‹ Landry vs Hamel [microforme] (volume 2)Chapitre 41 sur 68 · II. M. Hamel descend de son plein gré dans la presse · texte numérisé non relu

II. M. Hamel descend de son plein gré dans la presse

III. M. Hamel, dans sa correspondance échangée avec M. le Dr Landry, se contente de nier avnir dit, etc., sans flétrir la franc-maçonnerie.

Les “ hésitations , de M. Livernois ne furent pas longues. Il dut,

cependant, considérer toute la portée de son acte, les injures ‘et les persécutions qu'on lui ferait subir, et les pertes qui pourraient en résulter pour lui. Il alla jusqu'à prévenir son associé, M. Amédée Robitaille, qu'il dissoudrait leur société si la tempête était trop forte.

N'allons pas croire que ce fut sans brisement de cœur qu'il prévit la rupture inévitable des liens d'amitié qui l’unissaient à ses amis du Séminaire.

Eh bien! il a mis tout cela dans un des plateaux de la balance et son devoir dans l’autre, et son devoir l'a emporté.

Voilà pourquoi il est intervenu de la manière qu'il l'a fait.

La question de “ justice , réglée, passons aux “ décrets. ,

M. Hamel, après avoir exprimé ses vues sur la manière dont M. Livernois devait interpréter la justice, ajoute: “ Voilà ce qu'exigeaient les ordres du Saint-Siége relativement aux professeurs de l'Université Laval. ,

M. Hamel, descendu le premier dans la presse, après avoir écrit sa lettre du 30 avril, peut-il invoquer l’immunité accordée par la bulle aux professeurs de l'Université Laval dans l'exercice de leurs fonctions ?

N'est-ce pas là faire un étrange abus de l'autorité de Rome? N'est-ce pas en quelque sorte consacrer l'exploitation du nom du Saint-Siège, exploitation qui se fait actuellement pour couvrir tant d'entreprises anti-sociales et d'agiotages dont souffre notre province, exploitation par laquelle depuis longtemps on veut justifier tant de fausses in‘erprétations de décisions rendues par la $S. C. de la Propagande, exploitation inventée pour soustraire M. Langelier à la réprobation que souleva sa conduite dans la question de l'influence indue ?

Je maintiens que M. Hamel n'est pas devant le public tanquam professor, qu'i n'agit pas non plus comme recteur, et que la bulle d'érection de notre université de Québec ne le couvre pas dans la présente polémique.

2° M. Hamel, pour répondre à une objection qu'il me met dans la bouche, au sujet des intentions du Dr Landry, laisse entendre qu'il admet la bonne foi du Docteur.

Singulière manière d'admettre la bonne foi d’un homme que de lui lancer des phrases comme celles-ci, que Je trouve dans la lettre du 30 avril: “ Ce souci de ma réputation ne parait pas, du reste, vous avoir

fatigué bien fort devant ceux'qui se sont chargés de répandre la bonne nouvelle. ,

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“ Vous n'étiez peut-être pas trop sûr de l'exactitude de vos avancés à mon égard, et une dénonciation en règle aurait amené probablement la preuve que votre accusation ne reposait sur aucun fondement réel... Laissez donc de côté, vous aurait-on dit, laissez de côté l'autorité qui pourrait arrêter ces bruits là et répandez la nouvelle dans un public choisi qui la fera circuler d'un bout du pays à l'autre, etc. ,

Je suis heureux de voir toutes ces insinuations implicitement retirées et remplacées par ce nouvel exposé des faits: Que M. Landry “ croit avoir compris ,, et que M. Hamel prétend que M. Landry “ doit avoir mal compris , — “ Si M. Hamel a raison, c'est “ne simple erreur de fait qu’il constate chez M. le Dr Landry, dont, au reste, il ne suspecte même pas la bonne foi. , Que les reproches adressés au Dr Landry n'impliquent “ ni déshonneur, ni culpabilité. , Et que dans toute cette affaire, le plus qui pouvait arriver au Dr Landry, c'est que le public vint à croire qu'il s'était probablement trompé sur le sens d'une conversation, , enfin: “ un inconvénient minime. ,

Quand bien même mon intervention n'aurait obtenu que cette réhabilitation d'un professeur honoraire de l'Université Laval, elle serait justifiée.

C’est dans ce deuxième chapitre que M. Hamel m'accuse d'avoir livré au public unc conversation privée et qu'il me traite de MOU- CHARD. Ce mot est gros et bien calculé pour obtenir un succès de galerie.

Examinons la proposition générale que développe M. Hamel dans sa lettre du 16 mai et dans sa correspondance précédente, laqur!le proposition peut se formuler ainsi: Les conversations particulières ou privées ne peuvent servir à la démonstration de la vérité.

Admettre cette proposition, ce serait tarir la principale source du témoignage, et rendre pratiquement impossible l'administration de la justice dans la plupart des cas.

Comme M. Hamel m'accuse d’avoir violé le secret d'une conversation, voici ce que je pense au sujet des conversations.

Soyons honorables, mais non pas puérils.

Il ne suffit pas qu’une conversation soit privée pour qu'on puisse la soustraire au domaine général de la société.

