Eadmer, p
2. Alexandre II, qui ne se sépare pas d'Hildebrand, écrivait à Lanfranc en parlant des moines : « Quasi in eis non vigeat autoritas religionis. » Labbe, IX, 1143.
roqua ou ne fît qu'encourager sa résistance. Rien n'empêche d'admettre que la lettre pontificale fut réclamée par Lanfranc comme une sûreté pour l'avenir, pour confirmer un état de choses déjà rétabli : ainsi le veut Eadmer.
La lettre du pape est formelle (1). Aux yeux d'Alexandre 11, les évêques du parti de Yauquelin sont des révoltés; ils veulent échapper à l'autorité pontificale et ils s'appuient sur les laïques et les puissants de la terre. Le pape cite les noms d'Augustin, de Laurent, de Mellitus, chers aux Anglais : l'autorité de ces souvenirs est habilement invoquée (2).
Lanfranc l'avait emporté ; Guillaume sacrifia l'intérêt politique, dont on lui avait exagéré les avantages, à l'intérêt religieux, et les moines se fortifièrent dans leur position un instant menacée.
A considérer sous son double aspect l'histoire de cette querelle du clergé normand, elle est féconde en enseignements : on se trompe, si on prête à Yauquelin et à son parti une pensée exclusive d'hostilité contre les moines anglo-saxons : ils étaient animés d'un esprit anti-romain; et rebelles à toute idée de réforme par le cloître, favorables à l'émancipation du clergé, ils furent conduits, par le caractère de leur politique religieuse, à proposer des mesures de persécution contre les moines du parti vaincu. On se tromperait aussi en faisant de Lanfranc un défenseur désintéressé du corps monacal anglo-saxon ; il soutint, même contre les attaques de prélats normands, les moines d'Angleterre, même anglais; en cela,, il obéissait à un principe supérieur à toute question de race et de lieu; prélat, en communion d'esprit avec la cour romaine, c'est Rome et sa nouvelle politique de réorganisation universelle qu'il sert en Angleterre, même à l'avantage du parti vaincu. Il importe de démêler avec précision les mobiles divers de sa conduite. Les chroniqueurs contemporains ne s'y sont trompés qu'à demi : ils n'ont pas su indiquer nettement dans quelle mesure Lanfranc était l'agent de Guillaume ou le fidèle d'Hildebrand; mais dans cette circonstance ils n'ont eu garde de le présenter comme un persécuteur de la race vaincue. Par ce seul fait, Lan-