dit-il. el le reste est peu important on peut cependant encore être libéral ; il veut s'occuper du Moyen âge... A la fin, nous nous sommes quittés fort amicalement. Il m'a bien pri<'' d'aller le voir, il ma l)arlé de Lacordaire et de l^do, comme de gens dont il ne partageait nullement les opinions. Je vous conseille, mon Père, de lui <'(rire... Son cœur, comme vous le dites, est toujours excellent... J'aurais d'autres choses à vous dire, mais Ange est à mes côtés et il me presse

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pour partir, il vous dira le reste... Je vous embrasse, vous et Elie, de tout cœur.

Votre enfant, E. Bore ».

Montalembert en estimant, à l'encontre de Bore, que Lamennais, à ce moment, n'élait plus catholique^ se montrait plus perspicace. Mais précisément, ce qui fait l'excuse de Bore, c'est qu'il pensait (jue son Maître était toujours rhomme de foi (piil avait connu. Seulement, il avait essayé de réconcilier le catholicisme avec la liberté qu'un malentendu, suivant lui, brouillait depuis trop longtemps. Surtout Bore répudiait le parti des résignés^ à la façon de Silvio Pellico. Il réclamait hardiment, dans la sphère politique et civile, sa part d'air et de soleil, revendication légitime, certes, et qu'il savait tenir dans de justes limites, mais tous n'observaient pas sa discrétion, à commencer par Lamennais, ce dont il continuait jusqu'alors à ne point se douter.

Voici son autre lettre:

Ce 19 février 1833.

Mon Père,

« Vous avez reçu et lu actuellement votre ouvrage, vous pouvez juger comment nous nous

soiumcs ao(iiiitt(''s de I.i lAclic ([lie vous lions aviez iloiinre. Je crtiins Jncn ([iic vous unycz Irouvr nombre de Taules el d'incorreclions, pour deux raisons, la première à cause du manque d'iiahilude de ce travail, el en second lieu, parce tpie Daubrée est rcslé cinq jours entiers sans rien nous envoyer, juscpi'à ce (pie je lui aie (''cril une Icllre assez, pressante et alors il nous a l'ait remettre, dans l'espace de deux jours, toutes les épreuves (\ue je n'ai pas eu \o temps de corrijj^er aussi soigneusement (pie je l'aurais voulu. Puisque j'en suis au chapitre de votre livre, j(» vous dirai tout ce que je sais. Le jour même de la publication, Daubrée a tlil à Aug-uste (pi il eu avait vendu (piatre-vingt-dix exemplaires. Dès le malin. l'Arclievèque vint avec son secrétaire et il en jtrit deux exemplaires. Les Messieurs de .luilly avaient bien recommandé de leur en envoyer un. In ecclésiastique vint le même jour trouver I)aubrée et acheter votre ouvrage, disant (]u il voulait faire pour celui-ci, comme il a\ait lait pour les Paroles d'un Croi/anl, et (pi'il n'attendrait pas ([u'on leur délendit de I\ome ou d'ailleurs de le lire. (îodiii m'a dit (pi'un petit |>rètre desservant des Carmes, comme lui, lui avait l'ait celte confidence, qu'après avoir lu

votre préface, il n'avait pu en dormir toute la nuit. En faisant cet aveu, il n'ajoutait point (pielle impression cette lecture lui avait produite. Bonnelty, que j'ai vu avant-hier, et qui m'a dit qu'il avait en dépôt chez lui le manuscrit destiné à d'Alzon et qu'il me le rendrait un de ces jours, m'a dit que toutes les personnes qu'il avait entendues porter un jugement sur votre ouvrage se partageaient en trois classes. Les royalistes de la Ouolidienne (jui ont été enchantés de l'extrait qu'il y a fait insérer sui" le juste milieu et qui surtout ont goûté votre phrase sur la duchesse de Berri; puis les gens, en très petit nombre il est vrai, qui trouvaient que vous expliquiez par là nettement quelle était votre position, et enfin ceux, et c'est la majorité, qui croient que vous les avez mystifiés, parce qu'ils ne savent plus quoi croire et qu'ils vous voient décidément répvdjlicain.

« J'espérais, en allant samedi chez Janvier, entendre ce qu'on disait à ce sujet, mais sa fille, tombée tout-à-coup dangereusement malade, l'a empêché de recevoir. Je ne suis point retourné chez Lamartine; cependant j'ai l'intention d'y aller prochainement.