Les conversations confidentielles, sans convention de secret, en honneur ne doivent pas être divulguées.

Pour les conversations qui ont lieu sous le sceau du secret, elles

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ne peuvent être révélées que sur l'ordre d'une autorité compétente, et encore ici les lois ecclésiastiques et civiles reconnaissent des communications privilégiées, v. g.: celles qui lient le confesseur et l'avocat.

La nature de la communication est certainement le criterium pour établir le caractère d'une conversation, pour savoir si elle est confidentielle ou non.

Assurément, les conversations sur les questions d'intérêt général, soit religieuses, soit sociales, ne peuvent être dites confidentielles, à

moins que celui qui les réclame comme telles, n'ait, au préalable, lorsqu'elles

ont eu lieu, demandé de les tenir sous le sceau de la confidence ou du secret.

M. Hamel a l'air de croire qu'aucune conversation ne peut être communiquée; pour lui toutes les conversations sont confidentielles. Il n’y a que celle de M. le Dr Landry avec M. l'aBbé Lemieux qui ait échappé à sa formule. Parlant de la conversation de M. Bégin avec le Dr Landry, il dit: “ Voila que cette conversation privée devient publique. , Remarquons que M. Bégin est l'envoyé d'un tribunal. Je puis me tromper, mais je ne crois pas qu'un défendeur, qu'un accusé, qu'un citoyen puisse être blâmé s'il fait connaître qu'il a reçu une sommation, qu'on à fait chez lui une perquisition, et s'il rapporte ce qui s'est passé.

Voyons maintenant, M. Hamel, si je suis un mouchard.

Pas n’est besoin de dire, je suppose, ce que c'est qu'un mouchard.

Ai-je fait connaître au public une conversation secrète ?

Ai-je fait connaître au public une conversation confidentielle ?

Ai-je fait connaître une simple conversation privée ?

Ai-je fait connaître une conversation quelconque ?

Je réponds NON à toutes ces questions. Ma lettre du 9 mai adressée au Dr Landry contient trente lignes bien comptées; or il n'y est nullement question de conversation. Pourquoi alors vous permettezvous de présumer ici, comme sur un autre point que nous verrons tout à l'heure, des faits essentiels, pour ensuite lancer à la légère des accusations aussi graves que les vôtres?

Veuillez vous rappeler, M. Hamel, que nous n'eûmes pas des conversations sur ce sujet de la franc-maçonnerie, mais de véritables discussions où disputes, et partois de très vives. Et encore, non seulement nous avons discuté sur cette question de la franc-maçonnerie, mais je vous ai aussi combattu sur les propositions suivantes, entr'autres :

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Que la position des catholiques était bonne de fait au Canada, mais qu'elle était à peu près nulle de droit; que pour continuer d'y vivre un peu libres, il fallait ne s'adresser qu'à la plus fine diplomatie, et autant que possible, ne voyager que sous des habits d'emprunt, comme le prêtre sous le costume du médecin en Turquie.

Que la loi dite de l'influence indue cléricale, telle que M. Langelier l'a interprétée, est bonne in se et qu'il ne taut pas l'abroger.

Qu'en matière d'enseignement primaire, il n’y avait pas un pays où l'Etat fut aussi lâche qu'au Canada.

Que le Syllabus a été un acte malheureux qui n'a passé que grace aux explications de Mgr Dupanloup.

Que l'Eglise ne demande que le droit commun, et n'a besoin que de cela.

Si j'ai cru devoir mentionner les distinctions à faire au sujet des conversations, et ne pas me contenter de dire que, quant à moi, il ne s'agissait pas de simples conversations, mais de discussions et de véritables polémiques, c'est que M. Hamel informe le public daas sa préface que s'il se permet “ de consacrer à M. Livernois quelques lignes, c'est que ce qu'il va lui dire sera wutatis mutandis sa réponse aux autres personnes, etc. ,

Arrivons maintenant au deuxième élément essentiel de la mowchardise.

Me suis-je présenté chez vous, M. Hamel, sous de fausses couleurs? Non.

Ai-je conservé avec vous des relations trompeuses dont on pouvait, en quelque manière, suspecter le caractère ? Non.

Vous ai-je enfin fréquenté sous le costume du médecin turc, disant toujours comme vous pour vous tirer les vers du nez? Positivement non.

Mes relations avec M. Hamel, mes relations avec Laval ont eu, depuis des années, un tout autre caractère. J'ai aimé et j'aime mon alma mater; je l'ai toujours défendue au äehors, me réservant et exercant en temps et lieu le droit de représentation sur ce qui m'y paraissait repréhensible, et cela ouvertement, au su de M. Hamel, et de tous les prêtres du Séminaire et de plusieurs amis intimes, tant de Québec que de Montréal, auprès desquels je soutenais Îles prétentions de Laval.

Que M. Hamel veuille donc bien se rappeler, entr'autres faits publics, la guerre devant la législature locale, pendant laquelle, pour l’appuyer, je n'ai pas craint de combattre des hommes comme M. Île sénateur Trudel, un de nos chefs dans les luttes sociales et politiques.

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