INTRODUCTION XIII
lorsi[n«*jr m'y li'ouv«M'ai, d'agir avoc. la simplicité d'un l'iiraiil: — .')" de r-crliorclicr les pcM'sonnes s»''i"it'iisos, ti'llos t\\ic tirs ('(•(•l(''siasti(|iios ; — 6" ICvilcr foute rorherche dans maloik'llc, y gard(M" loiijoui's la simplicili" ol la modestie! Voilà, 6 Jésus-Christ, ô Sainte N'ierije, les résolutions que je l'oi'me dans tonte la pureté de mon i1me et tonte lardeurdii lion dé-sir de les reiiiplir. H(''soln!ioiis ipie je scellerai du sanir de nu»ii l)ieu, demain, 7 lévrier 1830 ■ .
Hon'' conuiinnicina ee rè<jflenient de vie à celui qu'il n"app»daif désoi'uiais j)lus cpie son Père. Nous lirons plus loin (p. 20] la réponse de celui-
nien que la plus ffrande ])artie de l'énorme correspondaïu'e de Lamennais denu'ure encore inédile, nous croyons |)ouvoir allinuer que ses lettres non publiées ne nous apprendroid rien sur sa personne ipu' nous ne sachions déjà parcelles (pii on! vu le irrand jour. Ce (piil a voulu nous faire connaître de ses habitudes, de ses goûts, de sa manière d'èlre et de vivre, nous le savons, grâce à Forgues, à Hlaize et à plusieurs autres de ses éditeurs. Si nous désirons pénétrer plus avant dans la connaissance de cet homme extraordinaire, il ne nous reste qu'à nous adresser à ses correspondants ; les plus humbles parfois et les |>lus ignorés sont ceux qui peut-être nous le peindront de la façon la plus exacte. Sous ce rapport
XIV LAMENNAIS INTIMK
foninio sous plusieurs autres, les lettres do Bore nous paraissent des plus instructives. I3ien que ses talents eussent pu légitimer cette i)rétention, Eugène Bore ne fut jamais tenté de devenir ce ce que Ion appelle un homme public. Il se confina de bonne heure dans dos études très spéciales auxquelles ne s'intéressera jamais la foule. Lorsqu'il correspondait avec son Maître, il était loin de soupçonnoi- que ses lettres dussent un jour être pul)liées, il les écrivait avec son C(eur, encore plus qu'avec son esprit. Son stylo plein d'abandon, de négligences morne, est le langage d'un fils tendre et dévoué.
Ce qui donne à cotte corres|)ondancc un intérêt plus spécial, c'est qu'elle comprend la période essentiellement critique de la vie do Lamennais, celle dans laquelle se fit ou du moins s'acheva cette évolution fatale qui du Catholicisme le plus intransigeant, s'il est permis do s'exprimer ainsi, le conduisit d'étape en étape jusqu'à une sorte de panthéisme mal, défini dont on retrouve la trace, non seulement dans son Esquisse (Vuiie Philosophie où ses idées sur la Création ressemblent singulioremont à colles dos philosophes védantistes de l'Inde, mais jusque dans son Inlroduclion à la traduction de Dante que la mort no lui permit pas d'achever. Ce panthéisme toutefois ne l'empochait nullement de croire à un Dieu personnel.
INTHOni CTION
l.;i |t('M'i(i(l<' (loiil iKiiis parlons v;i tic 1830 à 1836. A pai'lir de coUc ileniit'i'c date, le Maître et Taii- (•i(Mi disciple ne s'écrivent |)his que de loin en loin et ne se voient qtie plus rarement encore. Horc, ayant renoncé au niairnilique avenir universitaire (jni s'ouvrait devant lui poui- se vouer corps et Ame aux écoles d'Orient, ce fut là désormais son fiMivre maîtresse et pour la conduire à bonne fin. il n'hésita pas à s'exiler volontairenienl et à |)asser de loiijT^ues aniu-es en Turquie cl dans la Perse.
Avant de clore cette Introduction déjà trop longue, peut-être, nous tenons à dire encore un mot au sujet de ces lettres intimes. Observons tout d'abord rpie, lorsque l'on s'adresse à un ami, à un firrc, comme le fait lioré à l'égard de Lamennais, sans admettre de tiers dans la conlidence, non seulement on dit tout ce que l'on pense; mais, dans l'impi-ovisation et l'abandon de cette confidence, on va souvent au-delà même de sa pensée, en émettant sur les personnes et sur les choses des opinions de premier jet, si l'on nous i)ermel cette expression, que l'on ne songe nullement à réformer, quoique, le plus souvent. Ion soit bien éloigné de les donner pour irréformables.
(.'est ainsi qu'en parcourant la correspondance de Bore, on le surprendra plus d'une fois parlant au pied levé de personnes fort respectables et
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qui certes pouvaient avoir toute son estime, au moins par «laulres côtés, ce qui ne rempèche pas de les juger sévèrement à un moment donné; mais encore une fois, ces jugements, à ses yeux mêmes, étaient loin d'être sans appel ci ce serait fausser sa pensée que de les eslnner tels. Ce que nous disons des personnes s'apl)lique également à certaines questions, alors très débattues, que le jeune ami de Lamennais tranche parfois, sans avoir apporté à leur solution toute la maturité, toute rattention quelles réclamaient. Ici encore nous invitons le lecteur à faire la part des circonstances, s'il ne veut pas se fourvoyer, ni égarer son propre jugement.
Somme toute, comme il ny a dans cette correspondance rien qui puisse nuire à la considération dautrui et quelle est fort honorable pour son auteur, en dépit des imperfections dont nous venons de parler, nous n'hésitons pas à la publier, vu son importance historique, puisqu'elle concerne l'un des hommes les plus fameux de notre époque si agitée, celui qui a peut-être été le plus grand remueur d'idées que l on ait vu depuis longtemps et qui a posé la plupart des problèmes religieux, politiques et sociaux dont on a trouvé depuis ou dont on attend toujours la solution.