‹ Landry vs Hamel [microforme] (volume 2)Chapitre 14 sur 68 · LE MANDEMENT SUR LES SOCIÉTÉS SECRÈTES · texte numérisé non relu

LE MANDEMENT SUR LES SOCIÉTÉS SECRÈTES

C'est là, qu'on nous permette de le dire, un bien triste document, et qui à causé dans tout l'archidiocèse de Québec une stupéfaction impossible à décrire.

Lorsque ce mandement à été lu au prône de toutes les églises, lorsqu'il à été publié dans tous les journaux du diocèse de Québec, la question alors à l'ordre du jour était précisément cette discussion survenue entre M. Hamel et le Dr Landry au sujet de la franc-maçonnerie ; on ne parlait que de ces conversations que les journaux rapportaient, que de ces écrits qu'ils publiaient.

Un laïque et un Grand Vicaire étaient en cause, et le (Grand Vicaire, et avec lui tous les journaux libéraux, disaient que le laïque portait des accusations de tranc-maçonnerie contre des membres du clergé, contre des prêtres, un archevèque, un cardinal!!! Or, tout cela est essentiellement faux, comme le prouvent, d'ailleurs, les pièces justificatives.

L'Archevêque parle. Il s'adresse au clergé séculier et régulier et à tous les fidèles de l’archidiocèse de Québec, et que leur dit-il?

* A l'égard d'un catholique, l'accusation de franc-maçonnerie est certainement assez grave de sa nature pour être la matière d'une

calomnie, ou d'une médisance, où d'un jugement téméraire grave. Les circonstances peuvent y ajouter un nouveau degré de malice, par exemple, s'il s'agit d'un prêtre, d'un éraxn vicume, d'un évêque, d'un cardinal... ou de la réputation d'une institution catholique.

Et comme si ce n'était pas assez d'émettre ces principes généraux qui sont parfaitement vrais, nous n'en doutons pas, mais qui contiennent des allusions par trop directes, voilà que Sa Grandeur descend sur le terrain des faits:

“Par le temps qui court, dit-elle, cerraixs catholiques semblent avoir “ mis en oubli ces principes élémentaires de justice et de charité, dans “ leurs conversations et dans leurs écrits, en portant à la légère cette “ accusation de franc-maçonnerie contre des membres du clergé et contre “ des ofticiers publics. ,

Mgr l'Archevèque aflirme là un fait qui n'existe pas au pays. Ce qui, probablement, l'a induit en erreur sur ce point, ce sont les affirmations mensongères de la presse rouge, radicale et malhonnête.

Et c'est ainsi que, mettant sa parole ue pasteur au service de ceux-là mêmes qu'il soutient et encourage, il affirme ce qui n’est pas, propage d'autorité une monstrueuse erreur jusqu'aux limites les plus reculées de son archidiocèse et, s'armant de la foudre, frappe sans miséricorde ceux qu'il condamne sans justice.

C'est bien le moment de lui appliquer le passage suivant de son propre mandement :

# Si par le temps qui court, les règles élémentaires de la justice et “ de la charité avaient été respectées (par Sa Grandeur) combien de “ fautes graves auraient été évitées! Combien de consciences faussées “ par un zèle mal avisé pour la religion seraient restées dans le droit “ chemin! combien de scandales et de discordes épargnés à la cause catholique! ,

Le mandement de Mgr l'Archevèque est non seulement une attaque

mal déguisée contre le Dr Landry — et cette attaque devient manifeste lorsqu'on lit la lettre explicative de Sa Grandeur — mais il est

encore une protection des plus efficaces, en faveur de ceux qui appartiennent aux sociétés secrètes, et il établit en outre une distinction odieuse entre les catholiques et les protestants.

Le mandement, en effet, s'exprime ainsi:

# Et afin que chacun comprenne bien son devoir sur ce grave “ sujet, nous déclarons cas réservés dans le diocèse de Québec, les fautes suivantes :

“ 1° Répandre ou répéter de vive voix ou par écrit une accu- “ sation gratuite de franc-maçonnerie contre un CATHOLIQUE quelconque, même étranger au diocèse;

“ 2 Faire connaître de vive voix ou par écrit à d'autres qu'à “ J'Ordinaire de l'accusé ou à son official cette accusation, quand on la “ croit bien fondée. ,

C'est-h-dire qu'en pratique on ne peut jamais dénoncer un francmaçon catholique.