« Auguste a vu Daubrée aujourd'hui et il lui a dit que, ces deux derniers jours seule-

nicnl. il (Ml a V(mi(1ii trois cents excmplaices. La iM-ocliuro i\o HohincI (1' aurait ('i^aionienl nss(v. (le débit. A ma procliaino lollro, je vous «Idiuicrai les aiiire^^ «li-lails ([uc j aurai a[)[)ris. « MoiitalcMiiberl a ('tô obligé de s'absenter dernièrement pour un voyag-e fort Irisle. 11 a Hé chercher à Sauniur son jeune W-i'n- tpii (Mait dang^ereusemenl malade duiie maladi(> loule morale, qui lui est venue à la suite dune jaunisse. Il la ramené avec lui à Paris. Je l'ai vu l'autre joui' un in^taid elle/. IJobinel ; il m'a dit (pi'il avait hi votre préface, mais comme il était très pressé, nous ne l'avons point tjueslionné à ce sujet, et jignore encore positivement ce qu'il en pense. Du reste, \ous jugez parfaitement son cœur, il vous est toujours aussi étroitement attaché et il prononce votre nom a\ec un sentiment [trolond «laniour et de respect. .le puis même pi-omelire (|iie jamais ses sentiments ne (diangeronl à ce sujet, ils paraissent trop bien venir du tond de son Ame. Il va <lemeurer ici avec le comte Platei", en attendant son voyage pour l'Angleterre où il a l'intention daller, en passant ou en revenant par la Chênaie.

(1) C'éUiit une étude I}ioi:r.iiilii<|ue sur [.;uiiiiuiais. Nous en avons parlé déjà.

t>48 lAMKNNAlS IM1MI-:

« M. Richard a dôjà fait inscM'cr deux extraits de l'ouvrage dans le Bon Sens. Il travaille à son article, mais comme il veut donner à ses lecteurs une idée générale de toute votre vie littéraire, il se prépare à ce travail par la lecture de tous vos ouvrages précédents. La dernière fois que je lai vu, il me faisait remarquer que votre distinction, si juste et si lumineuse, de la Souveraineté et du Pouvoir se trouve déjà formulée dans le Contrat social (i).

« Je n'entends point parler de ces Messieurs de Juilly, seulement j'ai appris par Robert (jue labbé Salinis avait engagé Tabbé Gerbet à entreprendre la publication d'un journal mensuel et littéraire, intitulé V Université Catholique et dans lequel il ferait paraître ses conférences de Tlîieux sur la théologie et la philosophie. Je doute que cette publication ait un succès quelconque. Elle aura le même sort que ses Conférences; on pourra recevoir un ou deux numéros, puis tout s'arrêtera.

« Vous avez dû apprendre par les journaux (pi'une lettre venue de Rome et publiée par révè([ue de Strasbourg condamne le prêtre

(1) Lamennais s'cHail loiit,Henips nourri de la Iccluro <lc lîoussoau: son slvlc^ du reste, le témoigne assez.

cil. V. — ia35 349

Bfiitlain: voilà (luollcs sont les expressions, en sorl(> {\uo votre prévision émise clans votre prélntc s'est réalisée. .l'onhliais aussi de vous diri' (|U(> Vlnireis relù/ieax puhliail naguère une Icllre de Rome ipii était une circulaire ([u"on lait signer à tous les prêtres étrangers résidant dans celle ville, el par laquelle ils s'engagent à réprouver toute philosophie nouvelle et aiilres principes dangereux récemment condamnés.

" Je viens de voir Sainte-l)enve qui vous dit mille choses. II fera annoncer l'ouvrage dans la Revue. Il ma dit (pie Dauhrée ne sélait pas iiien condiiil à leur égai'd, qu il n'avait pas voulu lui contier le manuscrit, et qu'il avail prétexté plusieurs mauvaises raisons. Il travaille toujours à son ouvrage sur le Jansénisme et Port-Hoyal.

« L'espoir que vous me donnez de venir l'hiver prochain à Paris me comble de joie. Je vous parlerai de cela longuement dans d'autres lettres, parce (jue je prendrai toutes mes mesures, pour (pie vous trouviez un logement agréable.

« Vous recevrez mon article, je vous l'envoie parce qne je vous l'avais promis, car réellement il n en vaut pas la peine.

« Vos neveux vous embrassent. Félix n'est pas encore tout à lait rétabli et Frédéric est malade en ce moment. L'année a été très mauvaise surtout pour les étudiants. L'on m'a dit qu'il en était mort cent quarante à T École de droit ou de médecine, d'une fièvre typhoïde.

