CH. VU
sieur Foli. avrc la iiiènic lendresse ; et chaque
jour vous Oies préseril dans ma prière, comme
dans mes souvenirs.
Eugène BoRÉ ».
La lellre de Lamennais à laquelle sert de réponse celle que l'on vient de lire avait mis cinq mois à parvenir jusqu'à Bore. Les communications entre la France et la l^erse n'étaient pas rapifles. Il est vraisemblable que la correspondance entre Lamennais et Bore se limitait alors à l'échange d'une lettre cha- (jue année; celui-ci écrivait à l'occasion du nouvel an à son ancien maître qui lui répondait, vers le mois de juillet, à la réception de sa lellre.
Lamennais, semblo-t-il, ne croyait pas à la régénération chrétienne de l'Orient. Nous l'entendions d'ailleurs lui-môme, il n'y a qu'un instant, s'expliquer à ce sujet. Il s'en consolait facilement, du reste, en songeant que Horé et ses auxiliaires préparaienl iiinité future à Irifjuelle le (jenre humain aspirait instinrlivement.
Bore ne demandait pas mieux que de dépenser son zèle et ses forces en vue de cette unité, mais il était fermement persuadé que cette fusion universelle des peuples ne se pouvait
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rraliscr {juc par et dans le Chrislianisine, la seule Religion vraiment universelle. Il se refusait à voir dans ce futur événement une iransformation de la vérité — laquelle ne saurait subir ni transformation ni changement — ; il se servait des expressions mêmes de Lamennais; il y constatait le retour à la vérité des nations qui s'en étaient écartées et l'aflermissement des autres dans cette foi qu'elles connaissaient déjà. La Relig-ion chrétienne, celle de Jésus-Christ, devait opérer ce double prodige, et ici, avec une franchise entière. Bore déclare à son ancien Maître, devenu renégat d'apôtre qu'il était jadis, que l'Église catholique ne subirait jamais de c/jangement, quelque transformées que fussent ses idées à lui. Puis il l'adjurait, au nom de son amour filial, de tous les hens qui les unissaient l'un à l'autre, de rentrer au plus vite dans le sein de cette bonne Mère et de ne pas vouloir être plus sage à lui seul que tous les Pères dont il ne se lassait pas autrefois d'admirer les sublimes conceptions^ préférant ainsi, à rencontre de son propre système, sa raison particulière à la raison générale (1).
(I) Comme Malebrancho, Lamennais se vantait
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Il lui iuinon<:ai( onsuilo (jue pour lui sa foi, jKir l'c/fcl (II' 1(1 (/rùcc iliriiic, grandissait de plus (Ml plus cl (piil riait (Ircidr à suivre cette vocation sacerdotale à laquelle il Vavail préparé le premier. En lisant ces liij;nes, quel retour le pièlre apostat ne dul-il pas faire sur lui-nicme? Ou plutùl, non, il n'en lit pas, bien vraisemblablement, toute loi étant à jamais bannie de son àmc. Son malheur était consommé. Il nCnIcndil pas et ne pouvait ententlre lappel de celui (piil avait si l()ni>temps aimé dans le Christ.
Bore navait que trop lieu de jdaindre son malheureux Maître (juil nOsait plus appeler .son i^ère, le lecteur l'aura, sans doute, remarqué; mais, lorsqu'il parlait de sa solilude complète, il se trom[)ait dans ce sens (jue, s'il vivait complètement isolé de ses anciens amis, du moins de la plupart d'entre eux, Lamennais était désormais entouré d'amis nouveaux (jui lui prodiguaient les éloges et les llatteries,
(favoir fait tlciix vers dans sa vio. Il les rilait en riant. Il salissait de la raison individuelle fju'il dépeignait ainsi :
Ses gros yeux ronds, stupidement ouverts, .N'y voyaient pas, ou voyaient de travers.
dans le but d'empêcher son retour vers l'Église et d'exploiter son apostasie au profit de la Révolution. L'un des plus perfides de ces llaltcurs lut le chansonnier Déranger, qui se vantait un jour de l'avoir amené à confesser qu'il ne croyait plus en Dieu. Sa renommée servit la cause, non plus de la démocratie, mais de la démagogie révolutionnaire qui fit de lui l'un de ses porte voix. 11 puldia plusieurs brochures dont Tune, parue en 1840, sous le titre de : Le Pays ei le Gouvernement^ lui valut une condamnation à deux cents francs d'amende et un an de prison.
Pendant qu'il donnait chaque jour, pour ainsi dire, de nouveaux gages à la Révolution, dont il s'était constitué le serviteur complaisant, sinon le docile esclave, son ancien disciple multipliait les écoles chrétiennes en Orient et se dévouait à l'évangélisation de ces peuples avec le zèle ardent que Lamennais, après Dieu, lui avait communiqué autrefois. L'étincelle était devenue un brasier inextinguible, tandis ([ue le foyer d'où elle avait jailli était maintenant éteint et froid.
Bore était de retour à Paris, vers les commencements de novembre 1843. Grégoire XVI, pour reconnaître les services importants ren-
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dus par lui à la cause de l'Kg-lisc, lui a\ail con- IVré le litre de chevalier de Saint-Sylvestre.
" Celte décoration, écrivait-il plaisamment à luu de ses amis, unie à celles de la Lég'ion d'honneur, du Lion et du Soleil de Perse, me donnera déjà un air de vétéran, bien que je termine à peine ma première campagne » (1).
Ajoutons qu'il venait de plus, en raison de ses travaux scientifiques, détre élu membre correspondant de lAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres.
Guizot voulut même le nommer au poste de consul à Jérusalem, mais des considérations politicpies, d'ailleurs assez mesquines, ne lui permirent pas de donner suite à ce projet (2).
Lamennais aurait pu être fier de son élève, sil ne s'était pas trouvé dans une situation telle que la conduite de Bore devenait, pour ainsi dire, la condamnation de la sienne.
Nous ne sachions pas qu'ils se soient revus à cette époque. Lamennais s'était définitivement fixé à Paris. Il publia, cette môme année (1843)
(1) Euyène Doré. Notice Ijiograpliiijue, 118. {'i) Cf. Eugène Bore, par M. Léonce de la Rallayc