Plus d'un catholique, dans notre province, à résisté aux sollicitations d'entrer dans la franc-maçonnerie, précisément parce qu'il craignait cette dénonciation salutaire devant l'opinion publique; il ne voulait pas ètre montré au doigt, il ne voulait pas passer pour être franc-maçon. Désormais, cette crainte ne l'arrêtera plus, le mandement de Monseiyneur le protège ; comptant sur l'impunité, sans hésitation il pourra entrer dans les loges maçonniques.

[l lui sera alors facile de se moquer de toute dénonciation quelconque.

Car ce n'est pas tout de dénoncer: il faut étayer sa dénonciation sur d'irréfutables preuves.

“ Avez-vous des preuves certaines à fournir? dit le mandement,.… “ allez donner vos informations et surfout vos preuves à l'autorité com- “ pétente. ,

Mais si je produis des témoins, on aura droit de me répondre : Quoi! ce sont là vos témoins! ces personnes vous ont dit qu'un tel ou tel autre était franc-maçon, qu'elles l'avaient vu dans telle ou telle circonstance... ; mais savez-vous que vos propres témoins sont coupables de désobéissance ? Ils n'avaient pas le droit de vous faire aucune confidence de la sorte, et, pour l'avoir faite, ils tombent dans les cas réservés.

Comment, avec une telle perspective, trouver des témoins? Evidemment, les témoins ne peuvent se faire connaitre. |

Or, comment, sans témoins, faire une dénonciation légitime à l'autorité compétente ?

La franc-maçonnerie est donc protégée par le mandement de Sa Grandeur l'Archevèque de Québec, et c'est dans ce sens aussi que ce mandement est interprété au pays, au grand scandale du clergé et des fidèles.

Mais, la franc-maçonnerie, nous l'avons toujours cru du moins, est un mal social, défendu non seulement par l'Eglise, mais aussi par les prescriptions du droit naturel.

Or, si tel est le cas, un protestant ne peut pas faire partie de ces sociétés secrètes. Tout comme le catholique, il commet une faute contre le droit naturel en s'affiliant à la franc-maçonnerie.

Le mandement de Sa Grandeur l'Archevêque de Québec détruit toutes ces notions.

“ Afin que chacun, dit-il, comprenne bien son devoir sur ce grave “ gujet, nous déclarons cas réservés dans le diocèse de Québec les fautes “ suivantes: ,

Et quelles sont-elles ?

1° Accusation gratuite de franc-maçonnerie contre un catholique ;

9 Faire connaître à d'autres qu'à l'Ordinaire ou à l'Official cette accusation — l'accusation de franc-maçonnerie contre un catholique -— quand on la croit bien fondée.

Voila la distinction que nous signalons.

Elle tend à faire croire que si c'est une faute grave pour un eatholique de faire partie des sociétés secrètes, cette faute cesse d'en être une du moment qu'il s'agit d'un protestant.

Aceuser, en effet, ua catholique d'être franc-maçon est une faute grave, un cas réservé, pourquoi ? Précisément parce que l'accusation porte sur une matière grave.

Accuser un protestant d'être franc-maçon n'est pas du tout un cas réservé.

Ce n'est donc pas une faute grave. L'accusation ne porte donc pas sur une matière grave. Un protestant pourrait donc être franc-rraçon. Etre affilié aux sociétés secrètes n'est donc pas, ex soi, une faute bien grave.

Voilà les conséquences que l'on tire dans l'archidiocèse de Québec de la distinction faite par l'Archevèque entre les francs-maçons catholiques et les francs-maçons protestants.

Elles n'intéressent pas directement la cause soumise à votre tribunal. Nous en parlons toutefois. à titre de renseignement, afin de pouvoir établir que le mandement de Sa Grandeur l'Archevêque de Québec est un document malheureux à plus d'un titre, et que ce n'est pas sans raison qu'il à été reçu par Île public avec une stupéfaction facile à comprendre.

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