« Adieu, mon Père, je vous serre tendrement contre mon cœur.

Votre enfant ».

« Embrassez Elie pour moi, je lui répondrai bientôt >;.

Cette préface de la troisième série des Mélanges qui empêchait de dormir après l'avoir lue était, nul ne l'ignore, une sorte de manifeste où l'auteur développait ses idées polili(pies et sociales et préparait Fopinion sur sa prochaine évolution religieuse que Bore, absorbé tout entier dans l'étude des langues orientales, et, dans une large mesure aveuglé par son affection filiale, n'apercevait pas.

La théorie du Juste milieu eut toujours dans Lamennais un adversaire implacable, ce qui ne doit pas surprendre, lors(iue l'on sait quelle fut la fougue de son tempérament. S'il détestait si fortement la monarchie de Juillet, c'est

eu. V. 1835 351

qu'il laociisait, à tor( on à raison, de pratii[\\vv ce principe bàtaril qui consiste à équilil)rt>r, autant que possil)le, le bien et le mal, le pour et le contre.

II écrivait à Mlle Cornulier de Lucinière, le 31 mai 1834:

■ Vous mexiiortez à résipiscence, attendu »pu' j ai contre moi le roi du juste milieu^ les partisans de son système et les défenseurs de y3. Tous les jours on m'adresse des reproches aussi forts que cela: ne faut-il pas que je sois bien endurci pour}- résister » (1)?

11 se consolait en se disant que tout ici-bas a une fin.

<' Le jiinle milieu se croit éternel ; nous en avons déjà tant vu de ces éternités » (2)1

Montalembert avait du cœur, Lamennais le reconnais.sait très volontiers, tout en lui déniant, bien injustement, une intelligence vigoureuse et un caractère ferme. L'auteur des Moines d'Occident eut en partage, à un degré ('■minent, tontes ces facultés. A ce moment même, il prouvait sa clairvoyance en décou-

(1) Forgues, II, 3G7.

(2) Ibid; 359. Lellrc à M. le marquis de Coriolis.

vranl ce qui se passait dans l'âme de son ancien -Maître cl ce que celui-ci, peut-être, hésitait encore à y voir lui-même.

Ce que dit Bore de la condamnation des doctrines de l'abbé Bautain, démontre qu'il était décidément moins bon philosophe qu'excellent philologue. Xon omnis fert omnia tellus, d'après le proverbe (1).

Le 28 février, Lamennais répondait à la fois aux deux lettres précédentes. Il remerciait vivement Bore des détails qu'elles renfermaient. (( Nous ne savons guère ici que ce que tu nous mandes », lui disait-il. Puis il parlait de Montalembert qu'il déclarait aimer, lui aussi, comme par le passé, bien que leurs relations se fussent modifiées depuis quelque temps. Il s'expliquait sa contrainte à son égard.

<( Elle a son principe dans une raison faible, unie à une conscience timorée. Au reste ceux qui sont dans la même position que lui me paraissent extrêmement à plaindre. Sans liens avec le présent, n'osant regarder l'aMînir, force leur est de se jeter dans le passé, pour

(1) Omnis ferel omnia iellus, a dit Virgile, en parlant «l'un second tige d'or qui est encore à venir. Ed. IV, 39. De même, on attend toujours un génie universel.

y cIkmtIici' je ne sais ([iicl alimciil \ idc ([ui ne rassasie point. Ils làchenl de vivre de la poussière des niorls. l*an\re nonrrilnre! »

Il rrlicilail Bore d'un article qu'il venait de publier sur Bnv-IIefu-aniK. Toutefois il formulait une criti(iue :

(' Tu tlis, à la paii^e l'.l: Aj)rcs nous avoir fait connaître Dieu, dont la notion générale est celle de la première personne de la Sainte Trinité, etc. Ceci n'est pas exact du tout. La notion générale de I)ieu renferme celle des //■o/.s personnes de la Trinité: aulremenl elles ne seraient pas toutes essenliellemeni Dieu, «lune part, et, de l'autre. Dieu pourrait être sans le Fils et le Saint-Esprit ».

Après cette observation pliilosophicpie, Lamennais délaillait les travaux d'embellissement (piil faisait faire à son habitation. Il parlait de la peine extrême (pu' la terrasse coûtait aux ouvriers, mais il y avait une compensalion.

■' l'ai- ailleurs, nous ani'ons <4:ai(né beaucoup ^l'aj^rément. Pour compléter cette ojjération, notre projet est de transformer, l'année pro-

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