‹ Lamennais intimeChapitre 45 sur 54 · CM. VU · texte numérisé non relu

CM. VU

en t/iiehjuf chose ol qui cspércrail trouvor sa récompense, soit dans la richesse, soit dans les honneurs, ou dans ce qu'on appelle la ijloire I II prouverait dabord qu'il ne conçoit pas la jj^randeur et le prix de la vérité qu'il veuf propacfer, puisqu'il lui trouverait ici-bas quelque chose d'égal en valeur ; puis il ne tarderait pas à reconnaître son illusion, en sentant le vide et l'insuffisance de son bonheur imaginaire. Que si, au contraire, dans notre sphère étroite et suivant nos ettorls, nous cherchons à étendre et à hâter la venue du règne universel de la foi et de l'amour sur la terre, quoi qu'il arrive, notre conscience restera satisfaite. Si nous ne voijons pas le succès, n'importe, d'autres le verront après nous et en goûteront les joies célestes »,

lioré parle ensuite des peuples de l'Orient, de leur infériorité sur les Occidentaux, mais surtout de la dégradation intellectuelle et morale où les a jetés l'islamisme. Il atteste que sa mission parmi eux est plus sociale et religieuse que scientifique. 11 continue :

< Cher ami, depuis un certain nombre d'années, mes études me portaient vers l'Orient. Aujourd'hui que je m'y suis enfoncé, j'éprouve

un charme indicible à observer tout ce qui m'entoure et à étudier ce que la tolérance musulmane rend le plus abordable. Sans doute, il me vient souvent des regrets de la France et de toutes les personnes chères que j'y ai laissées ; mais je triomphe de la nature en pensant que je travaillerai ici avec plus de fruit au but qui occupait autrefois nos communs efforts. Pour moi, il est toujours le même, et je ne trouve point ici ces passions politiques qui aigrissent, enveniment et arrêtent tout dans notre malheureuse société. La situation des affaires, autant que je puis juger de loin, me montre qu'on est toujours fort préoccupé de soi et de sa personne, et fort peu des choses, et qu'on néglige, dans d'interminables disputes parlementaires, le bien général, au lieu de songer aux améliorations réelles. Pour moi, je veux mieux sanctifier mes efl'orts. Chaque jour, je reste plus convaincu qu'il n'y a de régénération possible que par la religion, surtout ici, où elle se lie à tous les actes de la vie. Chaque jour // es/ aussi plus évident pour moi que la foi catholique est la seule qui puisse réunir toutes les communions dissidentes, pour en faire un seul troupeau, avec ces autres peuples encore assis dans l'ombre de la

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niorL Comme olle paraît hcllc, puissante cf sainte, (piand on la ('oni|)are avee la foi »lc toutes les autres nations 1 Aussi les catholiques sont-ils partout à la tète de la civilisation et los seuls préparés à cette grande union que nous désirons si ardemment. Entin, cher ami, je crois qu'en cherchant à l'aire progresser les autres, il faut progresser soi-même, et donner lexemple de la pratitiuc morale et intellectuelle. Sous ce doulde rapport, j'ai encore beaucoup à faire. Adieu, l'espace me manque; je ne vous donne point de détails locaux. Les lettres que je vous ai écrites à ce sujet pourront vous les apprendre si vous avez la patience de les lire. Croyez-moi à jamais étroitement uni à vous. J'ai écrit dernièrement au cher M. Kéli; assurez-le bien de mon tilial attachement et ne m'oubliez pas auprès de votre respectable famille, d'Élie, de vos frères et de nos amis communs. Adieu 1 nous nous retrouverons un jour, je l'espère.

Votre ami et frère »>.

11 va sans dire que les pa.ssages soulignés le sont par nous. Ce sont ceux, croyons-nous, tjui durent attirer l'attention d'Ange Blaizc et

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celle do son oncle, si toulofois il lui conimuniqiin celle lettre.

La volonté qui flotte indécise à tons les caprices était bien celle de Lamennais, surtout à cette époque où plus que jamais il cliorrhail le honheursans réussir aie trouver, Celait le malade qui s'agite fiévreux sur sa couche, échangeant une gène contre une autre, sefTorçant vainement d'endormir la soulVrance par la souflrance même.

Dans les lignes éloquentes qui suivenl, Bore, non sans intention, sans doute, retrace un peu riiistoire de son maître intortuné qui certes n'avait pas été sans se rechercher en quelque chose et qui, en présence des obstacles formidables, il est vrai, qu'il avait rencontrés sur son chemin et qu'il avait longtemps essayé de vaincre, s'était laissé aller au découragement et avait renoncé à la lutte, abandonnant à d'autres le soin de recueillir le fruit de ses travaux et de moissonner ce qu'il avait semé, cela non par abnégation, ni résignation chrétienne, mais par dégoût, par dépit.

Plus loin, celui que, dès cette époque, on aurait pu appeler l'Apôtre de l'Orient, rappelle à son ami leurs communs efforts d'autrefois. Son but à lui était toujours le même. 11 semble

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doiiler (jut' co fût encore celni de lilai/e; il ne savait que trop (jue ce nélail plus le bul de Lamennais.

Nous n'avons poinl la lellre à ce derniei- doni il parle ; mais nous voyons qu'il continuait de se considérer connue son fds, bien qu'il eiU cessé d'èln^son disciple. D'un esprit large, d'un cœur reconnaissant et généreux, il comprit qu'il pouvait, sans préjudice de sa foi, continuer ses rapports avec son ancien Maître qu'il ne désespérait pas de ramener à Dieu, en lui faisant reprendre Je chemin de la vérité dans lequel autrefois Lamennais l'avait guidé lui-même.

La lettre (pie celui-ci lui écrivait de Paris, le 5 juillet de la même année, dut lui démontrer que ses efforts étaient demeurés stériles jusquelà. Nous l'empruntons à la Correspondance publiée par Blaize (1).

« Je n ai point vu M. Scafi ("2;, mais Jourdain (3) m'apporta hier, mon cher Eugène, ta lettre du 7 janvier, avec une petite boîte allongée que je garderai comme un souvenir de toi

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