‹ Lamennais intimeChapitre 7 sur 54 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

KcoIp do la Clirnaio. — Le mailrc ol les disciples. — Descriplion de la (lliènaie i)ai' .Maurice de (Uiériii. — Crises nerveuses de Lamennais. — Sa vie solitaire. — Le clergé en 1830. — Prédictions et prophéties. — Lamennais, moderne (^assandre. — Ses occu[)ations. — .\necdote.

Parmi se.s disciples, Lamennais distingua de bonne heure Eujène Bore. Les qualités intellectuelles et morales de ce jeune homme le tenaient, pour ainsi dire, sous le charme; il était du petit nombre de ceux que le Maître tutoyait à la mode de Bretagne où le tutoiement, sans nuire au respect, dénote une alï'ection spéciale, et où cependant, du moins autrefois, le père tutoyait ses enfants, sans que ceux-ci usassent de réciprocité.

Lamennais, qui rêvait de faire de la petite colonie de la Ciiènaie un boubnard du Catholicisme, et qui ne cessait d'approvi.sionner son intrépide bataillon d'armes et de munitions de toute sorte, pour le disposer, non seulement

LAMENNAIS. — l.

à repousser les assauts de leunenii, luais encore, mais surtout à faire de IVécjuenles sorties et à lui courir sus, sans compter avec le nombre, distribuait à chacun son rôle et lui assignait son poste de combat. Toutes les sciences, tous les arts devaient concourir à la défense de la foi et converger vers un centre commun: V Apologétique^ entendue dans son acception la plus large, et, sans doute, la plus juste. Il répugnait à ce rude jouteur de considérer la Religion chrétienne comme une éternelle accusée, destinée à consumer ses forces et sa vitalité dans un long plaidoyer pro domo sua; ce n'est pas ainsi qu'il comprenait son rôle de défenseur d'une foi (pii était toujours la sienne, à l'époque où nous prenons son histoire (1830), et qu'il pensait ne devoir jamais déserter. Pour lui^ la meilleure façon de plaider la cause du Catholicisme, c'était de le faire connaître dans sa plénitude et de faire connaître également, pour mieux montrer son infinie supériorité sur elles, les autres religions qui se partagent les âmes, surtout les religions de l'Extrême- Orient. Aussi attachait-il une importance majeure à l'étude des langues orientales: « L'avenir est là », disait-il un jour. Il prévoyait l'abus que les rationalistes ne tarderaient pas à faire

ilo la philologie pour livrer à l'Ég-liso un nouvel assaut, plus terrible, peut-être, que les précédents, car ils devaient s'eflbrcer de saper les remparts de la foi et non plus seulement den arracher quelques pierres, plus ou moins branlantes, à leui'yié. Leur but devait être, non de chercher, à l'imitation de \'ol taire, à ridiculiser tel ou tel récit biblique, mais de bitler la Bible tout entière, d un trait de plume, au moins comme livre inspiré. Lorsque le bruit qui s'est fait autour des noms de Gesenius, d'Eichhorn, de Kuenen, de Wellhausen, de Strauss, de Graf, d'Ewald, de Reuss, enfin de Renan, le plus retentissant, sinon le plus sérieux de tous, sera apaisé; ([ue la poussière et la fumée du combat seront dissipées, les esprits les plus prévenus eux-mêmes seront contraints de reconnaître que la Bible est demeurée intacte: que si quelques-unes de ses pages ont pu être momentanément salies par ses détracteurs, elles n'ont pas été déchirées par eux, et qu'au demeurant, il n'en est pas de cette citadelle comme pour Jéricho : il ne suffit pas den faire plusieurs fois le tour, ni de monter à l'assaut avec force cris, bruit de trompettes et flambeaux à la lueur plus ou moins aveuglante, pour la renverser, ni faire crouler ses murailles, tant de fois

séculaires, mais toujours indeslruclibles, parce qu'ici Dieu combat, nou avec les assaillants, mais avec l'opprimé.

Cependant, lorsque l'Eglise est attaquée, il faut bien que ses fils la défendent, non tant à <ause d'elle, ni par crainte de la voir périr, — ])uisqu'elle a pour elle les promesses éternelles et que la devise Fluctuât nec mergitiir lui convient à elle seule, — que pour rassurer les timides, les âmes faibles dont la foi pourrait vaciller. Ainsi l'avait compris Lamennais, ainsi le comprenaient ses disciples, et la solitude de la Chênaie était un arsenal où l'on forgeait avec ardeur les armes nécessaires aux nouveaux combats que l'on s'apprêtait à soutenir, que l'on soutenait depuis longtemps déjà contre l'impiété.

Chacun, nous le répétons, avait son rôle distribué, son poste de bataille. Les uns, comme Montalembert, Rohrbacher et Blanc, devaient, dans ce but d'apologétique, s'adonner spécialement à l'étude des monuments historiques, surtout des annales de l'Église ; d'autres, tels ([ue Gerbct, Cazalès, Caron, Houet, s'appliquaient à la philosophie et à la théologie ; Maurice de Guérin étudiait les langues vivantes; Bore, Élie de Kerlanguy, Oléron, les

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